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31/08/2016

Matteo Renzi soutient South Stream face à Bruxelles

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Matteo Renzi soutient South Stream face à Bruxelles

Tracé initial du gazoduc South Stream, 2012. [Think Defence/Flickr]

Le premier ministre italien, Matteo Renzi, a mobilisé plusieurs dirigeants européens pour soutenir le projet du gazoduc South Stream. Mais l’initiative a pris du plomb dans l’aile depuis que la Bulgarie a elle-même suspendu la construction du gazoduc sur son territoire.

Le comité de défense ?du projet du gazoduc South Stream a trouvé son leader. Le premier ministre italien Matteo Renzi a proposé aux dirigeants de l’Autriche, de la Bulgarie, de la Croatie, de la Grèce, de la Hongrie, de la Serbie et de la Slovénie de faire cause commune en écrivant à la Commission pour défendre le projet porté par Gazprom, dont l’avenir reste incertain. 

Au sommet du G7, le président de la Commission, José Manuel Barroso, a fait savoir que l’exécutif européen allait lancer une procédure d’infraction contre la Bulgarie pour non-conformité avec la législation européenne en matière de concurrence énergétique sur les marchés publics. 

Le gazoduc devrait rejoindre la Bulgarie par la mer Noire. Plusieurs pays européens, à savoir l’Autriche, la Bulgarie, la Croatie, la Grèce, la Hongrie et la Slovénie, avaient conclu des accords bilatéraux avec la Russie dans le cadre de la construction du gazoduc. Or, en décembre dernier, la Commission européenne a estimé que ces accords préférentiels, sous l’égide de Gazprom, enfreignaient la législation européenne et devaient être renégociés dans leur intégralité.

La Commission avait au début annoncé une médiation visant à adapter les accords à la législation européenne. Mais, la crise ukrainienne et l’attitude de la Russie ont eu raison des négociations. Depuis lors, la Commission a demandé que le projet soit suspendu.

Aujourd’hui, la Commission sert de médiateur entre l’Ukraine et la Russie afin de faire baisser le prix du gaz, que l’actuel gouvernement de Kiev considère comme excessif. La Russie a menacé de couper l’approvisionnement en gaz vers l’Ukraine, ce qui pourrait avoir des répercussions sur l’Union européenne, car une grande partie du gaz consommé en Europe en provenance de Russie transite par l’Ukraine.

South Stream, un concurrent direct de l’Ukraine

South Stream vise en premier lieu à contourner l’Ukraine et ainsi assurer un approvisionnement plus stable auprès de grands clients européens, comme l’Autriche et l’Italie. Cependant, des entreprises européennes projettent de former un consortium en vue d’exploiter le réseau gazier ukrainien, qui nécessite de lourds investissements. Elles voient donc le projet South Stream d’un mauvais œil, puisque ce serait un concurrent direct, ont indiqué certaines sources à EurActiv.

La rénovation du réseau gazier d’Ukraine ne peut être que rentable que si le gaz russe transite uniquement par l’Ukraine. En outre, South Stream, qui présente un débit de 63 milliards de mètres cubes par an (mmc/an), priverait l’Ukraine de milliards de dollars de recettes générées par le transit gazier sur son territoire.

Matteo Renzi a pris la tête des négociations afin de soutenir South Stream. Or, le premier ministre bulgare, Plamen Orecharski, a suspendu le projet, et ce, tant que Bruxelles restera opposée au gazoduc.

Pressions américaines

La décision est tombée après que le premier ministre bulgare a rencontré les sénateurs américains John McCain, Ron Johnson et Christopher Murphy. Le 6 juin, l’ambassadeur américain en Bulgarie, Marci Ries avait indiqué que certaines entreprises bulgares engagées dans la construction du gazoduc pourraient être touchées par des sanctions américaines. La raison d’une telle décision est que la Bulgarie a attribué la construction de la section bulgare du gazoduc à un consortium qui comprend une entreprise russe, Stroytransgaz, qui est liée à Gennadi Timtchenko. Or, cet oligarque russe est sur la liste noire publiée par Washington dans le cadre de sanctions.

Le coût de la section bulgare de South Stream s’élève à 3,5 milliards d’euros. Un montant qui fait l’objet de vives critiques, car la construction aurait connu une inflation qualifiée de « poutinienne », en référence aux Jeux olympiques de Sotchi.

Sabine Berger, la porte-parole du commissaire en charge de l’énergie, Günther Oettinger, a salué la décision du premier ministre bulgare.

La Serbie, qui est le pays venant après la Bulgarie sur le tracé du gazoduc, a annoncé également ses réticences quant à poursuivre le projet. La ministre à l’énergie serbe, Zorana Mihajlovi?, a ainsi assuré que son pays reporterait le chantier de construction du gazoduc, à la suite de la décision prise par le gouvernement bulgare.

Mais, quelques heures après, le premier ministre Aleksandar Vu?i?, a nié et indiqué lors d’une conférence de presse que toute décision pour repousser le lancement de la construction ne pourrait être prise qu’au sein du cabinet, ce qui n’a pas été fait pour l’instant.

« Pour la Serbie, [le projet] se poursuit comme prévu », a indiqué le premier ministre serbe.

Mécontentement russe

L’ambassadeur russe auprès de l’UE, Vladimir Chizhov a indiqué pour sa part que la demande de Bruxelles de suspendre South Stream constituait « une sanction économique insidieuse à l’encontre de la Russie ».

« Il est difficile de dissiper l’impression que le blocage décidé par la Commission sur la construction du tronçon bulgare soit une décision purement politique », a-t-il déclaré selon l’agence de presse de Russie Itar-Tass.

Vladimir Chizhov a également expliqué que la pression exercée par la Commission devrait être une leçon pour la Géorgie, la Moldavie et l’Ukraine, qui comptent également ratifier l’Accord d’association avec l’UE lors du prochain sommet du Conseil européen le 26 et 27 juin derniers.

« C’est un signal fort pour les pays qui ont l’intention d’obtenir le statut d’association, [les derniers développements] laissent penser qu’ils auront bien moins de marge de manœuvre pour défendre leur position. J’espère que ce signal sera entendu à Kiev, à Tbilissi et à Chisinau », a déclaré le diplomate russe.

Selon différents services diplomatiques, South Stream sera parmi les sujets traités en priorité dans l’ordre du jour du prochain sommet européen, qui se penchera sur les mesures à prendre en vue de réduire la dépendance énergétique de l’UE vis-à-vis de la Russie. 

Contexte

South Stream est un projet de gazoduc russe pour acheminer du gaz naturel. Ce gazoduc devrait passer sous la mer Noire vers la Bulgarie, traverser la Serbie, avec deux embranchements vers la Bosnie-Herzégovine et la Croatie. Les gazoducs seront dirigés vers la Hongrie et la Slovénie avant d'atteindre l'Italie [voir carte]. Sa capacité devrait être de 63 milliards de mètres cubes par an (mmc/an).

Le principal partenaire de Gazprom dans le projet South Stream est la plus grande entreprise énergétique italienne, ENI.

La Russie a signé des accords intergouvernementaux avec :

la Bulgarie : 18 janvier 2008 ;

la Serbie : 25 janvier 2008 ;

la Hongrie : 28 février 2008 ;

la Grèce : 29 avril 2008 ;

Slovénie : 14 novembre 2009 ;

la Croatie : 2 mars 2010 ;

l'Autriche : 24 avril 2010. 

Prochaines étapes

  • 26-27 juin  : prochain sommet européen, qui abordera entre autres les questions sur la dépendance énergétique de l'UE vis-à-vis de la Russie. 

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