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23/07/2016

La Turquie affirme être prête à combattre Daesh auprès des Européens

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La Turquie affirme être prête à combattre Daesh auprès des Européens

Volkan Bozkir, ministre turc des affaires européennes (Credit: [?rlietu ministrija]/Flickr)

Le ministre turc des affaires européennes est revenu sur le processus d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne et a réaffirmé la position turque face à la menace de Daesh, lors d’une audition à l’Assemblée nationale.

Le ministre turc des Affaires européennes, Volkan Bozkir, a montré patte blanche lors d’une audition devant les députés français le 28 octobre, rappelant le rôle de son pays dans la gestion de la crise syrienne et la lutte contre l’Etat Islamique (Daesh).  

Alors que les forces de la coalition ont beaucoup reproché à Ankara de jouer un double jeu face aux djihadistes de l’État islamique, celle-ci a décidé officiellement de rejoindre la coalition internationale au début du mois d’octobre. En effet, le parlement a approuvé une motion autorisant l’intervention de militaires turcs dans ces deux États voisins tout comme le déploiement de forces armées étrangères sur son territoire.

De même, la Turquie a décidé l’ouverture de la frontière qui permet aux peshmerga kurdes de rejoindre la ville de Kobané pour aider la population assiégée. « Nous sommes fiers d’avoir ouvert la frontière », a déclaré Volkan Bozkir, rappelant qu’il y a actuellement 2 millions de Syriens en Turquie.

Le ministre est même allé plus loin. Selon lui, la Turquie est prête à suivre les Européens dans le combat contre Daesh s’ils décident d’envoyer des troupes sur le terrain. « Il faut utiliser des forces non conventionnelles contre ces armées non conventionnelles », a-t-il indiqué.

Cependant, il considère que les Européens ne doivent pas être les seuls à combattre Daesh. Selon lui, les Syriens et les Irakiens doivent être formés par les Britanniques, les Français ou encore les Turcs pour lutter contre les combattants de Daesh. 

La Turquie fait un appel du pied à la France

Le ministre a également réitéré l’intérêt de son pays pour l’UE, alors que les négociations d’adhésion piétinent depuis plusieurs années et que le président turc, Recep Tayyip Erdo?an, est accusé de dérive autoritaire par des adversaires. « La Turquie veut être membre de l’Union européenne et profiter des avantages économiques dont jouissent certains pays », a déclaré Volkan Bozkir.

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Cependant sur les 35 chapitres de négociations, 13 sont ouverts et un seul a pu être bouclé. Les autres chapitres ont été bloqués soit par la France soit par Chypre, dont la partie nord est occupée depuis 1974 par les troupes turques. 

La Turquie attend à présent un geste de la part des États membres notamment la France et l’Allemagne qui sont à l’origine du blocage de cinq chapitres de négociation. Les deux pays pourraient ouvrir de nouveaux chapitres de négociation notamment les chapitres 23 (appareil judiciaire et droits fondamentaux) et 24 (justice liberté et sécurité), des chapitres jugés difficiles par le ministre.

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Plusieurs points de blocage résistent à la bonne volonté turque

Au delà des réserves de l’UE sur les réformes économiques et les droits fondamentaux, notamment des femmes et des minorités, de nombreuses pierres d’achoppement persistent. Ainsi durant l’audition, Volkan Bozkir n’a pas répondu aux questions sur la question chypriote, principal point de blocage des négociations puisqu’Ankara refuse de reconnaître la République de Chypre.

De même, la Turquie est considérée par les États membres comme une porte d’entrée vers l’Union européenne. Cependant, depuis le 1er octobre, l’accord de réadmission Turquie-UE est entré en vigueur. La Turquie s’engage ainsi à reprendre ses ressortissants arrêtés en Europe et les ressortissants de pays tiers qui sont passés par la Turquie. Selon le ministre, il s’agit d’un bon début. La Turquie a également adopté un nouveau cadre légal qualifiant ainsi l’immigration illégale de crime. 

« Nous faisons tout pour régler ce problème. Il y a 10 ans, nous avions 100.000 migrants illégaux par an maintenant nous les avons réduits à 3000, donc les mesures mises en œuvre donnent de bons résultats » a indiqué Volkan Bozkir.

La Commission encourage la poursuite des réformes

Cette audition intervient alors que la Commission européenne a rendue au début du mois son dernier rapport  d’avancement. L’institution, même si elle se montre favorable à la poursuite des négociations d’adhésion, recommande notamment à la Turquie d’accorder une attention particulière au respect des droits fondamentaux dans le droit et dans la pratique.

La Commission européenne se dit préoccupée par l’indépendance de la magistrature et sa séparation des pouvoirs à la suite d’allégations de corruption en décembre 2013. De même, les tentatives de supprimer les médias sociaux et les pressions exercées sur la presse sont autant de restriction que l’UE ne peut tolérer.

L’agenda de l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne reste vague. D’autant que le futur président de l’exécutif européen, Jean-Claude Juncker, a annoncé qu’il n’y aurait pas de nouvel élargissement dans les cinq ans à venir.

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Contexte

Les relations entre la Turquie et la Communauté économique européenne (CEE) remontent à 1959. Il a toutefois fallu attendre de nombreuses années, jusqu'au Conseil européen d'Helsinki de décembre 1999, avant que le pays n'obtienne le statut de pays candidat à l'adhésion à l'UE.

L'UE a ouvert les négociations d'adhésion en octobre 2005, mais de nombreux obstacles de taille ralentissent les progrès d'Ankara, en particulier en ce qui concerne les relations de la Turquie avec Chypre, les droits de l'Homme et des minorités, ainsi que la liberté d'expression.

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