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07/12/2016

Paris vise une levée des sanctions contre la Russie cet été

L'Europe dans le monde

Paris vise une levée des sanctions contre la Russie cet été

Emmanuel Macron fera-t-il mieux que ceux qu'il suit, ailleurs en Europe ?

[MINEF/Flickr]

La France espère lever les sanctions imposées à la Russie en raison de la crise ukrainienne « l’été prochain », à condition que les accords de Minsk soient respectés, a déclaré le ministre de l’Économie, Emmanuel Macron. 

A l’occasion d’un déplacement à Moscou, Emmanuel Macron a abordé devant des hommes d’affaires français le sujet des sanctions, qui ont mis un coup d’arrêt à la croissance des échanges commerciaux.

« Nous sommes inscrits dans un processus, celui de Minsk, qui scande les relations entre la Russie et l’Union européenne, entre autres », a-t-il déclaré à l’ambassade de France, en référence aux différentes étapes de la mise en œuvre des accords signés début 2015 dans la capitale bélarusse pour régler le conflit dans l’Est de l’Ukraine.

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« Mais il y a des relations qui ont commencé bien avant, qui doivent se poursuivre parce que l’objectif de ce processus c’est le retour à la normale. Et l’objectif que nous partageons toutes et tous, c’est de pouvoir lever à l’été prochain les sanctions, parce que ce processus aura été respecté », a-t-il insisté.

Comme les États-Unis, l’Union européenne a introduit des sanctions de plus en plus dures contre la Russie, d’abord pour sanctionner l’annexion de la Crimée en mars 2014, puis pour son rôle présumé dans le conflit avec les séparatistes prorusses de l’Est de Ukraine, qui a fait plus de 9 000 morts. Ces dernières mesures, qui visent les secteurs de la banque, du pétrole et de défense, ont été prolongées fin décembre pour six mois alors qu’elles devaient arriver à échéance fin janvier.

La Russie, en réponse, a appliqué un embargo sur la plupart des produits agroalimentaires européens, qui touche durement les agriculteurs français.

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Cette crise a nettement affecté les échanges commerciaux entre les deux pays, alors que selon le gouvernement français les exportations françaises avaient plus que quadruplé entre l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine en 2000 et 2013, atteignant 7,7 milliards d’euros.

L’économie à bout de souffle

En novembre, le Premier ministre français Manuel Valls avait évoqué pour la première fois l’éventualité d’une levée de ces mesures de rétorsion, sans préciser de calendrier. « Mais [Moscou] doit remplir sa part du contrat […] qu’elle a signé dans le cadre des accords de Minsk », avait-il souligné.

Le 22 janvier, au Forum économique de Davos, le secrétaire d’État américain, John Kerry, a estimé que les sanctions pourraient être levées « dans les prochains mois » si Moscou appliquait « complètement » ces accords, signés en février 2015 après une nuit de négociations entre le président ukrainien, Petro Porochenko, le présidents russe, Vladimir Poutine, François Hollande et la chancelière allemande, Angela Merkel. Depuis, les violences ont nettement diminué, mais reprennent régulièrement de manière sporadique.

La visite d’Emmanuel Macron confirme la reprise progressive du dialogue économique entre Paris et Moscou, qui avait subi un coup d’arrêt avec la crise ukrainienne, mais intervient au moment où la Russie s’enfonce dans la récession.

Le ministre français avait reçu son homologue russe, Alexeï Oulioukaïev, en septembre à Paris et les deux responsables doivent réunir lundi la commission chargée de développer la coopération commerciale entre les deux pays, qui n’avait plus siégé depuis septembre 2013.

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Le contexte économique est cependant difficile puisque la Russie, en plus des sanctions, est durement frappée par l’effondrement des prix du pétrole, ressource qui assure la moitié de ses revenus budgétaires avec le gaz. La récession, qui plombe le pouvoir d’achat des Russes, risque fort de se prolonger pour une deuxième année en 2016.

La chute du marché pétrolier a fait plonger le rouble mercredi et jeudi au plus bas niveau de son histoire face au dollar.

La reprise du contact économique entre Paris et Moscou intervient sur fond de rapprochement diplomatique concernant la lutte contre Daech.

Après les attentats contre un avion de ligne russe le 31 octobre en Égypte puis ceux de Paris le 13 novembre, François Hollande s’était rendu à Moscou pour rencontrer Vladimir Poutine. Les deux dirigeants avaient alors convenu de coordonner les frappes aériennes de leurs deux pays contre Daech et d’échanger des informations.

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