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04/12/2016

La « République tchèque » veut devenir la « Tchéquie »

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La « République tchèque » veut devenir la « Tchéquie »

La République tchèque veut changer son nom. (Credit [Estea]/Shutterstock)

Le gouvernement tchèque a déposé une demande à l’ONU pour modifier le nom de son pays en « Tchéquie » plutôt que République tchèque. La fin d’une longue polémique ? Un article de notre partenaire la Tribune

Ne l’appelez plus jamais République tchèque. Vendredi 16 avril, le ministre des Affaires étrangères de ce pays de 10,5 millions d’habitants, Lubomir Zaoralek, a annoncé avoir déposé une demande officielle auprès des Nations Unies pour modifier le nom de la république dans la base de données officielle de l’institution. Le parlement avait voté dans ce sens le 14 avril.

Désormais, c’est la traduction du terme tchèque « Česko » qui est préféré par les autorités pour désigner leur pays. Il ne faudra donc désormais plus dire « République tchèque », mais « Tchéquie » en français. En anglais, le terme approprié devient « Czechia ».

« Czechia » aux JO ?

Certes, le nom officiel complet du pays reste « République tchèque », mais son usage devra être désormais aussi fréquent que celui de « République française » ou « Royaume d’Espagne », autrement dit fort limité.

Le terme de « Tchéquie » était parfois utilisé en français, mais il restait rare et n’est pas répertorié par les dictionnaires. En anglais, l’usage de « Czechia » était encore plus réduit. Les commentateurs, journalistes, touristes et diplomates devront donc faire un effort d’adaptation. Lubomir Zaoralek espérait que les maillots des athlètes tchèques aux Jeux olympiques de Rio cet été seraient frappés du terme « Czechia » pour habituer le monde à cette nouvelle dénomination, mais il semblerait que les maillots sont déjà confectionnés avec le terme « Czech Republic »… Ce sera donc pour une autre fois.

La Bohême, un bon choix ?

Ce changement de nom est l’aboutissement d’une longue réflexion et d’une non moins longue polémique dans le pays. Lors de l’éclatement de la Tchécoslovaquie en 1993, les Tchèques n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur le nom de leur pays qui, faute de mieux, ont choisi le nom de « République tchèque ».

Le problème a une origine historique. Les Tchèques, peuple slave, ont fondé un État dès l’époque carolingienne, parvenant à repousser les Francs sous le roi Samo, lui-même d’origine franque. Le nom de cet État était le Duché de Bohême, devenu à la fin du 12ème siècle, le Royaume de Bohême. Cet État a eu une histoire prestigieuse, offrant notamment au Saint Empire Romain Germanique plusieurs empereurs, dont le célèbre Charles IV, auteur de la « bulle d’or », sorte de constitution de l’Empire.

Certains hommes politiques comme l’ancien premier ministre Karel Schwarzenberg, la Tchéquie aurait dû reprendre ce terme historique de « Bohême ». « Pourquoi utiliser un terme artificiel comme Tchéquie quand nous disposons d’un nom historique ? » s’est-il interrogé. Mais « Bohême » n’est guère populaire parmi les Tchèques. Malgré son prestige, il a trois inconvénients. D’abord, c’est un nom géographique, celui d’une des deux régions historiques du pays, avec la Moravie. Choisir ce nom reviendrait à nier la place de la Moravie dans l’État, or l’identité morave est parfois assez chatouilleuse.

Ensuite, ce terme est « étranger ». Il est issu de la tribu celtique des Boïens, qui occupaient la région avant l’arrivée des Slaves et ont également donné leur nom aux Bavarois. En tchèque, le terme pour « Bohème » est « Čechy » et se réfère donc aux Tchèques. Il n’est pas évident d’adopter pour les Tchèques un terme qui ne fait pas référence à leur peuple dans les langues étrangères.

Enfin, le Royaume de Bohême est passé rapidement dans les mains de souverains allemands de la maison de Luxembourg, puis des Habsbourg. La Bohême est donc le symbole de l’occupation autrichienne puisque, après les événements de 1620, les Autrichiens ont tenté d’éradiquer l’identité tchèque. Impossible pour un pays indépendant depuis si peu de temps de choisir un tel nom.

À la recherche d’un nom

La difficulté a été d’autant plus forte que, en 1918, les Tchèques ont été libérés de l’occupation autrichienne pour former un pays commun avec les Slovaques, peuple à la langue proche mais à l’histoire différente (ils ont vécu dans l’orbite hongroise, principalement). Un nom artificiel, la Tchécoslovaquie a été créée de toutes pièces pour le nouvel État. Les Tchèques n’ont donc pas pu, à ce moment, choisir le nom d’un État qui leur était propre. En mars 1939, les Allemands ont occupé les terres tchèques et la Slovaquie a proclamé son indépendance. L’actuelle Tchéquie est alors devenue le « protectorat de Bohême-Moravie », soumis à un régime violent d’occupation. La fin de la première Tchécoslovaquie n’a donc pas permis de définir un nom propre à ces territoires. En 1945, la Tchécoslovaquie est refondée et intègre en 1948 le bloc de l’est. En 1993, les Tchèques se sont donc retrouvés sans nom « naturel. » C’est ce que l’actuel gouvernement tente de réparer à présent.

Usage fréquent en allemand et dans d’autres langues

Longtemps, pourtant, le terme « Tchéquie » n’a pas eu bonne presse dans le pays. L’ancien président Vaclav Havel le détestait, ne voyant qu’une forme « tronquée » de la Tchécoslovaquie. En tchèque, « Česko » n’est que la moitié de « Československo » (Tchécoslovaquie). Les partisans de ce terme ont cependant objecté que le terme « Česko » est ancien : ils en ont retrouvé la première occurrence en 1634. Par ailleurs, malgré le terme officiel « Tschechische Republik », la langue allemande utilise depuis 1993 très majoritairement le terme « Tschechien », traduction littérale de « Česko ». Il en va de même du néerlandais ou de l’italien. L’usage semble donc assez naturel. Il a été défendu par l’actuel président de la République, Miloš Zeman, qui, lors d’un voyage officiel en Israël, en 2013, avait utilisé le terme « Czechia », jugé « plus court, plus joli, moins froid. »  Reste à savoir si le terme s’imposera dans toutes les langues, désormais.

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