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04/12/2016

La Croix-Rouge tacle l’accord UE-Turquie sur les réfugiés

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La Croix-Rouge tacle l’accord UE-Turquie sur les réfugiés

Une famille syrienne attend après avoir été escortée jusqu'au port par les garde-côtes grecs alors qu'ils étaient à la dérive.

[Freedom House/Flickr]

Alors que les premiers réfugiés syriens ont commencé à être renvoyés en Turquie, la Croix-Rouge s’est associée au déluge de critiques des ONG sur l’accord entre l’UE et Ankara.

Les critiques s’accumulent sur l’accord UE-Turquie conclu le mois dernier pour renvoyer des milliers de réfugiés des îles grecques vers le territoire turc.

La vice-président de la Croix-Rouge internationale, Francesco Rocca a partagé son point de vue lors d’une réunion privée avec la commissaire européenne en charge de la politique régionale, Corina Crețu, le 4 avril.

Une attaque inhabituelle de la part de la Croix-Rouge, qui s’abstient généralement de critiquer les États membres dans lesquels elle opère, mais qui survient au moment même où la Grèce, soutenue par 1 900 fonctionnaires d’agences européennes et d’États membres, renvoie 202 personnes en Turquie.

>> Lire : Le premier convoi de migrants expulsés arrive en Turquie

Francesco Rocca, qui est aussi président de la Croix-Rouge italienne, a répété « trois fois » au commissaire qu’il ne comprenait pas pourquoi l’Europe avait signé un accord avec un pays – la Turquie – qui n’a pas ratifié la Convention de Genève, a rapporté un responsable de la Croix-Rouge.

Ce dernier a affirmé que son organisation ne pouvait pas soutenir le mécanisme imaginé par les Européens pour renvoyer les réfugiés, car les centres grecs pour enregistrer les potentielles demandes d’asile (les hotspots) étaient en train de devenir des « camps de détention ».

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Le responsable a expliqué que la Croix-Rouge n’avait jusque-là pas exprimé son désaccord sur l’accord UE-Turquie parce qu’elle s’inquiétait de l’impact sur ses travailleurs sur le terrain.

L’opposition de la Croix-Rouge fait écho aux critiques acerbes de nombreuses ONG et aux doutes de l’HCR sur le programme d’expulsion. Amnesty International a par exemple déclaré que cet accord ne pouvait être mis en œuvre qu’avec « un cœur de pierre et un allègre mépris pour le droit international ».

>> Lire : Amnesty dénonce le renvoi de Syriens par la Turquie

Francesco Rocca a déclaré à la commissaire que la Croix-Rouge avait plus d’un million de volontaires qui soutenaient les autorités locales à travers l’Europe pour gérer l’afflux massif de réfugiés.

Dimitris Avramopoulos, commissaire aux affaires intérieures, à la migration et la citoyenneté a quant à lui faire part de sa surprise face à la critique de la Croix-Rouge.

« Nous n’avons reçu aucun signe comme celui-ci de la part de la Croix-Rouge. Nous coopérons très bien avec eux, et sur le terrain aussi », a-t-il assuré à EurActiv.

« Pour nous, il est très important que ce qu’il se passe sur le terrain soit conforme au droit européen et international. Espérons que ce mécanisme s’avère efficace », a-t-il ajouté.

Les maires s’opposent à l’accord

Les critiques ont aussi émané des maires de certaines grandes villes européennes, en première ligne de l’arrivée massive de réfugiés. Un groupe de maires ont rencontré le 5 avril la commissaire Corina Crețu et d’autres hauts responsables de la Commission.

Colombe Brossel, adjointe à la Maire de Paris, a déclaré que l’accord n’était « une bonne solution ni en termes de valeurs européennes ni en termes d’efficacité ».

Ada Colau, maire de gauche de Barcelone et étoile montante de la politique espagnole, s’est opposée à l’accord UE Turquie, tout en ajoutant que « l’Europe [serait] perdue si elle [succombait] à la peur et [essayait] de se protéger de ceux qui ont besoin de l’asile ».  « L’Europe est en danger à cause des politiques qu’elle met en place », a-t-elle souligné.

Tous les maires ne partagent toutefois pas son opinion. Le maire d’Amsterdam par exemple, Eberhard van der Laan, a déclaré que l’accord était un pas dans la bonne direction. « Il nous fallait cela car la confusion était totale et nos citoyens avaient besoin que l’on mette un peu d’ordre dans la situation », a-t-il déclaré à EurActiv.

Certains maires ont critiqué le fardeau administratif et le manque d’accès aux fonds européens dans la gestion de la crise sur le terrain. Selon eux, le statut juridique des demandeurs d’asile est une « problématique importante » puisqu’il empêche les autorités locales de leur fournir des services de base comme des soins de santé dès leur arrivée.

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