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11/12/2016

Les purges s’étendent à 50 000 personnes après le putsch avorté en Turquie

L'Europe dans le monde

Les purges s’étendent à 50 000 personnes après le putsch avorté en Turquie

Une manifestation de soutien au président Erdogan à Istanbul.

Les purges entamées en Turquie dans les forces armées, la police et l’appareil judiciaire après le putsch raté du se sont étendues à l’enseignement, aux renseignements et aux instances religieuses.

Les autorités ont à ce jour suspendu ou placé en détention provisoire environ 50.000 soldats, policiers, juges, fonctionnaires et enseignants depuis l’échec du putsch, qui a fait au moins 232 morts et 1.400 blessés.

Plus de 9.320 personnes font l’objet d’une procédure pénale pour leur implication présumée dans le putsch, a dit à la presse le vice-Premier ministre Numan Kurtulmus.

Mardi, les autorités ont annoncé la fermeture des médias jugés favorables à Fethullah Gülen, le prédicateur en exil aux États-Unis tenu pour responsable du putsch manqué du 15 juillet, et le renvoi de 15.000 agents dépendant du ministère de l’Éducation.

Ont été également mis à pied 492 employés de la Direction des Affaires religieuses, la plus haute autorité musulmane du pays, ainsi que 257 fonctionnaires attachés aux services du Premier ministre et 100 responsables des services de renseignement.

Solidarité et inquiétudes

Les alliés occidentaux d’Ankara ont exprimé leur solidarité au gouvernement turc après l’échec du putsch, mais ne cachent pas leur inquiétude face à l’ampleur et la rapidité de la réaction des autorités, qu’ils appellent à respecter les valeurs de la démocratie.

Lors d’un échange téléphonique avec son homologue turc Recep Tayyip Erdogan, Barack Obama a proposé l’aide des États-Unis dans l’enquête sur la tentative de coup d’État, mais a également appelé Ankara à la retenue.

>>Lire : Erdogan veut rétablir la peine de mort après la tentative de coup d’État

Le président américain lui a par ailleurs promis que toute demande d’extradition de Fethullah Gülen serait étudiée à la lumière des traités bilatéraux. Les traités en question excluent les extraditions pour des motifs politiques, mais pas celles motivées par des crimes commis aux dépens de chefs d’État ou de gouvernement.

Selon la Maison blanche, le gouvernement turc a transmis aux autorités américaines des documents sous forme numérique qui sont en cours d’examen. La procédure s’annonce toutefois très complexe et, même si la justice américaine se prononçait pour l’extradition, le secrétaire d’État John Kerry pourrait s’y opposer sans raison légale, par exemple pour des motifs humanitaires.

« J’exhorte le gouvernement américain à s’opposer à tout abus du processus d’extradition dans le cadre d’une vendetta politique », dit Fethullah Gülen dans un communiqué.

Coup monté ou coup d’État

Ancien allié politique du numéro un turc, l’imam nie toute implication dans le coup de force de vendredi et a laissé entendre qu’il pourrait s’agir d’un coup monté pour justifier la répression.

Le Premier ministre, Binali Yildirim, a quant à lui promis de débarrasser la Turquie de son mouvement, « de sorte qu’aucune organisation terroriste clandestine n’ait le courage de trahir de nouveau notre peuple béni » et d’adresser sous peu aux États-Unis les preuves de l’implication de Gülen dans la tentative de coup d’État.

Décisions « importantes » mercredi

« Nous avons plus de preuves qu’il n’en faut, plus que vous pouvez en demander concernant Gülen », a quant à lui assuré le ministre de la Justice Bekir Bozdak.

Binali Yildirim a indiqué que le gouvernement turc prendrait mercredi d’importances décisions visant à sortir le pays des « circonstances extraordinaires » dans lesquelles l’a plongé la tentative de putsch.

Recep Tayyip Erdogan avait déclaré un peu plus tôt que le Conseil national de sécurité et le gouvernement se réuniraient mercredi pour prendre des décisions à même d’engager la Turquie sur une nouvelle voie.

>>Lire : L’Europe craint une dérive autoritaire après le putsch manqué en Turquie

A en croire Binal Yildirim, la Turquie va respecter l’État de droit et ne se laissera pas emporter par l’esprit de vengeance lors du procès des putschistes. S’exprimant au côté du chef de file du principal parti de l’opposition laïque, le CHP, il a assuré que le pays devait empêcher que certains n’exploitent la situation actuelle.

De son côté, le parti de la droite nationaliste MHP a indiqué qu’il soutiendrait le gouvernement si celui-ci s’efforçait de rétablir la peine de mort, abolie en 2004.

En visite au Portugal mardi, le président français, François Hollande, a déclaré que la Turquie ne pouvait introduire la peine de mort dans son droit tout en espérant pouvoir rejoindre un jour l’Union européenne et il a appelé à juger les auteurs du coup d’État raté conformément au droit.