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03/12/2016

L’UE tente de s’équiper contre la propagande russe

L'Europe dans le monde

L’UE tente de s’équiper contre la propagande russe

Federica Mogherini a déclaré aux eurodéputés que la propagande s’était développée en une année alors que de l’information « post-vérité » circule de plus en plus sur Internet.

[Commission européenne]

Un nouveau groupe de 11 diplomates qui cible et démystifie la propagande russe en ligne pourrait se voir attribuer plus de personnel et de fonds.

Le 23 novembre, les eurodéputés ont voté pour injecter des fonds dans un programme âgé d’un an déjà, qui met en lumière les fausses informations publiées sur Internet. Un autre petit programme ciblant la propagande de l’État islamique pourrait recevoir un coup de pouce similaire.

Le rapport du Parlement européen n’est pas contraignant, mais montre la volonté croissante des eurodéputés d’intervenir contre la diffusion de fausses informations et de propagande sur les plateformes des médias sociaux. Le vote survient quelques jours après que Barack Obama et Angela Merkel ont publiquement critiqué de faux articles ayant circulé sur ces plateformes.

Récemment, Facebook a fait les frais de nombreuses critiques, notamment à cause de ses algorithmes qui filtrent les posts et montrent aux utilisateurs des contenus basés sur l’historique de leurs activités ou de leurs contacts.

« La tendance est de plus en plus à la communication dans des bulles, ou en écho, surtout sur Facebook », a expliqué un responsable du programme européen.

L’année prochaine, la Commission européenne ouvrira une enquête sur l’utilisation des algorithmes par les entreprises de médias sociaux pour faire apparaître des publications liées aux intérêts des utilisateurs. Un responsable de la Commission a déclaré à EurActiv le mois dernier que l’exécutif envisageait de proposer de nouvelles règles qui pourrait modifier la manière dont les entreprises de médias sociaux filtraient l’information.

>> Lire : Bruxelles veut mettre de l’ordre dans la hiérarchisation de l’information en ligne

Pour le moment, deux unités se concentrent sur la propagande russe et celle de l’État islamique, mais Federica Mogherini, la chef de la diplomatie européenne, a déclaré aux eurodéputés lors d’un débat le 22 novembre, qu’il pourrait être utile de mettre en place d’autres programmes pour contrer les fausses informations en ligne.

« C’est une problématique qu’il serait intéressant d’évaluer à l’intérieur de l’Union européenne », a estimé l’Italienne. Lors de la campagne électorale américaine, il a en effet été observé que nombreuses de ces fausses informations étaient publiées depuis l’Europe, avec une grande concentration en Macédoine.

Les diplomates participant aux programmes voient leur travail comme une manière d’alerter les utilisateurs d’Internet que leurs publications ne sont pas authentiques. Ils reconnaissent toutefois qu’il existe un risque d’amplification et de diffusion des messages qu’ils essayent de briser.

Un responsable a expliqué que le programme qui lutte contre la propagande russe ne demandait pas aux médias sociaux de supprimer les publications diffusant de fausses informations. « Ce n’est pas illégal de mentir », a-t-il commenté.

Les critiques visant les entreprises de médias sociaux fusent depuis quelques semaines face à de fausses actualités politiques qui se sont répandues à grande vitesse avant les élections américaines.

Hier, Angela Merkel a déclaré que son gouvernement introduirait des règles pour combattre la propagande en ligne « où cela est nécessaire ». L’Allemagne – plus que tout autre pays – est la cible de la propagande russe en ligne, selon un responsable travaillant sur le programme de la Commission. La plupart des publications ont été des attaques personnelles envers Angela Merkel.

Tout au long de l’année, le groupe a constaté une hausse des fausses informations publiées par des utilisateurs russes. Elles ont souvent pour objectifs de discréditer l’Union européenne et ont jusqu’à présent été écrites en 20 langues.

Les diplomates ont également ciblé une autre fausse information affirmant que la Belgique avait bombardé des civils en Syrie. Une rumeur qui a circulé après que les dirigeants européens ont reproché à la Russie de bombarder Alep.

Les utilisateurs de médias sociaux en Russie ont aussi répandu toute une série de fausses informations durant les différentes campagnes, notamment celle menant au Brexit et celle menant au référendum néerlandais sur l’accord d’association UE-Ukraine, a affirmé un diplomate.

>> Lire : L’UE lance un groupe de travail pour contrer la propagande russe

Réactions

Contexte

La Commission européenne a créé une petite unité pour contrer la propagande russe en ligne en 2015. En juillet 2015, Europol, l’office européen de police, a mis en place un programme pour signaler la propagande terroriste aux entreprises de médias sociaux. À ce jour, environ 15 000 cas ont été signalés aux réseaux sociaux et 90 % d’entre eux ont été supprimés d’Internet.

En mai 2016, la Commission a annoncé l'ouverture d'une enquête sur les plateformes en ligne, visant principalement les grandes sociétés de technologies basées aux États-Unis. Andrus Ansip, vice-président de la Commission, a assuré que l'exécutif adopterait une approche consistant à « contrer les problèmes » et ne tenterait pas de les réglementer outre mesure.