Les eurodéputés veulent une reconnaissance officielle du génocide des yézidis

Des groupes de femmes yézidies et kurdes se sont armés pour participer à la lutte contre Daech. [Alfred Yaghobzadeh/Europarl]

Le prix Sakharov a été remis le 12 décembre aux activistes et survivants Yézidis irakiens à Strasbourg. À l’occasion de la remise, des députés européens ont appelé à la reconnaissance officielle du génocide des yézidis par Daech.

Les militantes yézidies Nadia Murad et Lamiya Aji Bashar se sont vues attribuer le prix au mois d’octobre. Ces deux jeunes yézidies ont été enlevées et vendues comme esclaves sexuelles par Daech.

Les yézidis sont une minorité religieuse dont les croyances combinent des éléments de plusieurs religions moyen-orientales. Ils sont considérés comme des satanistes par Daech. Environ 3 200 yézidis seraient entre les mains des hommes de l’EI.

En 2014, les deux jeunes femmes ont survécu à un massacre qui a coûté la vie à 5 000 personnes et envoyé 200 000 yézidis en exil. Leur répit a cependant été de courte durée, puisqu’elles ont été torturées, violées et vendues comme esclaves avant de parvenir à rejoindre l’Allemagne, d’où elles tentent aujourd’hui de sensibiliser l’Europe aux violences dont leur peuple est victime.

Conversion forcée à l’islam

Nadia Mourad a raconté son calvaire à l’ONU, en 2015. « La première chose qu’ils ont faite, c’est de nous forcer à nous convertir à l’islam », a-t-elle expliqué. Après la conversion, tortures et viols sont devenus quotidiens. « Le viol était utilisé pour détruire les femmes et les filles, et être certain que ces femmes n’allaient pas pouvoir avoir une vie normale par la suite. »

Lamiya Aji Bashar a été enlevée à 16 ans et détenues pendant 20 mois. Après plusieurs tentatives, elle a réussi à s’échapper. En s’enfuyant avec deux autres captives, elle a cependant été blessée et défigurée par l’explosion d’une mine. Ses deux compagnes n’ont pas survécu.

Les États-Unis ont reconnu le génocide en cours en mars 2016, et ont été rejoints en juin par les Nations unies. Si le Parlement européen a ouvert la voie en reconnaissant le génocide en février, l’UE dans son ensemble n’a pas encore fait de même.

Un rapport de l’ONU établi sur la base d’entretiens avec des dizaines de survivants estime que les hommes de l’État islamiste attaquent systématiquement les yézidis en Irak et en Syrie depuis août 2014, dans le but de « supprimer leur identité ». Cette campagne correspond à tous les critères d’un génocide, selon la définition de la Convention de 1948 à ce sujet.

Groupe ethnique ciblé par Daesh

Dans son rapport « Ils sont venus pour détruire : les crimes de l’EI contre les yézidis », l’ONU se livre à une analyse légale de l’intention de Daech d’éliminer le groupe ethnique.

Dans une lettre adressée à Federica Mogherini, responsable européenne des Affaires étrangères, 104 eurodéputés insistent donc pour que l’UE reconnaisse ce génocide, qui cible surtout les femmes et les filles, et appellent à des poursuites légales. Les dirigeants des trois plus grands partis, le PPE, le S&D et l’ALDE figurent au rang des signataires.

« Le droit international prévoit la reconnaissance et l’élimination des génocides en cours, ainsi que le lancement de poursuites contre les coupables. Après son échec face au génocide rwandais, la communauté internationale avait juré ‘plus jamais ça’. Nous ne pouvons pas abandonner à nouveau les victimes. Il est temps que l’Union européenne sorte de son silence – et agisse », estiment les eurodéputés.

Le prix Sakharov pour la liberté de pensée a été créé en 1998 et est décerné chaque année par le Parlement européen à des personnes et organisations qui défendent les libertés et droits fondamentaux dans le monde. Il est accompagné d’une récompense de 50 000 euros.

L’an dernier, ce prix a été attribué à Raif Badawi, un blogueur saoudien emprisonné pour avoir publié sur son site des textes considérés comme blasphématoires par les autorités.

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