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25/09/2016

Le Parlement européen appelle du bout des lèvres à reconnaitre l’État palestinien

L'Europe dans le monde

Le Parlement européen appelle du bout des lèvres à reconnaitre l’État palestinien

Manifestation en faveur de la création d'un Etat palestinien

© Garry Knight (CC BY 2.0)

Une large majorité des parlementaires européens s’est prononcée en faveur d’une solution à deux États. Mais pour rallier la droite européenne, la déclaration a été fortement édulcorée.  

C’est une première au Parlement européen. Les eurodéputés rassemblés à Strasbourg ont adopté le 17 décembre à une large majorité une résolution non contraignante favorable à la reconnaissance d’un État palestinien. La résolution a été adoptée par 498 votes pour,  88 contre et 111 abstentions sur 697 eurodéputés présents. 

L’épineuse question avait toujours été soigneusement évitée par les élus européens, qui ne disposent pas d’un pouvoir de décision en matière de politique étrangère, laquelle reste la compétence des États membres.

Large soutien

Une large partie des socialistes et démocrates (S&D) ainsi que les libéraux (ALDE), les Verts et la gauche radicale ont soutenu la résolution. Plusieurs votes provenant des Italiens du Mouvement cinq étoiles, membre du groupe eurosceptique de Nigel Farage  ont également soutenu la résolution.

« C’est une victoire politique majeure qui doit permettre de sensibiliser l’opinion publique au sein de l’Union européenne et déclencher un mouvement de reconnaissance similaire dans les différents Parlements des États membres » s’est félicité l’eurodéputé socialiste français Gilles Pargneaux, à l’origine de la résolution.

Si l’adoption de la résolution constitue un véritable virage politique, le texte  aura cependant perdu des plumes dans le processus de négociation entre les différents groupes politiques.

>>Lire : Le Parlement européen pourrait reconnaître l’État palestinien

En effet, initialement proposé par les socialistes européens, l’idée d’une résolution en faveur de la reconnaissance de l’État palestinien bénéficiait du soutien des Verts mais aussi d’une partie des libéraux.

Pour convaincre plus largement et notamment faire monter à bord la droite européenne, les négociateurs ont dû mettre de l’eau dans leur vin et s’accorder sur une formulation d’une extrême prudence.

La résolution négociée « appuie en principe la reconnaissance de l’État palestinien et la solution fondée sur les deux États, et estime que celles-ci devraient aller de pair avec le processus des pourparlers de paix, qui devrait être mis en place. »

Un véritable rétropédalage par rapport à la formulation d’origine prévue par le texte socialiste. « Le texte est en effet plus faible que la formulation initiale dans laquelle nous appelions les États membres à reconnaitre l’État palestinien. Mais il s’agit d’un compromis acceptable » a affirmé Gilles Pargneaux.

Du côté du PPE, le texte est d’ailleurs présenté comme une résolution portant sur le processus de paix au Proche Orient, et non pas un appel à la reconnaissance de l’État palestinien.

La résolution soutien par ailleurs une solution à deux États « sur la base des frontières de 1967, avec Jérusalem pour capitale des deux entités, à savoir un État d’Israël dont la sécurité est assurée et un État de Palestine indépendant.

Enfin, à défaut d’appeler directement les États membres à reconnaitre la Palestine, la résolution demande à la haute représentante pour les Affaires étrangères de l’UE, Federica Mogherini «  à faciliter une position commune de l’Union  à cet égard ».  

Effet d’entrainement

Le vote du Parlement européen est intervenu dans la foulée d’un mouvement de reconnaissance entamé  par la Suède il y a quelques semaines. Le pays nordique est le premier pays d’Europe occidental à reconnaitre l’État palestinien.  

>>Lire : La Suède a lancé un véritable défi à l’Europe en reconnaissant la Palestine

Plusieurs parlements nationaux ont également pris position en faveur d’un État palestinien à la suite de la décision suédoise, parmi lesquels les parlements britanniques et français.  

>>Lire : L’Assemblée nationale dit « oui » à la reconnaissance de l’État palestinien

135 pays reconnaissent l’État palestinien

Au total, 135 pays reconnaissent l’État palestinien. Au sein de l’Union européenne, les pays de l’ancien bloc de l’Est ont tous reconnu la Palestine avant leur adhésion à l’UE : la Bulgarie,  Chypre, la  République tchèque, la Hongrie, Malte, la Pologne, la Roumanie et la  Slovaquie. Et tous ont reconnu l’État palestinien avant de rejoindre l’UE.

