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19/01/2017

Les élections au Monténégro marquées par un mystérieux complot serbe

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Les élections au Monténégro marquées par un mystérieux complot serbe

Le parti du Premier ministre Milo Djukanovic est arrivé en tête des élections législatives au Monténégro le 16 octobre. Les autorités ont affirmé avoir déjoué un complot de Serbes visant à écarter du pouvoir le dirigeant, aux manettes du pays depuis 27 ans. 

Selon des résultats quasiment définitifs, le Parti des démocrates socialistes (DPS) de l’inusable homme fort du pays, ex-partenaire politique de Slobodan Milosevic devenu allié fidèle des Occidentaux, remporterait 36 des 81 sièges du parlement, avec un peu plus de 40% des voix, soit le double de la formation prorusse du Front démocratique (FD).

Une avance insuffisante pour gouverner seul et imposer sans allié l’adhésion à l’OTAN qui suscite les vives critiques des prorusses et divise profondément l’opinion de ce pays majoritairement orthodoxe. Mais Milo Djukanovic, qui a vanté « l’ampleur de la victoire du DPS », compte notamment sur les partis des minorités bosniaque, albanaise et croate pour bâtir une coalition, comme celle qu’il mène depuis 2012.

Il sera possible de « ratifier le protocole d’adhésion à l’OTAN » et d’« intensifier les négociations » avec l’Union européenne entamées en 2012, a-t-il dit dimanche soir sous les vivats de ses supporteurs. Il n’a cependant pas eu un mot sur le coup de théâtre du jour: l’annonce de l’arrestation de vingt Serbes dans la nuit de samedi à dimanche dans ce petit pays balkanique de 640 000 habitants, qu’à 54 ans il dirige depuis un quart de siècle, ce qui fait de cet économiste de formation le plus ancien dirigeant européen au pouvoir.

« Propagande grossière »

Dès l’annonce du coup de filet, Andrija Mandic, chef du Front démocratique, le parti prorusse, a dénoncé une opération de « propagande grossière ».

Ses détracteurs accusent Milo Djukanovic d’autoritarisme et lui reprochent de se servir de ces enjeux diplomatiques pour détourner l’attention des problèmes intérieurs, corruption ou difficultés économiques. « C’est comme cela que nous nous sommes retrouvés coincés avec lui 27 ans durant », relevait avant le scrutin Ljubo Filipovic, ancien adjoint au maire de la ville côtière de Budva.

À Belgrade, le Premier ministre serbe Aleksandar Vucic a eu du mal à dissimuler ses doutes sur l’arrestation de ses compatriotes, surpris « que cela se produise aujourd’hui ». « Pour le reste, il vaut mieux que je me morde la langue trois fois et que je me taise », a déclaré le responsable serbe.

Belgrade et Podgorica entretiennent des relations en dents de scie depuis que le Monténégro a reconnu l’indépendance du Kosovo en 2008. L’adhésion à l’OTAN est une autre pomme de discorde avec Belgrade, allié traditionnel de Moscou dans la région.

Aucun incident n’a été relevé à Podgorica malgré l’émoi suscité par le coup de filet policier. Le ministère de l’Intérieur tout comme les autorités religieuses orthodoxes et le Front démocratique avaient demandé aux Monténégrins de ne pas descendre dans la rue. Des barrières avaient été installées dès le matin près du Parlement, où de violentes manifestations avaient eu lieu sur la question de l’adhésion à l’OTAN en 2015.

Atmosphère de coup d’État

Selon la police et la justice monténégrines, les complotistes présumés auraient projeté de se munir d’armes et de mener des « attaques » contre la foule attendant les résultats devant le Parlement. Ils auraient également projeté de s’emparer du Premier ministre, de prendre le contrôle du parlement et de « proclamer la victoire de certains partis politiques », selon le parquet de Podgorica qui n’a pas dit de quel parti il pouvait s’agir. Aucune arme n’a été montrée à la presse, qui a pu filmer les suspects, conduits tête baissée à leur interrogatoire.

Identifié comme Bratislav Dikic par les médias monténégrins et serbes, le chef du groupe serait un général de gendarmerie serbe retraité, né en 1970, actif dans une association de défense des droits des vétérans. Le 4 mars, il avait pris la parole lors d’un meeting hostile à l’OTAN à Nis, dans le sud de la Serbie.

Nedjeljko Rudovic, un responsable de la coalition d’opposition Kljuc, a estimé dimanche soir que ce scrutin « ne peut pas être qualifié de libre ». « Une atmosphère de coup d’État a été créée et a influencé la libre expression de l’opinion des Monténégrins », selon ce responsable du mouvement pro-européen, mais qui exige un référendum sur l’OTAN.

Cyberattaques

Le ministère de la société de l’information et des télécommunications a par ailleurs annoncé que plusieurs sites Internet importants ont été ciblés par des cyberattaques le 16 octobre, le jour des élections parlementaires.

Les sites attaqués incluent notamment des sites de presse, comme ceux de Cafe del Montenegro – CDM et Radio « Antena M », ainsi que les sites du parti socialiste, entre autres. Le site de l’ONG Centre pour une transition démocratique et sous ses sous-domaines sont quant à eux sous attaque constante depuis le 13 octobre déjà. De nombreuses attaques ont également été enregistrées par Montenegrin Telekom, qui a pourtant résisté à l’assaut.

Le ministère assure que les équipes nationales ad hoc prennent toutes les mesures possibles, en association avec les autorités nationales, afin d’entraver les cyberattaques.

>> Lire aussi : L’UE accélère les négociations d’adhésion avec le Monténégro