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06/12/2016

La crise politique en Macédoine hypothèque son adhésion à l’UE

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La crise politique en Macédoine hypothèque son adhésion à l’UE

L’incertitude politique qui plane dans l’ancienne République yougoslave de Macédoine met de plus en plus en doute la capacité du pays à remplir les critères pour adhérer à l’UE. Un article d’EurActiv Allemagne.

L’ancienne République yougoslave de Macédoine (ARYM), candidate à l’UE, s’enlise de plus en plus dans une crise politique. Depuis que la nouvelle de l’espionnage de l’opposition par l’ancien Premier ministre Nikola Gruevski a éclaté en février de l’année dernière, une vague de manifestations a déferlé sur le pays, qui se retrouve embourbé dans une situation désastreuse.

Electeurs « zombies »

Les élections initialement prévues le 5 juin, ont été décalées sine die le 18 mai par le Parlement de Skopje. Le parti d’opposition, l’Union sociale-démocrate de Macédoine (SDSM) a déjà annoncé son intention de boycotter les élections jusqu’à ce que le gouvernement supprime les milliers d’électeurs inactifs ou « zombies » des registres électoraux.

Le commissaire européen à l’élargissement, Johannes Hahn, a exprimé son soutien à la position du SDSM et a déclaré qu’aucune élection impartiale ne pouvait avoir lieu dans ces conditions.

L’Allemagne s’inquiète aussi de plus en plus de la situation en Macédoine. Michael Roth, ministre de l’Europe a déclaré à l’agence de presse allemande dpa que Berlin était « extrêmement inquiète » de l’actuelle crise politique. Le ministre a également appelé à la mise en place de conditions permettant l’organisation d’élections démocratiques et constitutionnelles. « Certains dirigeants politiques sont en train d’agir d’une manière qui n’est pas celle d’un pays qui veut rejoindre l’UE », a estimé Michael Roth.

>> Lire : En Macédoine, les partis politiques européens mettent de l’huile sur le feu

La situation a commencé à s’envenimer au début de l’année dernière, lorsqu’un scandale de corruption a éclaté, mettant en cause Nikola Gruevski et d’autres membres du parti VMRO-DPMNE au pouvoir. Il a été révélé que le gouvernement avait placé à plusieurs reprises ses rivaux politiques et des journalistes critiques sur écoute, manipulé les votes et exercé des activités criminelles.

Une vague de protestations a secoué le pays et la dénommée « révolution de couleur » a réclamé la démission du gouvernement. Depuis, la situation n’a pas beaucoup évolué.

Le Royaume-Uni fait de plus en plus pression sur Skopje pour cesser la confrontation et faire respecter un accord européen de médiation, passé à l’automne dernier. Le ministre britannique des Affaires étrangères, Philip Hammond, a déclaré le 23 mai que les « négociations avec l’UE et l’OTAN » risquaient d’être mises à mal.

L’accord, signé par le parti au pouvoir et le SDSM, stipulait que Nikola Gruevski devait démissionner, ce qui s’est passé, qu’un nouveau parlement devait être mis en place et un procureur spécial pour la corruption politique nommé.

Ce dernier point constitue une véritable épine dans le pied du parti au pouvoir : trois procureurs ont été nommés, et sont, depuis, devenus des sortes de héros en ciblant l’élite au pouvoir, notamment les proches de Nikola Gruevskis. Le président de la Macédoine, Gjorge Ivanov, a récemment accordé l’amnistie à 56 personnes tant du parti d’opposition que du parti au pouvoir et a provoqué de nouvelles protestations.

La grâce a été accordée avant même le jugement du procureur, ce qui montre bien que les preuves contre ces 56 personnes sont accablantes. « Cette situation montre à quel point le régime de Gruevski veut à tout prix s’accrocher au pouvoir, alors que ses représentants risquent d’être envoyés en prison », a expliqué l’Institut allemand des Affaires sécuritaires et internationales, au journal Spiegel en ligne.

Il parait donc peu probable que le gouvernement respecte l’accord. Les analystes politiques parlent d’un « torpillage » de l’accord par les partis au pouvoir. En avril, une réunion avec Johannes Hahn était prévue, mais a également avorté. L’opposition a insisté sur le fait que les deux prérequis pour une rencontre – le retrait de l’amnistie du président et de nouvelles élections – n’avaient pas été remplis.

La date des élections a été ajournée sine die et la semaine dernière, le parlement adopté une loi pour modifier la manière dont une amnistie peut être accordée ou révoquée. Reste à savoir si Gjorge Ivanov s’inclinera devant l’ultimatum posé par le parlement, mais si les choses continuent ainsi, la perspective d’une adhésion à l’UE reste bien lointaine.

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