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25/09/2016

Le TTIP suspendu aux ministres européens

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Le TTIP suspendu aux ministres européens

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Réunis vendredi à Bratislava, les ministres du Commerce de l’Union européenne vont ferrailler sur l’avenir du traité de libre-échange en négociation avec les États-Unis (TTIP ou Tafta), décrié en Europe et que la France veut enterrer.

« Notre position est claire : je demanderai à Bratislava la fin des négociations », a prévenu le secrétaire d’État au commerce français, Matthias Fekl. « Un accord rapide serait un accord mauvais pour la France ».

>> Lire : Hollande enterre l’espoir d’un accord sur le TTIP

Cet immense chantier, ouvert depuis 2013, vise à faire tomber les barrières commerciales entre l’UE et les États-Unis, comme les droits de douane imposés aux produits importés ou les restrictions réglementaires qui entravent l’accès aux marchés.

C’est « une réponse à la crise économique », affirme la commissaire européenne au commerce, Cecilia Malmström, mandatée par les États membres pour négocier en leur nom avec les États-Unis.

Cette Suédoise libérale voit dans le futur accord une source de développement pour les entreprises, en théorie profitable aux salariés.

Mais ses opposants — ONG, élus de tous bords, syndicats ou militants — l’estiment « dangereux » pour la démocratie, la sécurité alimentaire ou encore les normes sociales et environnementales. Régulièrement appelés à manifester, ils étaient encore plusieurs dizaines de milliers le 17 septembre en Allemagne.

Contrairement à la France, douze pays européens, dont l’Italie, l’Espagne et la Grande-Bretagne, ont récemment affiché dans une lettre ouverte leur soutien au TTIP.

Les autres, comme l’Autriche ou la Belgique, sont plus indécis. En Allemagne, le traité est soutenu par la chancelière Merkel, mais son ministre de l’Économie, le social-démocrate Sigmar Gabriel, l’a vertement critiqué.

>> Lire : Sigmar Gabriel dénonce l’échec des négociations du TTIP

Plus qu’un abandon ou une suspension des négociations — déjà très lentes —, les 28 pourraient surtout acter le fait qu’aucun accord ne sera conclu avant la fin du mandat de Barack Obama, en janvier 2017, l’objectif initial.

« Ça devient de moins en moins probable avec le temps », a concédé Cecilia Malmström mardi, renvoyant la poursuite des négociations à l’arrivée au pouvoir de « la prochaine administration » américaine.

L’accord avec le Canada, objectif prioritaire

Aux États-Unis, où la campagne présidentielle bat son plein, le sujet n’est guère porteur. C’est même, quel que soit le candidat, « un jeu de massacre », souffle une source européenne.

Autres handicaps à l’avancée des négociations, l’élection présidentielle française au premier semestre 2017, suivie des élections législatives allemandes à la fin de l’été, qui pourrait repousser l’élan attendu à la fin de l’année prochaine.

Cette situation a poussé Cecilia Malmström à revêtir son bleu de chauffe ces derniers jours pour défendre l’autre traité, le CETA, conclu avec le Canada, un texte de 1.600 pages devenu l’objectif prioritaire.

À coup d’interviews ou de réunions publiques, elle martèle le message du président de la Commission, Jean-Claude Juncker : le CETA « est le meilleur accord et le plus progressiste jamais négocié par l’UE ».

Ce traité, qui fait encore face à quelques réticences, doit être signé le 27 octobre prochain, lors d’un sommet à Bruxelles en présence du Premier ministre canadien Justin Trudeau. Il sera ensuite provisoirement appliqué, le temps d’être ratifié par les Parlements de tous les pays de l’UE, une procédure qui peut prendre des années.

>> Lire : L’opposition au CETA ne faiblit pas en Autriche

Ses adversaires y voient, à l’image de l’eurodéputée écologiste Eva Joly, « un cheval de Troie » de l’accord avec les États-Unis, les entreprises américaines ayant, selon elle, « toutes des filiales au Canada ».

Il « n’apporte pas de bénéfices aux citoyens européens et met en danger l’existence de services publics de grande qualité », résument plusieurs ONG, dont l’Association des consommateurs européens (BEUC)

« C’est une chance d’essayer, avec un partenaire comme le Canada, qui est très européen, qui est un pays qui nous ressemble beaucoup, de prendre le contrôle de la globalisation », leur répond Cecilia Malmström.

Elle est soutenue par Markus Beyer, le chef de BusinessEurope, lobby du patronat européen, pour qui « un échec du CETA » constituerait « un énorme défi » pour la crédibilité de l’UE dans le monde.