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29/08/2016

La Macédoine réclame l’aide des États membres pour barricader ses frontières

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La Macédoine réclame l’aide des États membres pour barricader ses frontières

Sebastian Kurz, ministre autrichien aux Affaires étrangères et à l'Intégration.

Exclusif. La Macédoine a récemment envoyé une liste de demande de matériel visant à s’assurer un contrôle complet de sa frontière sud à plusieurs États membres.

Les pays des Balkans se sont réunis à Vienne le 24 février pour discuter les solutions possibles à la crise des réfugiés dans les Balkans occidentaux, notamment la fermeture des frontières. La Grèce, pays d’arrivée de la plupart des réfugiés, n’a cependant pas été invitée.

La rencontre a été organisée par les ministères des Affaires étrangères et de l’Intérieur autrichiens, affiliés au PPE. Elle réunissait des représentants de l’Albanie, de la Bulgarie, du Kosovo, de la Croatie, de la Macédoine, du Monténégro, de la Serbie et de la Slovénie. Athènes a réagi vivement à son exclusion en rappelant son ambassadeur auprès de l’Autriche.

Cette réunion est « partisane et pas amicale pour un sou », estime le ministère de l’Intérieur grec, qui accuse le gouvernement autrichien de tenter de miner les efforts vers une solution européenne commune à la crise des réfugiés.

« L’Autriche se rendra bientôt compte de l’erreur monumentale de son attitude pendant la crise des réfugiés », a déclaré Ioannis Mouzalas, ministre grec à l’Immigration, lors d’une interview exclusive avec EurActiv Grèce.

>> Lire : La Grèce dénonce « l’erreur monumentale » de l’Autriche

Une semaine plus tard, le 1er mars, les dirigeants des polices de quatre pays des Balkans, la Macédoine, la Serbie, la Croatie et la Slovénie, ont rencontré des représentants de l’Autriche, de la présidence néerlandaise du Conseil européen et de la Hongrie à Belgrade. Athènes avait cette fois été invitée, mais a refusé de participer.

Lettre macédonienne

Skopje a envoyé une lettre détaillée de 12 pages à plusieurs États membres. La Macédoine y explique ce dont elle aurait besoin pour s’assurer un contrôle complet de sa frontière sud.

Le document, obtenu par EurActiv, indique que le pays souhaite des machines d’ingénierie pour la construction d’une fortification à sa frontière sud, des matériaux pour ériger une barrière de 300 km et de quoi installer un camp de 400 personnes. Skopje demande également des équipements de maîtrise des foules et le financement de personnel de véhicules et des capacités techniques d’une armée.

Musserdonia

Selon les informations obtenues par EurActiv, certains États membres sont prêts à répondre à ces demandes, avec peut-être certaines limites. En Autriche, par exemple, l’octroi d’équipements militaires à un autre pays est limité par la loi et soumis à l’approbation du parlement.

Skopje voudrait aussi que des officiers de police soient envoyés sur son territoire. Le ministère de l’Intérieur a déjà envoyé sept officiers à la frontière gréco-macédonienne et annoncé que jusqu’à 20 autres personnes pourraient être envoyées. Un nombre modeste pour la barrière de 300 km prévue.

Dérives possibles

Selon les sources d’EurActiv, les spécialistes légaux craignent que ces équipements puissent être utilisés pour la répression au sein du pays, plutôt que contre les réfugiés, à l’approche d’un vote important au mois de juin.

« Il est difficile d’imaginer que la Croatie, la Slovénie ou l’Autriche fournissent quoi que ce soit sans être sures de l’utilisation réelle de ces équipements », estime pourtant une source diplomatique.

Dans l’annexe 4, « Équipements pour la maîtrise des foules », la Macédoine demande des bombes spéciales (avec des balles de caoutchouc), du gaz poivré et des systèmes de maîtrise des foules.

Les tensions entre le gouvernement et l’opposition sont vives et la situation politique est instable. Les élections parlementaires anticipées prévues pour le 24 avril ont été reportées au 5 juin après que le principal parti d’opposition, l’union sociale-démocrate de Macédoine, a menacé de boycotter un scrutin qu’il ne considère ni juste ni équitable. Ces élections font partie d’un accord conclu l’an dernier pour calmer les tensions entre le gouvernement et l’opposition, avec l’aide de l’UE.

Demande d’aide de la Serbie

Des membres des cercles diplomatiques de l’OTAN et un autre document obtenu par EurActiv, confirment que Belgrade a demandé de l’aide pour gérer la crise des réfugiés le 17 décembre. La Serbie, également située sur la route des Balkans, a été traversée par un grand nombre de migrants quittant la Macédoine.

Contrairement à l’intention de fermeture des frontières de Skojpe, la Serbie ne demande que de l’aide humanitaire, via le centre de coordination en cas de catastrophe de l’OTAN.

Dans sa demande d’aide, Belgrade décrit les mesures mises en place et d’aide déjà fournie par les membres de l’OTAN. Le Portugal s’est par exemple servi du mécanisme de protection civile pour envoyer 300 sets de literie et 20 tentes d’hiver à 6-8 places. Les Pays-Bas ont fourni 3 850 sacs de couchage et le Royaume-Uni 276 tentes.

Washington a également participé à cet effort de solidarité en envoyant deux cargaisons d’équipements humanitaires, le 26 janvier et le 1er février.