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26/09/2016

La lutte contre la propagande russe bute sur un manque de financement

L'Europe dans le monde

La lutte contre la propagande russe bute sur un manque de financement

La campagne de propagande d'East Stratcom a été lancée en septembre 2015.

[Flickr/Timo Kuusela]

Le projet lancé il y a cinq mois pour contrer la propagande russe manque de fonds et de visibilité. Son responsable a demandé de l’aide aux eurodéputés pour renforcer son action

Les neuf personnes participant au programme East Stratcom n’ont aucun budget depuis qu’ils ont commencé à surveiller la propagande russe en septembre dernier, sous la houlette du Service européen pour l’action extérieure. Ils sont aidés d’environ 400 contributeurs répartis dans l’UE et en Europe de l’est qui alertent le groupe lorsqu’ils sont témoins d’un acte de propagande.

East Stratcom tweete principalement en russe et en anglais depuis son compte EU Mythbusters. Son compte rendu hebdomadaire de désinformation liste les mensonges des médias russes, surtout présents sur Internet. Giles Portman, responsable d’East Stratcom, voudrait étendre le réseau de contributeurs du programme.

Impact limité

« Notre impact sur le public des États membres a des limites. Nous avons besoin de l’aide des États membres », a-t-il déclaré aux eurodéputés de la sous-commission de sécurité et de défense (SEDE) le 18 février.

Un rapport sur East Stratcom devrait être soumis à un vote de la commission parlementaire sur les affaires étrangères (AFET) en juin et à un vote en session plénière un mois plus tard, a appris EurActiv. L’eurodéputée polonaise Anna Elżbieta Fotyga, présidente de la SEDE, sera rapporteure du rapport.

>> Lire : L’UE lance un groupe de travail pour contrer la propagande russe

Selon une source du Parlement, le rapport se penchera sur la propagande en Russie, en Ukraine, en Géorgie et celle de l’État islamique.

En novembre dernier, les eurodéputés ont approuvé un rapport tenant les sociétés internet pour responsables des publications extrémistes. Dans le même temps, la Commission européenne rencontre des entreprises à huis clos pour les encourager à supprimer les contenus extrémistes.

Plusieurs eurodéputés estiment qu’East Stratcom devrait chercher à influencer les résidents européens face aux campagnes de propagande russes.

Critiques

« Je pense que nous devrions nous concentrer sur le public occidental », a indiqué Ioan Mircea Pascu, vice-président roumain du Parlement (S&D). « Il faut que nos dirigeants comprennent l’importance de cette action. »

Lors de son lancement en 2015, East Stratcom a été vivement critiqué parce que les États membres ne parvenaient pas à s’entendre sur la meilleure manière de contrer la propagande russe.

Giles Portman a assuré aux eurodéputés que le programme visait bien des résidents européens. Et pour cause : « dans un sondage récent, la moitié de la population a affirmé tenir Kiev pour responsable du conflit actuel. Même chose pour un tiers des Allemands. En Grèce, les gens sympathisent davantage avec la Russie qu’avec l’UE », explique-t-il. « Des campagnes de désinformation ont été lancées et nous ne pouvons pas nous permettre de fermer les yeux. »

East Stratcom collabora avec l’ONG Fonds européen pour la démocratie afin de créer des plateformes d’actualités et de partage de contenus disséminant des informations sur l’UE.

Les responsables du projet aimeraient également offrir des formations et des programmes d’échange aux journalistes, afin de leur donner « accès à des sources d’information alternatives, afin qu’ils puissent produire des articles plus équilibrés et objectifs », indique Giles Portman.

>> Lire : Moscou lance son site de propagande en France

Contexte

La télévision nationale russe, sous la coupe de l'État, a décrit l'insurrection prorusse dans l'est de l'Ukraine comme une réaction spontanée au coup d'État des nationalistes ukrainiens à Kiev. L'Occident accuse Moscou d'alimenter les combats en fournissant des armes et des soldats, ce que le Kremlin nie.

Les télévisions financées par le gouvernement russe, diffusées en anglais, en espagnol, en arabe, en allemand et en français, comme RT, ne cessent d'élargir leur champ d'action et atteignent un public toujours plus nombreux dans les pays membres. Après la Guerre froide, de nombreux radiodiffuseurs occidentaux ont réduit leur offre en russe.

En novembre 2014, la Russie a lancé un groupe média très performant, constitué de centaines de journalistes envoyés à l'étranger afin de détourner ce qu'elle qualifie de propagande occidentale agressive. Cette publication est une référence claire à la guerre froide, puisqu’il se nomme Sputnik.

Prochaines étapes

  • Septembre 2015 : Lancement d’East Stratcom par le Service européen pour l’action extérieure, afin de contrer la propagande russe.

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