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27/09/2016

L’Italie craint une hausse de l’arrivée des migrants

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L’Italie craint une hausse de l’arrivée des migrants

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@RiccardoNastasi

Les arrivées d’immigrants en Italie en 2016 sont déjà 80 % plus importantes que pour la même période en 2015. Un article d’euroefe.

Durant la conférence des Nations-Unies sur les réfugiés, à Genève, le ministre italien des Affaires étrangères, Paolo Gentiloni, a annoncé que 3 700 migrants avaient été secourus et conduits sur les côtes italiennes sur les cinq derniers jours seulement, et que depuis le début de l’année, ce chiffre atteignait un total de 18 234 personnes.

C’est 80 % de plus de migrants comparé aux trois premiers mois de 2015. L’inquiétude est croissante chez les Italiens puisque si la tendance se confirme, 270 000 migrants devraient arriver en 2016 selon les estimations du ministère de l’Intérieur, reprises par la presse italienne.

Pour le moment, la hausse des arrivées s’explique par l’arrivée des beaux jours après un hiver plutôt doux. Mais la crainte des autorités italiennes est de voir s’ajouter à la route de Méditerranée centrale, qui part d’Afrique centrale jusqu’aux côtes libyennes, la route gréco-turque, suite à l’accord UE-Turquie et la fermeture de la frontière macédonienne.

Plan de crise

Les médias italiens citent des sources du ministère de l’Intérieur qui affirment qu’il sera nécessaire d’approuver le plus tôt possible « un plan de crise » avec l’installation de nouveaux centres d’accueil, en aménageant des hôtels, des casernes ou en plaçant des tentes dans des champs. Les centres actuels étant tous complets, il faudra aussi déplacer les migrants sur le territoire italien.

>> Lire : L’accord UE-Turquie toujours dans les limbes à Lesbos, les réfugiés aussi

Jusqu’à présent, les migrants secourus en mer par des bateaux participant aux différentes opérations de contrôle du Canal de Sicile, le détroit qui sépare le nord de l’Afrique et l’Italie, arrivent pour la plupart d’Afrique subsaharienne et de la Corne de l’Afrique.

Ces trois derniers mois, la majorité des migrants débarqués en Italie viennent du Nigéria (2 426), de Gambie (1 948), du Sénégal (1 373) et, pour le moment, aucun Syrien, Irakien ou Afghan n’a été enregistré.

Conséquences

Pour Barbara Molinario, porte-parole de l’agence de l’ONU pour les réfugiés (HCR) l’accord UE-Turquie n’a pas eu de conséquences pour le contrôle des frontières italiennes. Jusqu’à présent, ce sont les mêmes nationalités que d’habitude qui arrivent en Italie.

>> Lire : Amnesty dénonce le renvoi de Syriens par la Turquie

Selon elle, il est trop tôt pour savoir si la fermeture des routes aura des conséquences en Italie. La porte-parole a toutefois ajouté que cette possibilité existait et que des personnes se retrouvaient coincées dans des pays sans pouvoir rentrer chez eux et emprunter un autre chemin.

Luigi Ammatuna, maire de la municipalité sicilienne de Pozzallo, un des ports où débarquent une grande partie des migrants, s’inquiète également de la fermeture de la route des Balkans. « Les Syriens vont recommencer à arriver comme en 2014 », a-t-il assuré.

Cette année-là, selon les données officielles du ministère de l’Intérieur, 42 323 Syriens étaient arrivés en Italie.

Changement d’itinéraire

Emiliano Abramo, porte-parole de la communauté de San Egidio en Sicile, a expliqué à l’agence de presse EFE que les migrants syriens en Italie recevaient des appels de leurs compatriotes pour savoir quelle route emprunter pour les rejoindre.

Selon lui, face à la fermeture des frontières en Macédoine, les Syriens commencent à envisager la route libyenne et les trafiquants s’organisent. Bien que cette alternative soit dangereuse, « c’est toujours mieux que de rester bloqués dans des camps de réfugiés aux frontières ».

>> Lire : Le camp d’Idomeni, une catastrophe européenne

la gestion des migrations économiques en provenance de certains pays africains constitue une autre source de préoccupation pour l’Italie. Ces migrants n’ont aucune protection internationale et n’entrent dans le cadre d’aucun accord de relocalisation.

Le HCR souligne qu’en Grèce, 90 % des immigrants sont des réfugiés, mais qu’en Italie, distinguer les nationalités de ceux qui ont droit à l’asile comme les Érythréens, les Somaliens ou les Sud-Soudanais de celles des migrants économiques est un travail titanesque.

Ces dernières années, les migrants économiques, les demandeurs d’asile et ceux qui arrivaient sur le territoire italien réussissaient à passer sans problème la frontière française ou autrichienne, mais ces derniers mois, ces pays ont renforcé les contrôles et bloqué leur frontière de sorte que l’Italie est devenue le goulot d’étranglement d’une bouteille bien fermée.

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