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07/12/2016

Moscou se réjouit du referendum aux Pays-Bas

L'Europe dans le monde

Moscou se réjouit du referendum aux Pays-Bas

La propagande russe à propos du referendum néerlandais a parfois dérapé, comme dans cette vidéo publiée sur Youtube

Le refus par les Néerlandais de l’accord d’association avec l’Ukraine est un camouflet pour Kiev. La montée des forces populistes et eurosceptiques continue de séduire les Russes.

Pendant que les médias contrôlés par le Kremlin se délectaient de la victoire des eurosceptiques, le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a tenté, jeudi, de se targuer de neutralité, en indiquant que la présidence russe n’« ingérerait pas dans les affaires intérieures néerlandaises ». Ce qu’il s’est empressé de faire, estimant que les résultats du référendum « signalaient une absence de confiance des Néerlandais » envers l’accord d’association entre l’UE et l’Ukraine.

Selon des résultats non définitifs, 61,1% des votants ont choisi le « non » contre 38% soutenant l’accord. La participation n’a atteint que 32% des inscrits, juste au-dessus du seuil des 30% nécessaires pour valider le scrutin.

Railleries contre Porochenko

Le premier ministre Dmitri Medvedev a qualifié sur Twitter les résultats « d’indicateur de l’attitude des Européens envers le système politique ukrainien ».

Enfonçant le clou, la porte-parole du Ministère des affaires étrangères russe Maria Zakharova s’est réjoui sur son compte Facebook d’un « moment fantastiquement intéressant ». Dans ce billet d’humeur au ton piquant intitulé « sans anesthésie », elle vole dans les plumes du président ukrainien Petro Porochenko qui, dépité par les résultats, s’est plaint d’un référendum dont « le vrai but est d’attaquer l’unité européenne ».

« Porochenko connaît bien mal les frontières de l’Europe » raille Zakharova, ajoutant « l’opinion du peuple ? Qui s’en soucie [à Kiev]? », concluant que le pouvoir est entre les mains « d’extrémistes nationalistes ».

Les présentateurs de journaux télévisés n’ont pas caché pas leur satisfaction devant ce qu’ils décrivent comme un camouflet pour l’ennemi : Kiev. La tonalité est identique sur toutes les grandes chaînes russes, qui coordonnent leur politique d’information avec le Kremlin. Les commentateurs se réjouissent de ce qu’ils présentent comme la déliquescence du rival géopolitique européen.

Les eurosceptiques seraient victimes d’une chasse aux sorcières

Les partis eurosceptiques sont présentés comme réalistes, amis de la Russie, mais victimes d’une chasse aux sorcières orchestrée depuis Washington. Le commentateur Anatoli Wasserman explique par exemple que « plus ça va, plus la politique européenne est dirigée par Washington. Si les Américains veulent pousser l’Ukraine dans l’UE, cette dernière ne pourra résister », se désole-t-il, ajoutant que « le but principal de Washington est la soumission complète de l’UE, politiquement et économiquement ».

Selon Sergueï Markov, un politologue proche du Kremlin, « Kiev est très largement responsable » de la victoire du « non ». Pour lui, la « campagne ultra active de Kiev aux Pays-Bas a réveillé l’intérêt de l’opinion publique hollandaise ». Il y voit la « bêtise des activistes de Maïdan » qui sont allé « s’amuser en Hollande avec l’argent de [Georges] Soros, qui leur a donné 200 000 [dollars]”. Conclusion : “les politiciens européens n’ont pas de chance avec leurs partenaires ukrainiens, qui sont stupides, rapaces, goujats, et fourbes”. Rien que ça.

Une propagande controversée

Moscou a également lancé une campagne de communication autour du référendum. Une propagande controversée, comme le souligne le site internet stopfake.org qui mis à jour une tentative de manipulation destinée à horrifier les électeurs néerlandais. Dans une vidéo conçue à Saint-Pétersbourg, des individus masqués, se faisant passer pour des paramilitaires du régiment de volontaires ukrainiens « Azov », menacent les Pays-Bas « d’actes terroristes » s’ils ne votaient pas en faveur de l’accord d’association avec l’Ukraine.

La lutte contre la propagande russe bute sur un manque de financement

Le projet lancé il y a cinq mois pour contrer la propagande russe manque de fonds et de visibilité. Son responsable a demandé de l’aide aux eurodéputés pour renforcer son action

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Seule analyse divergente, celle du quotidien d’affaires d’obédience libérale Vedomosti, qui titre : « victoire des eurosceptiques » et souligne, en analysant la presse occidentale, que le « facteur ukrainien » n’est qu’une marche sur laquelle grimpent les eurosceptiques dans leur combat contre Bruxelles.

 

Contexte

La télévision nationale russe, sous la coupe de l'État, a décrit l'insurrection prorusse dans l'est de l'Ukraine comme une réaction spontanée au coup d'État des nationalistes ukrainiens à Kiev. L'Occident accuse Moscou d'alimenter les combats en fournissant des armes et des soldats, ce que le Kremlin nie.

Les télévisions financées par le gouvernement russe, diffusées en anglais, en espagnol, en arabe, en allemand et en français, comme RT, ne cessent d'élargir leur champ d'action et atteignent un public toujours plus nombreux dans les pays membres. Après la Guerre froide, de nombreux radiodiffuseurs occidentaux ont réduit leur offre en russe.

En novembre 2014, la Russie a lancé un groupe média très performant, constitué de centaines de journalistes envoyés à l'étranger afin de détourner ce qu'elle qualifie de propagande occidentale agressive. Cette publication est une référence claire à la guerre froide, puisqu’il se nomme Sputnik.

 

 

 

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