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06/12/2016

La Turquie déclare l’état d’urgence après le putsch avorté

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La Turquie déclare l’état d’urgence après le putsch avorté

Recep Tayyip Erdogan

Ates Tumer/dpa

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a annoncé l’instauration de l’état d’urgence pour une durée de trois mois, après la tentative avortée de coup d’Etat du 15 juillet, après plusieurs  jours de purges massives.

Recep Tayyip Erdogan a déclaré l’état d’urgence le mercredi 20 juillet pour trois mois. Ce régime d’exception permettrait à son gouvernement de prendre des mesures rapides et efficaces contre les partisans de la rébellion, et ne violait en aucun cas la Constitution du pays.

Cinq jours après le putsch avorté, les purges au sein de l’armée, de la police, de l’administration et de l’éducation nationale se sont multipliées. Quelque 60.000 soldats, policiers, juges, fonctionnaires et enseignants ont été suspendus, arrêtés ou mis en examen depuis vendredi.

>>Lire : Les purges s’étendent à 50 000 personnes après le putsch avorté en Turquie

« La déclaration d’état d’urgence a pour objectif de pouvoir prendre des mesures efficaces et rapides contre cette menace qui pèse sur la démocratie, l’Etat de droit et les libertés et droits de nos concitoyens » » a-t-il dit lors d’une déclaration diffusée en direct à la télévision.

Une fois entré en vigueur, après publication au journal officiel, l’état d’urgence permettra à l’exécutif d’édicter de nouvelles lois sans passer par le Parlement et de limiter ou suspendre certains droits et certaines libertés s’il le juge nécessaire.

Avant d’annoncer le régime d’exception, Erdogan a prévenu que les purges n’étaient pas finies, et a jugé que certaines puissances étrangères ont pu être impliquées.

Le président turc a rejeté les accusations d’autoritarisme dont il fait l’objet : « Nous resterons dans un système parlementaire démocratique », a-t-il assuré, « nous ne nous en éloignerons jamais ».

>>Lire : Erdogan veut rétablir la peine de mort après la tentative de coup d’État

Recep Tayyip Erdogan accuse les réseaux du prédicateur Fethullah Gülen, exilé aux Etats-Unis, d’être à l’origine du putsch manqué de vendredi, qui a fait plus de 230 morts. Il a promis d’éliminer le « virus » responsable du coup d’Etat dans toutes les institutions du pays.

Nettoyage

Environ un tiers des 360 généraux turcs en fonctions ont été arrêtés depuis vendredi, a précisé une autre source, précisant que 99 avaient été inculpés et que 14 autres restaient en état d’arrestation.

Le ministère de la Défense enquête sur tous les juges et procureurs militaires et a déjà suspendu 262 d’entre eux, a rapporté la chaîne NTV.

La chaîne de télévision publique TRT a rapporté mercredi que le Haut conseil de l’enseignement avait interdit à tous les universitaires du pays de se rendre à l’étranger jusqu’à nouvel ordre.

« Les universités ont toujours joué un rôle clé pour les juntes militaires en Turquie et certaines personnes passent pour être en contact avec des cellules au sein de l’armée », a déclaré un responsable turc.

Mardi, les autorités ont fermé plusieurs médias présentés comme des soutiens de Gülen et annoncé la suspension de 15.000 fonctionnaires de l’éducation et de 100 membres des services de renseignement. On compte en outre 492 suspensions au sein de la Direction des affaires religieuses, 257 dans les services du Premier ministre et 300 au ministère de l’Energie.

Ces décisions se sont ajoutées à l’arrestation de plus de 6.000 membres des forces armées, des simples soldats aux officiers de commandement, et à la suspension de près de 3.000 juges et procureurs. Environ 8.000 policiers ont aussi été suspendus.

Inquiétudes internationales

Si les alliés occidentaux de la Turquie lui ont manifesté leur solidarité et leur soutien, ils ont aussi exprimé leur préoccupation face à l’ampleur et à la sévérité des décisions prises ces derniers jours, rappelant à Ankara la nécessité de respecter les principes démocratiques.

Zeid Ra’ad Al Hussein, haut commissaire de l’Onu aux droits de l’homme, a exprimé sa « vive inquiétude » mardi et appelé la Turquie à autoriser des observateurs indépendants à rendre visite aux personnes incarcérées.

Le ministère des Affaires étrangères a estimé que toute critique des mesures prises par le gouvernement en réaction à la tentative de coup d’Etat revenait à soutenir celle-ci.

>>Lire : L’Europe craint une dérive autoritaire après le putsch manqué en Turquie

L’une des figures de proue du parti au pouvoir, l’AKP, Mustafa Sentop, a appelé mercredi à réinstaurer la peine de mort pour les crimes visant à changer l’ordre constitutionnel.

Ankara a par ailleurs communiqué aux autorités américaines des documents censés appuyer une future demande formelle d’extradition de Gülen.

Une telle demande se heurterait à de nombreux obstacles juridiques et politiques aux Etats-Unis et même si elle était approuvée par un juge, la décision définitive relèverait du secrétaire d’Etat, John Kerry, qui peut prendre en considération des facteurs autre que juridiques.