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30/09/2016

L’intégration finit toujours par se produire, selon Sami Naïr

L'Europe dans le monde

L’intégration finit toujours par se produire, selon Sami Naïr

Sam Naïr

Le philosophe français Sami Naïr, propose un « passeport de transit » pour les réfugiés. Il prévient que l’UE se trouve à la croisée des chemins entre la civilisation et la « barbarie ». Un article d’Euroefe.

L’ancien eurodéputé, philosophe, sociologue et professeur, Sami Naïr est un spécialiste de la migration et a été le premier à utiliser le terme « co-développement ». Aujourd’hui, il propose un certain nombre de mesures dans son nouveau livre, notamment un « passeport de transit » pour les réfugiés.

Il estime qu’il ne s’agit pas seulement de résoudre un problème immédiat, mais aussi un « problème de civilisation » pour lequel il faut « savoir quelle civilisation nous voulons ».

Sa proposition de passeport aurait pour objectif d’encourager la circulation au sein de l’Europe, en particulier dans l’espace Schengen, et permettrait aux réfugiés de trouver un pays prêt à les accueillir, au lieu de les condamner à « se noyer quelque part, sans solution ni perspectives d’avenir ».

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Parallèlement, Lionel Jospin a déclaré que Bruxelles pourrait davantage aider économiquement les pays voisins des zones de conflit, pour stabiliser la population et exercer une pression politique sur les pays en conflit, notamment ceux du Moyen-Orient.

Sami Naïr a également ajouté que les États-Unis et le Royaume-Uni, c’est-à-dire les puissances en partie responsables du déséquilibre dans ses régions, devraient être pris davantage en compte, y compris dans la crise des réfugiés.

Selon lui, l’UE est toujours en mesure de gérer cette crise et un territoire hébergeant une population d’environ 513 millions de personnes peut « absorber » l’afflux des réfugiés. « Que représentent quatre ou cinq millions de réfugiés, syriens, afghans, érythréens, iraquiens ou autres, dans une population de plus de 500 millions d’Européens ? Rien du tout », estime le penseur.

À ce jour, l’Europe a accueilli 0,7 % des réfugiés relocalisés, alors que la Turquie a absorbé 12 % d’entre eux, et qu’au Liban une personne sur cinq est un réfugié.

Sami Naïr a ajouté qu’il est fondamental que le public apprenne la « vérité » et que les rapports des organisations internationales, comme le Fonds monétaire international (FMI) ou l’organisation mondiale du commerce (OMC), qui soulignent les effets économiques positifs de l’arrivée des réfugiés, soient placées au premier plan.

Au sujet de l’intégration, le philosophe assure qu’il n’a connaissance « d’aucun exemple d’immigration » qui ne se serait pas intégrée après une, deux, trois, voire quatre générations. La diversité est « une loi fondamentale de l’humanité », a-t-il expliqué.

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Sami Naïr a toutefois admis qu’il y a eu un amalgame de la « peur de l’étranger », la crise économique et d’autres facteurs utilisés par des mouvements contestataires xénophobes pour affaiblir les partis politiques traditionnels, aboutissant à des conséquences dramatiques.

Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, a également été critiqué par le penseur. Il juge en effet que sa Commission n’est « pas à la hauteur de la tâche ».

« La seule façon d’assurer que l’Europe ne soit pas perdue est de recommencer à zéro. Pas d’un point de vue économique, mais d’un point de vue politique, il faut construire une union politique entre les États européens, avec des objectifs politiques communs bien définis et en incluant ceux qui veulent être impliqués et en laissant derrière ceux ne le veulent pas. C’est la seule solution », a-t-il conclu.