EurActiv.fr

Actualités & débats européens dans votre langue

27/09/2016

Quand la crise russe fortifie le couple franco-allemand

L'Europe dans le monde

Quand la crise russe fortifie le couple franco-allemand

merkelhollande.jpg

La gestion du conflit ukrainien a créé une intimité de fait entre François Hollande et Angela Merkel en leur donnant un projet commun.

Entre l’accord de Minsk II, qui n’a fait qu’attiser les combats en Ukraine, et les appels à expulser la Grèce de l’euro, l’heure est grave. Mais ces crises à répétition ont donné au couple franco-allemand l’occasion de développer une certaine intimité.

« J’ai retrouvé aujourd’hui Angela Merkel avec plaisir, je ne l’avais pas quitté depuis bien longtemps, d’autant que nous avons passé du temps au téléphone entre temps » a expliqué François Hollande vendredi 20 février, lors d’une conférence de presse avec la chancelière venue à Paris pour préparer deux échéances importantes : le G7 du 7 et 8 juin qui se tiendra à Elmau en Bavière, et un conseil des ministres franco-allemand, prévu fin mars à Paris.

Le couple franco-allemand à la place de l’Europe

L’activité diplomatique intense que le couple franco-allemand déploie au sujet de la crise ukrainienne éclipse les institutions européennes, au détriment de toute logique institutionnelle. Ni Federica Mogherini ni Donald Tusk, le président du Conseil européen, n’étaient présents lors de la négociation du dernier accord de cessez-le-feu entre l’Ukraine et la Russie, négocié à Minsk en Biélorussie. Et les résultats de cet accord sont plutôt décevants.

En revanche, le couple franco-allemand se consolide au combat. « Nous avons passé une longue nuit et une longue matinée » sur cet accord de Minsk II, a insisté François Hollande en reconnaissant la « ténacité » de son alter ego. Les discussions pour cet accord avaient duré 17 heures d’affilée, et si le texte arraché aux parties le 12 février ne se traduit pas encore concrètement sur le terrain, les dirigeants ne s’en inquiètent pas outre mesure.

« Nous ne nous faisons pas d’illusions, le processus de paix en Ukraine prendra du temps » a assuré Angela Merkel.

Refus commun du Grexit

Les deux dirigeants ont aussi affiché un front commun sur la question de la Grèce.

« La position de la France, c’est que tout soit fait pour que, du côté grec et du côté européen, il puisse y avoir une plus forte cohésion de la zone euro, a déclaré M. Hollande. Un discours proche de celui d’Angela Merkel, qui affirmait de son côté « depuis que nous avons un programme pour la Grèce, l’action politique vise à maintenir Athènes dans la zone euro (…) et nous allons tout faire pour poursuivre sur cette voie »

Enfin, Angela Merkel a félicité François Hollande d’avoir recouru à l’article 49.3 de la constitution française pour faire voter la loi Macron à l’Assemblée nationale. « La France n’a pas besoin de mes encouragements, mais je pense que c’est une bonne chose que ce texte ait été adopté. D’autres pays feraient bien d’en faire de même pour l’emploi et la croissance » a salué la chancelière.

L’Ukraine, projet commun

La crise ukrainienne a embarqué les deux chefs d’État dans un projet commun qui leur faisait visiblement défaut. Gérer la crise russe n’était pas au programme, mais cette mission nettement plus sévère que la question grecque leur a permis de travailler ensemble, concrètement.

« Il n’y a plus de tension, il n’y a que des complémentarités. Pourtant, les coups de fil au « format Normandie » qui durent 2 heures et demi, souvent le dimanche, ce n’est pas une partie de plaisir » souligne un conseiller du côté français.

Le « format Normandie » inauguré lors de l’anniversaire du Débarquement au printemps dernier en France désigne un dialogue entre la France, l’Allemagne, l’Ukraine et la Russie. Un dialogue difficile mais qui a toutefois le mérite d’exister comme l’a rappelé le président français vendredi.

« Tant qu’il y aura possibilité de rechercher des solutions diplomatiques, nous continuerons à travailler dans ce sens. Nous voulons avancer, nous ne voulons pas la stagnation, la crise ou la guerre ».

Au-delà du ballet diplomatique, cette nouvelle proximité franco-allemande mérite toutefois de se concrétiser, notamment au regard des institutions européennes qui ont bien besoin du soutien du couple phare de l’UE. Les deux chefs d’État prévoient visiblement de le faire en présentant des projets communs lors de leur conseil des ministres partagé le 31 mars, notamment pour le plan Juncker, sur les questions numérique et énergétique. Enfin les questions de l’intégration et de l’émigration seront aussi abordées. Des sujets plus domestiques où le consensus n’est pas forcément plus simple.

Contexte

Souvent tenue pour acquise, l'alliance franco-allemande remonte au 22 janvier 1963. À cette date, le chancelier allemand Konrad Adenauer et le président français Charles de Gaulle ont fait table rase d'inimitié multiséculaire entre les deux nations.

La ratification du traité de l'Élysée visait à réconcilier le partenariat entre la France et l'Allemagne et avait parallèlement pour but de jeter les bases communes pour une construction européenne.

Le binôme franco-allemand est souvent cité comme le moteur de la construction européenne. À eux deux, ils représentent jusqu'à 33 % de la population totale de l'Union européenne. Économiquement, ils correspondent à environ 36 % du budget européen et 37 % du PIB de l'Union européenne.

Plus d'information