Dans les pays candidats à l’adhésion à l’UE, le Monténégro, la Serbie, la Turquie et la Bosnie font également partie des pays reconnaissant l’État palestinien.

Décision sur le Hamas

Hasard de calendrier, le 17 décembre le Tribunal de l’union européenne a décidé de retirer le Hamas de la liste des organisations terroristes. Une décision justifiée par la justice européenne pour un vice de procédure, qui a immédiatement déclenché la colère d’Israël. 

Le porte-parole de Federica Mogherini a rapidement réagi, affirmant que la décision de la Cour de justice « n’était pas une décision politique de la part des gouvernements des États membres de l’UE ».

Réactions

« La reconnaissance  d'un Etat palestinien n’est pas une alternative à une solution à deux Etats ou aux pourparlers de paix nécessaires pour y parvenir , mais donne un élan vital à ces deux aspects » a prévenu l’eurodéputé britannique Richard Howitt  (S&D).

« Ce vote est une grande victoire. Je me félicite que nous soyons arrivés à un texte commun voté à une large majorité par le Parlement européen. La force de cette reconnaissance de l'État de Palestine est indéniable » s’est félicité Gilles Pargneaux, eurodéputé français socialiste.  « Le combat politique au sein du Parlement européen a été ardu » a-t-il reconnu. 

« En agissant ainsi, le Parlement européen rappelle que si la reconnaissance d'un État relève de la seule compétence des États membres, l'Union européenne ne doit pas pour autant rester absente des actions en faveur de la paix » a affirmé Michèle Alliot Marie, eurodéputée française du PPE. 

« Le Parlement européen a rejoint aujourd'hui l'élan international croissant en faveur de la reconnaissance d’un Etat palestinien » ont déclaré Rebecca Harms et Philippe Lamberts, co-présidents du groupe des Verts / ALE au Parlement européen. 

« La résolution adoptée est donc un pas de plus appuyant la reconnaissance de l’Etat palestinien dans les frontières de 1967. Même si  nous aurions souhaité un texte plus clair et plus précis, nous l’avons soutenu, dès lors qu’il peut constituer un point d’appui » a déclaré l'eurodéputé communiste Patrick Le Hyaric (GUE). 

 « Cette résolution tant attendue est particulièrement bienvenue. Néanmoins, cette résolution est  trop silencieuse sur le problème de fond que représente la colonisation israélienne, qui demeure aujourd'hui le plus gros obstacle à la reprise d'un dialogue entre Israël et la Palestine. Nous appelons ainsi les Etats européens membres du Conseil de sécurité de l'ONU à soutenir l'initiative palestinienne exigeant la fin de l'occupation israélienne d'ici 2 ans.» ont affrimé  Karima Delli et Pascal Durand, eurodéputés français Verts.  

« Par ce vote, le Parlement européen a clairement rejeté une reconnaissance inconditionnelle de la Palestine qui serait séparée des négociations de paix » a expliqué Elmar Brok, le co-négociateur de cette résolution pour le Groupe PPE et président de la commission des Affaires étrangères au Parlement européen.

Contexte

L'État d'Israël a été créé en 1948, remplaçant le mandat britannique de Palestine suite à un conflit qui a résulté en la fuite d'au moins 750 000 Palestiniens. 19 ans plus tard, la crise des réfugiés a été exacerbée par l'invasion et l'occupation de la Cisjordanie et de la bande de Gaza pendant la guerre de Six Jours de 1967. Par la suite, Israël a annexé Jérusalem-Est à son territoire et a construit des colonies en Cisjordanie qui accueillent aujourd'hui 500 000 Juifs israéliens.

Avec la Déclaration de Venise en 1980, l'UE, qui reconnaît le droit de la Palestine à l'autodétermination, est devenue la troisième partie du conflit international israélo-palestinien. En 1986, l'UE est allée plus loin en promulgant un règlement permettant aux Palestiniens en territoires occupés d'exporter des produits en Europe sous le label « Made in the West Bank and Gaza » (en français : fabriqué en Cisjordanie et à Gaza).

Après la signature de l'Accord d'Oslo en 1993, l'UE a accru son engagement dans le processus de paix en soutenant financièrement l'Autorité palestinienne naissante. Toutefois, la position de l'UE, à savoir que tout accord de paix devrait respecter les frontières originales de 1967, ce qui permettrait aux Palestiniens d'établir leur capitale à Jérusalem-Est, rencontre une vive opposition en Israël.

En décembre 2010, 26 anciens leaders de l'UE, y compris Javier Solana et Helmut Schmidt, ont demandé un boycott et des sanctions à l'encontre d'Israël pour la construction des colonies.