EurActiv.fr

Actualités & débats européens dans votre langue

24/07/2016

Le gaz de schiste au cœur du sommet UE-USA

L'Europe dans le monde

Le gaz de schiste au cœur du sommet UE-USA

Barroso Obama.jpg

L’approvisionnement de l’Europe en gaz de schiste s’est invité à la table des discussions lors de la visite de Barack Obama à Bruxelles.

Le sommet entre Barack Obama, Manuel Barroso et Herman van Rampuy a été placé sous le signe de la diplomatie de l’énergie.

Le chef de la Maison blanche a consacré un déjeuner de travail de 75 minutes avec les dirigeants européens à la sécurité énergétique, aux changements climatiques et bien sûr à la crise ukrainienne.

La question des exportations de gaz naturel américain vers l’Europe était au cœur du débat alors que l’UE, qui importe 40% de son gaz naturel de Russie via l’Ukraine, cherche à réduire sa dépendance.

A l’issue d’un sommet su 21 mars consacré en partie à la question, la chancelière allemande Angela Merkel avait déjà appelé Washington à lever les restrictions pesant sur les exportations de gaz.

Le gaz américain, enjeu des négociations du TTIP ?

Cet assouplissement pourrait s’inscrire dans le cadre du Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (TTIP, en anglais), l’ambitieux accord de libre-échange en cours de négociations entre les Etats-Unis et l’UE.

Les promoteurs du TTIP assurent qu’un tel accord aurait un effet très bénéfique sur l’activité économique et l’emploi des deux côtés de l’Atlantique, mais celui-ci n’en suscite pas moins de nombreuses réticences.

Les révélations sur l’espionnage de la National Security Agency (NSA) en Europe et les soupçons selon lesquels un tel pacte profiterait essentiellement aux grandes entreprises multinationales ont ainsi freiné les négociations.

Mercredi, une cinquantaine de personnes ont manifesté devant le Parlement européen pour dire « non aux OGM » et dénoncer une complaisance des autorités américaines envers les organismes génétiquement modifiés.

« Ce qui est en jeu, c’est la sécurité de notre alimentation et de notre environnement », a résumé le député européen Philippe Lambert, un élu belge du Parti vert européen.

Le TTIP se heurte à d’autres réticences, comme le risque de pertes d’emploi et de nivellement par le bas des conditions de travail – une crainte exprimée par les syndicats – ou la difficulté de lever des droits de douane qui coûtent chaque année des milliards d’euros aux sociétés américaines et européennes, constructeurs automobiles en tête.

Pour tenter de surmonter ces obstacles, Barack Obama, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, et le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, devraient s’engager à lever tous les droits de douane sur le commerce bilatéral.

Derrière le gaz, le pétrole non conventionnel

Lors de la conférence de presse suivant le déjeuner, Barack Obama et Manuel Barroso ont insisté sur le gaz de schiste, et sur les possibilités pour l’Europe d’avoir recours au gaz américain. Une hypothèse qui reste très théorique, tant les équipements sont à la traîne.

Le transport de gaz dans des volumes importants suppose de le liquéfier, et de disposer de terminaux au départ comme à l’arrivée qui puissent traiter le gaz.

Alors même que le président américain prêchait la bonne parole aux journalistes européens réunis à Bruxelles, l’Energy Information Agency a publié les dernières statistiques portant sur le pétrole non conventionnel. Selon ses statistiques, un baril de pétrole sur 10 produits dans le monde au dernier trimestre 2013 provenait des Etats-Unis. Un signe d’indépendance énergétique qui est aussi synonyme de puissance.

 

Un sommet en 33 sujets

Les deux parties ont publié, mercedi 26 mars dans l’après midi, une déclaration commune portant sur 33 sujets, abordant l’idée d’exportation de gaz de schiste des Etats-Unis vers l’Europe.

Mais aussi beaucoup d’autres thèmes, dont l’Ukraine, le climat- sur lequel aucun progrès n’a été fait-, l’Iran, la Corée du Nord et la protection des données.

Contexte

Le 31 décembre 2008, la Russie a suspendu l'approvisionnement de gaz à l'Ukraine en raison d'un litige de paiement. Selon Moscou, Kiev s’appropriait le gaz naturel destiné à l'Europe à ses propres fins. L'Ukraine a nié les accusations, mais a indiqué qu'elle avait besoin de « gaz technique » afin de mettre ses gazoducs sous pression et d'assurer le transit gazier.

Le 6 janvier de la même année, la Bulgarie, la Croatie, la Grèce, la Macédoine, la Roumanie et la Serbie subissaient une interruption de leur approvisionnement. Plusieurs pays, dont la Bulgarie, ne disposaient pas alors de réserves suffisantes pour compenser la coupure d'approvisionnement.

À ce jour, alors que l’annexion de la Crimée par la Russie ébranle durablement les relations entre l’Ouest et l’Est, l’UE veut réduire sa dépendance énergétique vis-à-vis du Kremlin. Dans une stratégie de diversification des ressources énergétiques, les dirigeants européens lorgnent le gaz américain.