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03/12/2016

L’opposition congolaise dénonce la réélection de Sassou Nguesso

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L’opposition congolaise dénonce la réélection de Sassou Nguesso

Ben Fox a suivi les élections au Congo pour EurActiv.

[Ben Fox]

Denis Sassou Nguesso aurait remporté 60 % des voix. Mais l’opposition a de sérieux doutes sur le scrutin.

Selon les résultats publiés jeudi par la commission électorale congolaise (CNEI), le président sortant a obtenu 60 % des voix, alors que ses principaux opposants, Guy Brice Parfait Collelas et le général Jean-Marie Michel Mokoko récoltaient respectivement 15 et 14 % des voix.

Les élections ont été très controversées et l’opposition a accusé les pouvoirs en place d’avoir acheté des votes, falsifié les registres électoraux et tenté d’intimider les partis d’opposition. Le directeur de la CNEI, Henri Bouaka, assure de son côté que les élections se sont déroulées dans la justice et l’équité.

>> Lire : La transparence des élections en question au Congo-Brazzaville

« Les candidats vont reconnaitre que les résultats sont corrects », a-t-il déclaré à EurActiv. « Le mécanisme électoral est si transparent qu’il n’est pas possible de manipuler le résultat » estime ce proche du pouvoir en place.

Une version des faits démentie par l’opposition, qui assure que sa « Commission technique électorale » a récolté des preuves de trucage lors des élections.

La réélection de Denis Sassou Nguesso a été rendue possible par un référendum modifiant la constitution, qui prévoyait initialement un maximum de deux mandats, en octobre dernier. Une manipulation dénoncée par la France et de nombreux observateurs. À 72 ans, il est cependant probable qu’il entame aujourd’hui son dernier mandat.

Les militants dénoncent également l’ordre de suspendre internet et les réseaux de télécommunications donné par le gouvernement pour empêcher les rassemblements au moment des élections. Cinq jours après son entrée en vigueur, le blackout des services internet et de télécommunications imposé par le gouvernement est toujours en place….

Malgré l’importante marge de Denis Sassou Nguesso, ces élections sont les plus serrées depuis 1992, année où le président est sorti gagnant du premier tour. Après une guerre civile, il a repris la tête du pays en 1997. Les élections suivantes, en 2002 et 2009, avaient été moins contestées.

« Je savais à l’avance que les dés étaient pipés, mais nous avions accepté de jouer le jeu », a déclaré le général Jean-Marie Michel Mokoko, qui a été chef d’État-Major des armées du Congo-Brazzaville de 1987 à 1993, et a démissionné de son poste de conseiller du président pour la paix et la sécurité en février dernier.

Trois journalistes, travaillant notamment pour Le Monde et l’Agence France-Presse, ont été agressés par des individus qui sembleraient être des policiers en civil, à l’issue d’une conférence de presse donnée par Jean-Marie Michel Mokoko. Une partie de leur matériel, et notamment les cartes mémoires, a été volée.

« Ce vote s’est déroulé dans un contexte préoccupant », notamment à la lumière de la suspension des communications, a déclaré Romain Nadal, porte-parole du ministère français des Affaires étrangères en France, qui a appelé à ce que « toute la lumière soit faite sur l’incident [des journalistes agressés] ».

>> Lire : L’opposition dénonce le déroulé des élections au Congo-Brazzaville

L’opposition en marche

Les candidats disposent de 15 jours pour introduire leurs recours. Si la plupart des candidats ont signé une alliance contre le président sortant, prévoyant notamment de désigner un candidat unique en cas de deuxième tour, ils paraissent aujourd’hui désunis sur la conduite à suivre.

« Il est temps de cesser d’avoir peur », a proclamé Jean-Marie Michel Mokoko juste avant l’annonce des résultats, devant un parterre de supporters. « Vous avez massivement rejeté celui qui prétend avoir gagné. »

Après avoir exigé un recompte des voix, le candidat a appelé ses compatriotes à s’élever contre « le viol de nos droits fondamentaux » et à l’insurrection civile, malgré les avertissements des autorités.

« Les procès-verbaux en notre possession, collectés dans les bureaux de vote à travers l’ensemble du territoire national, ne permettent pas au candidat Denis Sassou-Nguesso d’espérer gagner cette élection », assure-t-il, expliquant que le président sortant avait en réalité récolté moins de suffrages que ses opposants.

Dans un communiqué de presse, il indique que, selon son propre décompte, aucun candidat n’a passé la barre des 50 % et qu’un second tour s’impose, pour que le peuple congolais ne soit pas « victime d’un nouveau hold-up électoral ».