La rencontre Merkel-Trump bute sur la question migratoire

Angela Merkel a rencontré Donald Trump le 17 mars avec quelques jours de retard, en raison d'une tempête de neige. [360b/ Shutterstock]

La chancelière allemande et le président des États-Unis n’ont pas trouvé un terrain d’entente sur la gestion de la crise des réfugiés, mais  se sont engagés à chercher un compromis en matière de relations commerciales.

Lors de sa première visite à la Maison-Blanche depuis l’arrivée de Donald Trump au pouvoir, Angela Merkel a déclaré être « en désaccord » sur un certain nombre de domaines avec le président américain. Elle a cependant affirmé qu’ils tenteront de trouver « des compromis avantageux pour les deux parties ».

« Parfois, il est compliqué de trouver des compromis », a souligné la chancelière, ajoutant toutefois qu’il s’agit du rôle des personnalités politiques.

Immigration 

Leur désaccord s’est cristallisé sur la question de l’immigration. Donald Trump a précisé que « l’immigration [était] un privilège, pas un droit » et que « la sécurité de nos citoyens [devait] toujours rester prioritaire ». La priorité doit être de « protéger nos citoyens » de « ceux qui propagent la violence ».

Angela Merkel a pour sa part reconnu que « nous devons protéger nos frontières extérieures », mais a souligné qu’il faut le faire « tout en respectant les réfugiés, en leur donnant l’opportunité de façonner leur vie ».

Dans le passé, Donald Trump avait accusé la chancelière de « ruiner » l’Allemagne en accueillant des centaines de milliers de réfugiés. En janvier, Angela Merkel avait rappelé à Donald Trump, au cours d’une conversation téléphonique, que la communauté internationale se devait d’accueillir les réfugiés de guerre pour des raisons humanitaires, tel que stipulé par la convention de Genève.

En dépit de leur désaccord, Donald Trump a évité de ressasser les discussions du passé et s’est montré plus conciliant durant la conférence de presse commune. Il a même félicité l’Allemagne pour ses performances économiques. « L’Allemagne a obtenu d’excellents résultats, je salue sa performance », a-t-il déclaré.

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« Je ne suis pas protectionniste »

Le président américain a précisé qu’il se penchera sur la question des relations commerciales avec l’Allemagne et d’autres partenaires, parmi lesquels la Chine, et sur l’ALENA, avec le Canada et le Mexique. « Nous ne recherchons pas la victoire, mais l’équité », a-t-il souligné. « Je ne suis pas protectionniste. Je suis pour le libre-échange, mais un libre-échange juste. »

Angela Merkel a évoqué la possibilité de négociations bilatérales, telle que suggérée par les membres de l’administration Trump. Elle a toutefois rappelé que la Commission européenne était l’institution en charge de négocier les accords commerciaux dans l’UE.

La chancelière allemande a ajouté que cela n’empêchera pas l’UE et les États-Unis de conclure un accord « avantageux » pour les deux rives de l’Atlantique. « Le commerce doit être plus juste, et profiter aux deux parties », a commenté Angela Merkel. Elle a cité l’accord commercial entre l’UE et la Corée du Sud comme exemple de traité mutuellement bénéfique.

Les deux dirigeants devaient s’entretenir sur les questions économiques et commerciales après la conférence de presse.

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UE absente, soutien pour l’OTAN

Angela Merkel a indiqué que l’« unité » de l’UE avait contribué à la « réussite » de l’Allemagne dans les secteurs de l’économie, de la sécurité et de la paix. Donald Trump n’a quant à lui fait aucun commentaire à propos du projet européen.

Ces derniers mois, il n’a cessé de changer d’avis sur l’Europe, s’étant d’abord montré en faveur du Brexit en encourageant notamment d’autres États à suivre l’exemple de Londres. Des semaines plus tard, il déclarait que l’UE était une organisation « exceptionnelle » et qu’il « la soutenait totalement ».

Si le président américain a réaffirmé son « ferme soutien » à l’OTAN, il a rappelé que les pays européens devaient « régler leur part de la facture ». Il a salué l’engagement d’Angela Merkel d’augmenter les dépenses militaires afin d’atteindre l’objectif posé par l’alliance d’une contribution de chaque membre à hauteur de 2 % du PIB.

Le commerce, la crise des réfugiés et les dépenses militaires ont été source de désaccord au cours des dernières semaines entre Washington et Berlin. Les deux dirigeants se sont cependant félicités de leur coopération sur les guerres en Afghanistan et en Ukraine et sur le combat qu’ils mènent ensemble contre l’État islamique.

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Mis sur écoute par Obama 

La rencontre intervient dans un contexte de controverse au lendemain des accusations de Donald Trump contre son prédécesseur, Barack Obama, qui aurait mis le candidat républicain sur écoute dans la phase finale de la campagne présidentielle. Les dirigeants de la Commission du Sénat américain sur le renseignement ont cependant affirmé n’avoir relevé aucune preuve en faveur de ces accusations.

Lorsqu’un journaliste allemand a soulevé la question, Donald Trump a répondu qu’en dépit des divisions entre l’Allemagne et les États-Unis, « au moins, nous avons peut-être une chose en commun ». En effet, d’après des documents de l’Agence nationale de la sécurité dévoilés par Edward Snowden, la ligne du téléphone portable d’Angela Merkel aurait été mise sur écoute par l’administration Obama il y a quelques années.

La visite d’Angela Merkel à Washington intervient après celle du Premier ministre irlandais, Enda Kenny, le 16 mars.

Le 17 mars au matin, Angela Merkel et Donald Trump ont présidé une conférence sur la formation professionnelle et l’avenir de l’emploi dans l’ère de la quatrième révolution industrielle. Donald Trump a salué la qualité de la formation professionnelle en Allemagne.

Les compliments mutuels échangés par les deux dirigeants au cours de la conférence de presse ont contrasté un début de rencontre plutôt froid. Donald Trump avait même ignoré l’invitation d’Angela Merkel à lui serrer la main devant les photographes.