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26/09/2016

Le couple franco-allemand peine à satisfaire l’espoir né de la chute du mur de Berlin

L'Europe dans le monde

Le couple franco-allemand peine à satisfaire l’espoir né de la chute du mur de Berlin

Angela Merkel et François Hollande aux commémorations du débarquement en juin 2014 (Credit: [Frédéric de La Mure MAEDI]/Flickr)

25 ans après la chute du Mur de Berlin, moment de communion entre la France et l’Allemagne, les deux pays tentent de sauver leur couple contre vents et marées.

Très uni lors de la chute du Mur, à laquelle la France a contribué, le couple franco-allemand a depuis traversé les crises sans jamais céder aux sirènes de la séparation. Et pourtant. Depuis la crise économique qui a touché la zone euro de plein fouet, les relations entre dirigeants français et allemand se sont tendues. Tout sépare en apparence les gouvernements actuels, qu’il s’agisse des familles politiques au pouvoir, avec la droite en Allemagne et la gauche en France, et les choix de politiques budgétaire et monétaire, que Paris souhaiterait plus souple au niveau européen.

Les deux gouvernements mettent néanmoins de l’énergie à gommer leurs différences, avec des aller-retour Paris/Berlin obligatoires et réguliers pour les ministres d’Etat des deux pays. Une collaboration qui fonctionne bien sur certains dossiers, moins sur d’autres, appartenant surtout aux secteurs économiques.

« Il faut regarder la situation avec un peu de recul et mettre en perspective », selon Norbert Wagner de la Konrad Adenauer Stiftung. « Jusqu’à aujourd’hui, les résultats sont positifs. […] On regrette parfois le manque de grandes visions. Comment sera l’Union européenne dans 20 ans ? Personne ne peut répondre ou ne propose de réponses. Mais on a tellement de problèmes maintenant qu’il est difficile de regarder vers l’avenir », poursuit-il.

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Un mariage de raison

Pour Yves Bertoncini, directeur de Notre Europe-Institut Jacques Delors, « le couple franco-allemand n’a jamais été un mariage d’amour mais un mariage de raison », instaurant ainsi une relation de compétition et de coopération s’est installée entre les deux. Ce qui conduit à une relation déséquilibrée fondée sur le ressentiment. Selon lui, la France est en situation de faiblesse, en particulier sur les dossiers  économiques, budgétaires et financiers. Une situation qui s’inverse lorsque l’on considère l’action de l’Allemagne sur la scène internationale.

Actuellement, nombreux sont ceux qui pointent la crise de confiance entre les deux capitales. « L’Allemagne a besoin d’une France forte, c’est pour cela qu’en Allemagne, on est parfois inquiet. Avec ses problèmes économiques, la France ne peut pas jouer le rôle qu’elle devrait », selon Norbert Wagner.

Réaliser ce qui a déjà été signé

Les règles européennes, que les politiques contestent régulièrement en affirmant qu’elles ont été « imposées » par la Commission européenne,  sont en fait issues d’accords entre les États membres. Un thème que Berlin rappelle souvent à la France, qui peine à remplir sa part du contrat. « L’Allemagne est plus sérieuse. Elle tient mieux sa maison que la France. Mais si on regarde le village européen, la France a une vision plus articulée et plus juste, au moment où celui-ci ne va pas bien », explique le directeur de Notre Europe-Institut Jacques Delors.

« On peut toujours espérer que la relation ait plus de pouvoir mais les dirigeants politiques ont tellement de problèmes sur leur bureau qu’ils n’ont  peut-être pas assez de temps pour développer et mettre en œuvre tous les règlements  et tous les accords auxquels on a consenti », précise Norbert Wagner.

Tous deux s’accordent sur le fait que pour avancer, il faut que les deux États respectent leurs engagements. « On a parfois tendance, quand quelque chose ne va pas bien, à penser au changement institutionnel. C’est comme Valéry Giscard d’Estain qui propose une Europe à 12 membres. Je pense qu’il faut d’abord réaliser ce pour quoi on a signé », souligne le directeur du bureau parisien du think tank allemand.

Une situation désespérée…mais pas grave

Tous deux restent confiants quant à l’avenir du couple franco-allemand. « La situation est désespérée mais elle n’est pas grave », ironise Yves Bertoncini qui estime que la situation devrait s’améliorer dès l’année prochaine, lorsque la France aura fait des efforts et l’UE aura mis l’accent sur l’investissement.

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De son côté, Norbert Wagner, ne s’inquiète pas pour les relations franco-allemandes. Il estime que le couple doit faire des compromis. « Les propos allemands ne sont pas toujours bien accueillis en France et vice versa. Il y a donc une nécessité de dialoguer plus intensivement pour comprendre la position de chaque côté et parvenir à un consensus acceptable par les deux parties ».

Selon Yves Bertoncini, l’Europe pourrait mettre fin aux divisions entre l’Allemagne et la France. « Jean-Claude Juncker, voire Mario Draghi sous l’angle monétaire, pourraient tenir le rôle de conseiller conjugal. Le président de la Commission européenne est bien placé pour cela en tant que Luxembourgeois ! », explique-t-il.

Contexte

Souvent tenue pour acquise, l'alliance franco-allemande remonte au 22 janvier 1963. À cette date, le chancelier allemand Konrad Adenauer et le président français Charles de Gaulle ont fait table rase d'inimitié multiséculaire entre les deux nations.

La ratification du traité de l'Élysée visait à réconcilier le partenariat entre la France et l'Allemagne et avait parallèlement pour but de jeter les bases communes pour une construction européenne.

Le binôme franco-allemand est souvent cité comme le moteur de la construction européenne. À eux deux, ils représentent jusqu'à 33 % de la population totale de l'Union européenne. Économiquement, ils correspondent à environ 36 % du budget européen et 37 % du PIB de l'Union européenne.

Prochaines étapes

9 novembre : 25 anniversaire de la chute du Mur de Berlin