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26/09/2016

Des sociétés allemandes passives face à des violations des droits de l’Homme

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Des sociétés allemandes passives face à des violations des droits de l’Homme

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[Hugh/Flickr]

Les sociétés allemandes Siemens et Voith sont jugées trop passives face aux violations des droits de l’Homme liées à des projets hydroélectriques dans des pays comme le Brésil et le Honduras, selon Oxfam. Un article d’EurActiv Allemagne.

Les entreprises Siemens et Voith sont responsables d’un certain nombre de projets hydroélectriques controversés au Honduras, au Brésil, en Colombie et en Chine. Ces projets sont au centre d’un rapport d’Oxfam et de l’organisation allemande CounterCurrent.

Les deux sociétés font des pieds et des mains pour se distancier de toute responsabilité dans le meurtre de la militante hondurienne Bertá Cáceres et de leurs obligations de diligence raisonnable selon les orientations de l’ONU sur les affaires et les droits de l’Homme, insiste le rapport des organisations.

Les orientations de l’ONU sur les affaires et les droits de l’Homme définissent les principes de responsabilité des sociétés dans les violations des droits de l’Homme liées à leurs activités.

Voith Hydro, dont le siège est situé dans la ville d’Heidenheim, dans le sud de l’Allemagne, est l’un des plus gros producteurs de turbines hydroélectriques du monde. La société détient 65 % des actifs de l’entreprise commune lancée avec Siemens.

Responsabilité

Face aux questions sur son impact sur le climat, Voith assure en général n’être qu’un fournisseur de technologies. Siemens a pour sa part décliné toute responsabilité en déclarant ne pas faire partie du consortium et ne détenir que 35 % des parts de Voith Hydro.

>> Lire : Les entreprises allemandes et britanniques, championnes des violations des droits de l’Homme

Dans le cas du barrage d’Agua Zarca, au Honduras, Voith n’aurait mené aucune évaluation du risque pour les humains et aurait fermé les yeux sur les violations systématiques des droits de l’Homme. « L’inaction de Siemens et Voith est contraire aux normes internationales reconnues », dénonce Christian Russau, spécialiste des barrages pour CounterCurrent.

Le barrage d’Agua Zarca est un exemple type de diligence raisonnable bafouée par les deux entreprises, souligne le rapport d’Oxfam. L’organisation de défense des droits de l’Homme hondurienne COPINH s’est opposée au projet depuis le début, parce que le barrage limite l’accès des habitants à la rivière Gualcarque.

En mars, l’activiste Bertá Cáceres et un autre membre actif de l’organisation ont été assassinés. La militante avait reçu des menaces la semaine d’avant. La police a toutefois initialement déclaré qu’elle avait été tuée lors d’un cambriolage. Ses proches ont toujours défendu qu’elle avait été assassinée juste après des expulsions violentes menées dans les environs par les forces de sécurité honduriennes.

Turbines de Siemens et Voith

Le rapport se penche également sur d’autres exemples, comme le barrage de Sogamoso, dans le nord de la Colombie, où des activistes ont disparu sans laisser de trace ou été tués entre 2009 et 2014. À Belo Monte, au Brésil, les associations dénoncent l’absence totale de consultation de la population. Plus de 20 000 personnes devraient quitter leurs foyers.

La situation est encore pire en Chine, où le barrage des trois gorges, le plus grand du monde, a forcé la relocalisation d’1,3 million de personnes. Encore une fois, les turbines ont été fournies par Siemens et Voith.

>> Lire : Accords commerciaux UE-Amérique latine et respect des droits de l’Homme