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26/09/2016

Mogherini tente de doter l’UE d’une vraie politique internationale

L'Europe dans le monde

Mogherini tente de doter l’UE d’une vraie politique internationale

Federica Mogherini, Haute Représentante de l'UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, lors d'une visite en Irak. Décembre 2014.

[European Commission]

Face à des menaces internes et externes croissantes, la nouvelle stratégie globale élaborée par la Haute Représentante aux affaires étrangères, Federica Mogherini, renforce l’idée de « soft power ».

« Nous ne sommes pas à une époque de gendarmes mondiaux et de cavaliers seuls », assure Federica Mogherini dans sa stratégie, qu’elle présente le 29 juin aux dirigeants européens et à laquelle EurActiv a eu accès. « L’Union européenne est fière de son rôle de puissance douce et continuera à l’être, parce que nous sommes les meilleurs dans ce domaine. »

« Notre politique étrangère et de sécurité doit tenir compte des pressions mondiales et des dynamiques locales. Elle doit intégrer à la fois l’enjeu des superpuissances et celui d’identités de plus en plus fragmentées », ajoute la Haute Représentante, qui souligne que l’UE investira dans le niveau régional et interrégional.

De nombreux Européens, comme Jean-Claude Juncker, le président de la Commission, appelle à l’instauration d’une armée de l’UE. Federica Mogherini opte donc pour un renforcement de la coopération dans le cadre de la défense.

>> Lire : Le PPE donne son feu vert à une armée européenne

« Dans le domaine de la défense collective, l’OTAN reste le cadre principal pour la plupart des États membres », note la représentante. L’UE devra donc renforcer sa coopération avec cette organisation.

« L’UE doit se renforcer en tant que communauté de sécurité », estime-t-elle. À ce jour, les dépenses et la politique liées à la défense sont des prérogatives uniques des nations. Aucun État membre ne peut cependant se permettre de gérer ces compétences de son côté et nous devrions donc collaborer davantage, insiste-t-elle.

Étant donné la décision du Royaume-Uni de sortir de l’UE, la nouvelle stratégie ne sera pas discutée le premier jour du sommet, en présence du Premier ministre britannique, ont expliqué des diplomates à EurActiv. Le Royaume-Uni est d’une des deux puissances nucléaires à être aussi un membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU.

Un fonctionnaire européen estime que la stratégie reflète bien l’évaluation des enjeux mondiaux de Federica Mogherini. « Ce n’est pas une communication de la Commission ou un document d’orientation du Service européen pour l’action extérieure traditionnel. C’est vraiment sa vision », assure le fonctionnaire à EurActiv. Il fait remarquer que les services de la Commission ont fourni des informations, mais n’ont pas été plus impliqués que ça.

Pragmatisme et politiques sur mesure

La stratégie, écrite par Federica Mogherini et sa conseillère Nathalie Tocci, a pour vocation d’être un cadre politique et intellectuel, une référence modelant les actions futures, et doit être lue en termes de compétences plutôt qu’en termes géographiques, a expliqué à EurActiv un assistant de la Haute Représentante.

L’adjectif « globale » ne se réfère pas uniquement à la géographie, souligne d’ailleurs Federica Mogherini dans son introduction, mais se rapporte également à un large éventail de politiques et d’instruments promus par la stratégie. « [La stratégie] se concentre autant sur les capacités militaires que sur l’emploi, le caractère inclusif des sociétés et les droits de l’Homme. » Elle se penche sur les processus de paix et de réconciliation et sur la résistance des États et sociétés d’Europe et du monde.

Cette vision a cinq priorités : la sécurité, la résistance étatique et sociétale à l’est et au sud de l’Europe, une approche intégrée face aux conflits, les ordres régionaux coopératifs et la gouvernance mondiale du 21ème siècle.

En ce qui concerne le renforcement de la résistance des régions voisines de l’UE, il faudrait mettre en place des politiques sur mesure. Federica Mogherini insiste sur la Turquie et les pays des Balkans occidentaux, soulignant que leur résistance aux chocs ne peut être considérée comme acquise.

« Nous allons développer des approches à l’immigration communes et sur mesure, qui toucheront au développement, à la diplomatie, à l’immigration légale, à la gestion des frontières et aux politiques de réadmission et de retour », explique la stratégie.

La Russie, menace pour la paix et la stabilité

La Russie est identifiée comme étant un défi stratégique de premier plan pour l’UE, et la Haute Représentante appelle à l’unité des États membres dans leur approche.

« La paix et la stabilité en Europe ne sont plus garanties. La Russie a violé le droit international et déstabilisé l’Ukraine, une situation qui s’ajoute aux conflits prolongés dans la région de la mer Noire. Cela a touché le cœur de l’ordre sécuritaire européen », insiste la stratégie, qui appelle à l’unité dans le respect du droit international et au renforcement de la résistance des voisins orientaux de l’UE.

Gouvernance régionale

Les régions représentent des espaces de gouvernance de plus en plus importants dans un monde qui se décentralise, note Federica Mogherini, soulignant les réseaux complexes qui sous-tendent les régions.

« Les formes de gouvernance régionale volontaires offrent aux États et aux citoyens l’occasion de mieux gérer leurs inquiétudes sécuritaires, de bénéficier de la mondialisation, d’exprimer pleinement leurs cultures et identités et d’exercer une influence sur le monde », insiste la stratégie, qui appelle au soutien des ordres régionaux dans le monde. « Nous n’exporterons pas notre modèle, mais tenterons plutôt de nous inspirer mutuellement des différentes expériences régionales. »

Les États membres devraient se décider sur l’application de cette stratégie d’ici la fin de l’année, selon un diplomate.

Les diplomates préfèreraient voir le texte adopté via les rencontres ministérielles habituelles, et notamment le Conseil européen. Les ministres aux Affaires étrangères et à la défense devraient évidemment être impliqués, mais peut-être également les ministres à l’Énergie et au Commerce, soulignent-ils.

Contexte

En juin 2015, la haute représentante de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Federica Mogherini, a présenté son évaluation stratégique du contexte mondial aux dirigeants européens.

Ceux-ci lui ont demandé de préparer une stratégie globale de l'UE sur la politique étrangère et de sécurité, qui guidera les actions de l’UE sur la scène internationale à l’avenir.

Cette stratégie sera présentée aux dirigeants lors du sommet de juin 2016 et a été élaborée en coopération étroite avec les États membres, les institutions européennes et d’autres acteurs de la politique étrangère.

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