Le retour forcé de migrants bloque les conclusions du Sommet UE-Afrique  

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La question des retours forcés des migrants, ainsi que celle des droits sexuels bloque la publication des conclusions du sommet UE-Afrique, une semaine après la fin des débats à Abidjan.

Mise en scène à Abidjan la semaine dernière, l’unité entre l’Union européenne et l’Union africaine est déjà mise à rude épreuve. Une semaine après la fin du sommet entre les deux continents, les conclusions officielles n’ont toujours pas été publiées.

Consacré à l’avenir de la jeunesse, le sommet s’est principalement focalisé sur la crise migratoire, dans la foulée de la diffusion d’image de vente d’esclave en Libye, qui ont scandalisé l’opinion publique internationale et fait réagir les dirigeants des deux côtés de la Méditerranée.

En réaction à la situation, la question du rapatriement des migrants bloqués en Libye a été ouverte par les dirigeants, qui ont annoncé la mise en œuvre d’une politique de retour pour les migrants, avec une mise en œuvre rapide puisqu’une évacuation d’un camp de 3 800 migrants bloqués à Tripoli doit être organisée d’urgence, a annoncé le 30 novembre le président de la Commission de l’Union africaine, Moussa Faki Mahamat.

L’évacuation des migrants en Libye fait consensus, pas la facture

Les pays africains et européens ont adopté une déclaration conjointe spéciale sur la Libye et affirmé vouloir rapatrier les migrants bloqués dans leurs pays d’origine. Mais la question de l’addition a soigneusement été évitée.

 

Pourtant, depuis lors, la question de ces retours et leur mention dans les conclusions communes du sommet font l’objet d’un blocage. Lors d’une réunion des représentants permanents des États membres à Bruxelles, mercredi 7 décembre, l’absence de publication a été déplorée.

Volontaire ou forcé ?

« La déclaration est toujours entre les mains de l’Union africaine. Nous espérons au plus vite leur confirmation sur le texte final », a indiqué une source européenne à Euractiv. Concrètement, c’est sur la question des retours forcés que le bât blesse. L’Union européenne souhaite voir la question des retours mentionnée dans la conclusion de manière ouverte.

« Le terme volontaire n’est pas apprécié par les Européens, et les Africains y tiennent » selon une source à l’Union africaine, « Tous les jours on promet une résolution,  c’est une franche rigolade ». affirme une source à l’Union africaine, qui déplore que les véritables sujets de fond n’aient pas été abordés.

À l’inverse, l’Union africaine entend mentionner spécifiquement circonscrire la question aux  retours volontaires uniquement.  « Le paragraphe 73 sur le retour volontaire des migrants c’est le plus important. C’est une question de droit de l’homme, on ne peut pas contraindre les gens à rentrer dans des pays où ils ne seront pas en sécurité » explique à Euractiv Ebba Kalondo, porte-parole de Moussa Faki Mahamat, le président de la Commission de l’Union africaine.

« Nous sommes en train de peaufiner le texte de la déclaration, c’est une question de langage » poursuit-elle. « Je crois que le délai de publication est tout à fait normal, il faut du temps pour prendre ces décisions ».

Droits sexuels et reproductifs

Autre écueil, celui de la santé et les droits sexuels et reproductifs, qui devraient figurer pour la première fois dans une déclaration commune à l’issue d’un sommet UE-Afrique, selon une source à l’UE. Lors du dernier sommet en 2014, la question avait été soigneusement passée sous silence dans les conclusions.

Cette fois, l’Union européenne tente d’obtenir la mention dans les conclusions.  Pourtant, du côté de l’Union africaine, la santé et les droits sexuels et reproductifs ne sont pas mentionnés comme un point de blocage. « La question de la mention des droits sexuels et reproductifs a été rejetée par les ministres africains lors du sommet », affirme une source à l’UA. Et ne devrait donc plus faire l’objet de débats.

La question des droits sexuels et reproductifs a souvent été soigneusement évitée, puisqu’elle inclut de fait la question de l’avortement, encore très clivante dans plusieurs pays européens, mais aussi au niveau africain.

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L’offensive de 16 États membres en faveur d’une position amitieuse de l’UE sur la question des droits sexuels et reproductifs au sein de la politique européenne de développement, a porté ses fruits.