Le Brexit exclurait Londres des accords commerciaux internationaux

Peter Mandelson à l'Asia House. [Miles Willis/Asia House]

L’ancien commissaire au commerce estime que la restauration des relations entre  Londres et l’UE, et les autres puissances mondiales pourrait prendre dix ans en cas de Brexit.

Londres entend organiser un référendum sur son adhésion à l’Union européenne d’ici 2017. Un « Brexit » qui serait une mauvaise idée, pour Peter Mandelson, ancien commissaire européen au commerce, qui s’est adressé à des dirigeants et diplomates asiatiques lors d’un événement organisé à Londres. Il a également prévenu qu’en cas de sortie de l’UE, le Royaume-Uni devrait littéralement quémander de nouveaux accords commerciaux avec des concessions bien plus importantes, comme la Chine et l’Inde.

Lord Mandelson est aujourd’hui député travailliste à la chambre haute du parlement britannique. Il était commissaire européen de 2004 à 2008. Selon lui, le gouvernement britannique, après le Brexit, ne pourra rien faire d’autre que de tenter de renégocier près de 50 accords commerciaux.

« Si nous quittons l’UE, nous ne serons pas seulement confronté a la négociation d’un nouveau modèle de relation avec l’UE. La finalisation d’un accord qui respecte les intérêts de tous les États sera un processus long, complexe et pénible. Cela prendra entre deux et dix ans », estime-t-il.

Plus important encore, « quel que soit nos problèmes avec notre adhésion à l’UE, la vraie question est de savoir ce qu’il se passera si les Britanniques votent pour une sortie de l’union ». « Si nous quittons l’Union européenne, nous devrons renégocier tous les accords de libre-échange qui existent entre l’UE et le reste du monde », insiste-t-il.

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« Il y a trois problèmes. Un : parvenir à négocier des accords commerciaux… mais combien ? 20, 30, 40, 50. Whitehall ne ferait plus rien d’autre. Deux : persuader nos éventuels partenaires qu’il est intéressant pour eux de revoir leurs accords commerciaux, et en faire une de leurs priorités. Ils ont d’autres chats à fouetter. Ils gèrent beaucoup d’autres accords commerciaux et ont d’autres opportunités. Ils ne peuvent pas tout faire en même temps. Comment savoir combien de temps cela prendra ? Nous ne serons certainement pas les premiers sur leur liste », fait-il remarquer. « Et, trois : il y aurait un déséquilibre grave entre nos partenaires et la Grande-Bretagne, avec son marché de 64 millions de personnes. Nous ne sommes pas tout petits, mais sur la scène mondiale, nous ne sommes pas non plus énormes. »

« Nous devrons quémander »

« Comment se présenteront nos négociations avec la Chine, l’Inde et d’autres pays qui sont beaucoup plus grands que nous ? Il y aura un déséquilibre criant. En réalité, nous devrons quémander. Nous devrons les supplier de nous faire avancer dans la liste. Nous devrons accepter des conditions qui ne seront sans doute pas extrêmement avantageuses pour nous », n’hésite pas à rappeler le député.

Son intervention s’est déroulée le 13 octobre à l’Asia House, à Londres. « Lord Mandelson peint un sombre portrait des difficultés qui attendraient le pays après une sortie de l’euro », a estimé Peter Wilding, président de la campagne pro-européenne « Stay » de British Influence.

« Si le gouvernement britannique avait une approche plus énergique et positive d’une Europe plus compétitive, il se rendrait compte qu’il a des alliés […] au lieu de faire cavalier seul », ajoute-t-il.

Ce à quoi le porte-parole de UKIP pour le commerce, William Dartmouth, s’est empressé de répondre : « qui écouterait Mandelson, manipulateur d’opinion favorable à l’adoption de l’euro, et qui vit d’une grosse retraite de l’UE ? »

« L’Islande a conclu un accord de libre-échange avec la Chine, ce qui montre qu’il est possible d’obtenir de meilleurs accord quand on est petit et flexible. Il est évident que le Royaume-Uni ne devrait pas attendre des années pour conclure d’accord avec les 27 autres États européen. Nous pourrions même obtenir un accord plus rapide justement à cause de cela », assure-t-il. « La Chine et l’Inde n’ont pas d’accord commercial avec l’UE, mais sont toutes deux désireuses d’échanger avec le Royaume-Uni, un marché important pour ces deux pays. »

À Oxford, Mark Carney, le gouverneur de la Banque d’Angleterre, s’est quant à lui exprimé en faveur de l’adhésion à l’UE, mais en termes nuancés. « Dans l’ensemble, l’adhésion à l’UE a augmenté l’ouverture de l’économie britannique, facilité le dynamisme, mais également créé des difficultés dans la gestion par la banque centrale de la stabilité financière et monétaire du pays », a-t-il expliqué, soulignant néanmoins que son avis ne prenait en considération que les effets d’une sortie de l’UE sur la banque centrale.

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« Jusqu’ici, nous avons été en mesure de gérer ces difficultés », assure-t-il. Il avertit cependant que l’intégration toujours approfondie de la zone euro et la législation future sur le secteur financier seraient autant de défis à relever pour la Grande-Bretagne et pour la ville de Londres. « Depuis le début de la crise, les chocs dans les économies de nos plus grands et plus proches partenaires commerciaux ont mis le dynamisme britannique en danger et rendu l’économie plus volatile. »

« Après la crise, il est essentiel que les règles, directives et réglementations européennes continuent à soutenir la capacité du Royaume-Uni à protéger sa stabilité financière. […] Il est donc impératif que les autorités britanniques, et notamment la Banque d’Angleterre, continue à avoir assez de marge de manœuvre pour imposes les normes nécessaires à la prospérité de la première place financière au monde », ajoute-t-il, concluant qu’étant donné le poids de la monnaie unique, il est important que des principes claire préservent les intérêts des États membres qui n’ont pas adopté l’euro.

David Cameron, le Premier ministre, et George Osbourne, ministre de l’Économie, on tout deux réagi très positivement au discours de Mark Carney.

« Discours important de Mark Carney, qui souligne à la fois les avantage du marché unique et la nécessité de réformer l’Europe », a tweeté David Cameron. Le Premier ministre interprète clairement les conclusions du directeur de la banque centrale comme une approbation de sa stratégie de renégociation, qui se concentre sur la libéralisation et sur le marché unique.

George Osborne a quant à lui qualifié le discours d’« impressionnant », ajoutant qu’il était « juste de défendre la protection des pays qui ne sont pas dans la zone euro, comme le Royaume-Uni ».

Mark Carney a fait son discours juste après le lancement d’une campagne censée convaincre les électeurs de voter contre l’adhésion à l’UE lors du référendum promis pas David Cameron sur le sujet. Le référendum devrait se dérouler avant fin 2017, probablement dans le courant de 2016.

Si le directeur de la banque centrale avait tenté de minimiser l’important de son discours, qui, selon lui, allait en faire bailler plus d’un, celui-ci a néanmoins fait la une des journaux britannique le 22 octobre.

La plupart des sondages indiquent que les Britannique voteront contre une sortie de l’Europe, mais deux enquêtes récentes ont vu cette tendance s’inverser.

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Prochaines étapes

  • Novembre : David Cameron devrait présenter ses propositions de réformes pour l'UE.
  • 17-18 décembre : Sommet européen sur les réformes possibles après les critiques britanniques. 
  • 2016 : Organisation probable du référendum sur l'UE. Le Premier ministre, David Cameron, a promis qu'il se déroulerait avant fin 2017.