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25/09/2016

L’UE s’inquiète de la réélection contestée d’Ali Bongo au Gabon

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L’UE s’inquiète de la réélection contestée d’Ali Bongo au Gabon

La réélection du président sortant, Ali Bongo Odimba, a provoqué de violentes contestations dans Libreville.

[Flickr]

L’UE exige un recomptage des votes des présidentielles au Gabon, après l’annonce de la réélection de justesse d’Ali Bongo Ondimba le 30 août, mettant Libreville à feu et à sang.

Selon la commission électorale, le président sortant, Ali Bongo, 57 ans, a été réélu pour un deuxième septennat avec 49,80 % des suffrages devant son rival Jean Ping (48,23 %), 73 ans, ex-cacique du régime du défunt Omar Bongo, le père d’Ali.

Cet écart marginal représente une différence de 5 594 voix, sur un total de 627 805 inscrits, dans ce petit pays pétrolier d’à peine 1,8 million d’habitants.

Le président sortant devrait sa réélection à son score écrasant dans son fief familial, le Haut-Ogooué, où il aurait obtenu 95,46 % pour plus de 99 % de participation.

Un score contesté par l’opposition qui a réclamé un recomptage bureau par bureau de vote et dont les partisans sont massivement descendus dans la rue.

 

L’UE demande un recomptage

Ex-puissance coloniale, la France a demandé la publication des résultats de tous les bureaux de vote du Gabon (environ 2 500), relayant une demande de l’Union européenne — et de l’opposition.

« Jean Ping réaffirme vigoureusement, en accord avec l’Union européenne et les États-Unis, que le recomptage bureau par bureau, devient le seul moyen de garantir désormais la loyauté du scrutin », ont indiqué son chargé de communication au Gabon, Jean-Gaspard Ntoutoume Ayi, et son avocat à Paris, Me Eric Moutet.

La diplomatie américaine, par la voix de son porte-parole John Kirby, a réclamé la publication des résultats par bureau de vote. « Cela aidera le peuple du Gabon, de même que la communauté internationale, à avoir confiance dans le fait que le décompte des votes annoncé est bien juste », a-t-il noté.

Fait unique dans l’histoire politique du pays, le secrétaire général du Parti démocratique du Gabon (PDG), au pouvoir depuis des décennies, avait aussi pris ses distances avec le président sortant.

Le numéro deux du parti, Faustin Boukoubi, a encouragé la commission « à prendre toutes les dispositions idoines afin de publier des résultats fondamentalement crédibles ».

Haute tension

Le 30 août, la ville était toujours sous très haute tension : check points, grands axes coupés sur le front de mer, véhicules blindés aux carrefours, commerces fermés, grande majorité des habitants cloîtrés chez eux.

Dès l’annonce de la victoire controversée d’Ali Bongo, des troubles ont éclaté sur les grandes artères entre les forces de l’ordre et des opposants criant « Ali doit partir ».

L’Assemblée nationale du Gabon a été incendiée par des manifestants. Des tirs étaient toujours entendus dans la soirée, alors que des véhicules transportant des policiers et des militaires sillonnaient la ville.

Au moins six personnes ont été admises à la polyclinique Chambrier à Libreville pour des blessures par balle, ont constaté des journalistes de l’AFP. Plusieurs d’entre elles ont indiqué avoir été blessées par les forces de l’ordre près de l’Assemblée.

« Tout le bâtiment est en train de prendre feu », a indiqué à l’AFP Yannick, un Librevillois présent devant l’Assemblée. Un panache se dégageait dans la nuit au-dessus du palais Léon Mba, selon des journalistes de l’AFP qui se trouvaient à distance.

« Ils sont entrés, ils ont brûlé », selon le même témoin affirmant que les forces de sécurité avaient reculé.

« On nous a volé les élections »

« On nous a volé les élections », criaient aussi les manifestants, qui accusent Ali Bongo de poursuivre la dynastie installée par son père, président pendant 41 ans jusqu’à sa mort en 2009, et perpétuée par l’élection de son fils la même année.

Des hélicoptères tournaient dans le ciel et des colonnes de fumée s’échappaient de plusieurs quartiers populaires.

« Nous déplorons lors de la manifestation de ce jour trois morts et plusieurs blessés », a accusé Jean Ping sur son compte Twitter. Le gouvernement a démenti qu’il y ait des victimes.

Au moment même des troubles, Ali Bongo s’est félicité d’une élection « exemplaire », « dans la paix et la transparence ».

Depuis le vote dans la sérénité samedi, les deux candidats ou leur entourage s’étaient auto-proclamés vainqueurs.

Ex-baron du régime du président Omar Bongo, opposant tardif après l’élection de son fils en 2009, Jean Ping prétend mettre fin au règne de la famille au pouvoir depuis 1967.

Ali Bongo a défendu son bilan avec des « investissements sans précédent » et la diversification de l’économie, en promettant « l’égalité des chances ».

La campagne s’était déroulée dans un climat délétère, l’opposition affirmant que M. Bongo est de fait un enfant du Nigeria adopté par son père Omar, et qu’il ne peut exercer à ce titre le pouvoir selon la Constitution.