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24/01/2017

Le New York Times censuré en Thaïlande

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Le New York Times censuré en Thaïlande

The New York Times' headquarters in Manhattan.

[SamChills/Flickr]

Un organe de surveillance de la liberté de la presse dénonce la junte militaire thaïlandaise, qui a obligé le New York Times International à changer sa couverture.

Le 1er décembre, le New York Times, avait publié un long article sur le déclin de l’économie thaïlandaise en première page de sa version internationale. L’article a cependant été escamoté par les imprimeurs locaux, ce qui a créé un vide sur la couverture.

Index on Censorship a dénoncé l’atmosphère de peur à la suite de la censure du journal. L’organisation souligne que cet incident refléte à la fois la répression des médias et l’auto-censure pratiquée par la presse locale depuis la prise de pouvoir de la junte militaire lors d’un coup d’État en mai 2014.

« La liberté de la presse a considérablement décliné depuis le coup d’État de 2014 », confirme Jodie Ginsberg, directrice exécutive de l’organisation, à EurActiv. « Dans le cadre des lois de lèse-majesté, quiconque critique la famille royale encourt jusqu’à 15 ans de prison. Comme l’illustre le cas du New York Times, cela a effrayé les médias du pays. »

Une « guerre éclair contre l’actualité indépendante »

Reporters sans Frontières, un autre organe de surveillance, basé en France, a qualifié les descentes dans les rédactions et les arrestations de journalistes depuis le coup d’État de « guerre éclair contre l’information et l’actualité indépendantes ». La Thaïlande est à la 134ème place sur 180 de l’index de liberté de la presse de Reporters sans Frontières.

L’article censuré de l’International New York Times de mardi indiquait entre autre que les vols et les crimes contre la propriété avaient augmenté de 60 % en 2015 et que les foyers thaïlandais étaient parmi les plus endettés du continent.

Dans la version parue en Thaïlande, l’espace blanc était doté d’une inscription : « Cet article a été supprimé par nos imprimeurs en Thaïlande. L’International New York Times et son équipe éditoriale n’ont joué aucun rôle dans cette suppression. »

Selon l’Agence France-Presse, l’imprimeur local, Eastern Printing PCL, n’a pas souhaité expliqué pourquoi l’article avait été censuré. Un autre article du journal, qui parlait de la santé du monarque octogénaire, le roi Bhumibol, avait déjà été supprimé au mois de septembre.

Junte militaire

Le régime, dirigé par le général Prayuth Chan-ocha,  ne sévit pas seulement contre la presse. L’avocat et activiste britannique Andy Hall a contribué au rapport d’une association finlandaise sur l’exploitation des travailleurs dans l’industrie des fruits en conserve en Thaïlande. Il risque sept ans de prison.

Après une longue série de consultations sur la rédaction de la Constitution, la junte militaire a promis le retour à un gouvernement civil en 2017.

Après le coup d’État, l’UE a suspendu les négociations presque terminées pour un accord de libre-échange avec Bangkok.

Dans son rapport publié le mois dernier et intitulé « Thaïlande : coup d’État permanent contre la presse », Reporters sans Frontières accusaient le général Chan-ocha de persécuter les médias [et] d’imposer un règne de la terreur qui inclut des interrogatoires, des arrestations arbitraires, une multiplication des poursuites en justices et des menaces à peine voilées ».

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