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25/09/2016

Le premier convoi de migrants expulsés arrive en Turquie

L'Europe dans le monde

Le premier convoi de migrants expulsés arrive en Turquie

Les premiers migrants expulsés des îles grecques de Lesbos et de Quíos sont arrivés le dimanche 3 avril à bord de deux bateaux dans le port turc de Dikili, dans le cadre de l’accord entre l’UE et la Turquie, selon le quotidien Hürriyet. Un article d’EurActiv Espagne.

Il s’agit des deux premiers bateaux renvoyant 202 personnes en Turquie. Parmi eux, se trouvaient également deux Syriens étant arrivés illégalement en Grèce ces derniers jours.

Selon un représentant de Frontex cité par la presse grecque, la majorité des migrants viennent du Pakistan et du Bangladesh.

Des sources proches du gouvernement grec ont confirmé à l’agence de presse Efe, à Athènes, que sur le bateau se trouvaient aussi deux Syriens ayant demandé de repartir en Turquie « pour des raisons personnelles ».

Ces bateaux transportent le même nombre de policiers que d’expulsés. Le contingent de sécurité est constitué d’agents de Frontex et de la police antiémeute grecque.

Les bateaux ont quitté les ports grecs sans heurts, mais le gouvernement s’est toutefois dit préparé à des poussées de violences de la part des réfugiés lorsque les renvois commenceront, a reconnu le porte-parole du centre de gestion des réfugiés, Yorgos Kyritsis.

Durant le week-end, les centres d’enregistrement des îles grecques et les camps improvisés d’Idomeni et du port du Pirée ont en effet vu les tensions grimper.

>> Lire : Le camp d’Idomeni, une catastrophe européenne

Dans le port du Pirée d’Athènes, où sont entassées plus de 4 800 personnes que le gouvernement grec espère déplacer vers des camps organisés, 73 réfugiés en plus sont arrivés le 2 avril au soir depuis l’ile de Samos et 25 le dimanche 3 avril au matin depuis Lesbos.

L’accord UE-Turquie spécifiait une hausse des contrôles et des patrouilles pour éviter l’arrivée de réfugiés dans les îles de l’Égée orientale, mais cela n’a pas empêché 1 400 personnes d’atteindre les cotes grecques ce week-end.

L’accord conclu entre Bruxelles et Ankara prévoit le renvoi de tous les réfugiés et migrants illégaux de la Grèce vers la Turquie. En échange, l’UE accueillera de manière légale le même nombre de Syriens renvoyés.

Formule « un contre un »

L’UE met donc en marche son plan pour renvoyer et réadmettre des réfugiés depuis la Turquie, et ce, malgré les critiques de l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) et de nombreuses ONG, qui assurent qu’Ankara pratique des renvois forcés et ne protège pas les réfugiés.

>> Lire : Des ONG quittent la Grèce pour dénoncer l’accord UE-Turquie

Le Parlement grec a approuvé le vendredi 1er avril la loi réformant le processus de demande d’asile et réglementant le renvoi des migrants vers des « pays sûrs ». La Turquie ne fait pas expressément partie de ces pays, à cause d’un désaccord au sein même de Syriza.

Ankara doit pour sa part faire les modifications législatives nécessaires pour garantir que des expulsions immédiates ne sont pas pratiquées, ces dernières étant interdites par le droit européen et international.

Le mécanisme que l’UE espère appliquer depuis ce week-end est l’un des éléments de l’accord passé avec la Turquie. Nommé « un contre un », il consiste à admettre un Syrien pour chaque Syrien renvoyé de la Grèce vers la Turquie. L’objectif est de désengorger les routes illégales d’entrée dans le territoire communautaire.

Pour l’instant, la Commission européenne n’a pas précisé quel État membre serait prêt à accueillir ces Syriens venus de Turquie.

Le ministère espagnol de l’Intérieur a annoncé qu’il étudiait la possibilité de recevoir 6 565 réfugiés.

>> Lire : L’accord UE-Turquie toujours dans les limbes à Lesbos, les réfugiés aussi

Les critiques se poursuivent

Le plan a attiré un feu nourri de critiques, que l’exécutif a assuré prendre « très au sérieux ». La Commission serait en effet en train d’adopter des mesures pour faire face à ces problèmes.

Le 1er avril, l’HCR a dénoncé la dégradation croissante des centres des îles grecques où sont détenus les réfugiés, et a averti que la situation pourrait devenir hors de contrôle si les autorités européennes n’agissaient pas rapidement.

À titre d’exemple, le centre de Morio, à Lesbos, abrite 2 300 personnes alors que sa capacité est de 2 000 personnes.

« Les gens dorment dehors et il n’y a pas assez de nourriture », a dénoncé Melissa Fleming, porte-parole de l’HCR.

L’HCR et d’autres ONG comme Médecins sans frontière (MSF) ont décidé de ne pas participer à ce processus d’échange qu’elles jugent injuste et illégal et s’opposent à la politique européenne consistant à retenir des demandeurs d’asile contre leur volonté.

En ce qui concerne les accusations visant Ankara et les expulsions forcées, ce que la Turquie nie, l’exécutif n’a pas la confirmation des faits, mais a assuré que les vérifications nécessaires étaient en cours.

>> Lire : Amnesty dénonce le renvoi de Syriens par la Turquie

Mina Andreeva, porte-parole de la Commission, a rappelé le 1er avril que le renvoi en Syrie de réfugiés ayant droit à l’asile était une « ligne rouge à ne pas traverser ». Le commissaire Dimitris Avramopulos, en charge de la migration et des affaires intérieures, s’est rendu à Ankara dimanche 3 avril pour discuter de l’application sur le terrain de l’accord et aborder ces questions-là.

Bruxelles reconnaît qu’il existe « quelques problèmes » dans la mise en marche de l’accord et que les parties collaboraient pour les résoudre.

Une des entraves au bon fonctionnement de l’accord est le manque de personnels dans les îles grecques.

>> Lire : Accord UE-Turquie, nouveau travail d’Hercule pour la Grèce

Les États membres doivent envoyer 2 500 fonctionnaires pour soutenir le travail des autorités grecques.

Pour le moment, l’agence européenne des Frontières, Frontex, n’a reçu des engagements que pour 44 experts en réadmission et 700 professionnels pour les renvois, a reconnu l’exécutif.

Le bureau européen d’appui en matière d’asile, EASO, peut compter sur 452 experts, promis par les États membres, dont 32 ont été déployés le lundi 4 avril.

>> Lire : L’Italie craint une hausse de l’arrivée des migrants