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29/09/2016

Les réfugiés, futur moteur économique des pays riches de l’UE

L'Europe dans le monde

Les réfugiés, futur moteur économique des pays riches de l’UE

Des enfants syriens réfugiés suivant un cours. [UNHCR}

Une nouvelle étude révèle que les pays riches de l’UE qui accueillent des réfugiés peuvent en tirer un véritable avantage économique. Le rapport n’analyse cependant pas le cas des pays européens les plus pauvres.

Les réfugiés ont beaucoup à offrir en tant que travailleurs, entrepreneurs, innovateurs, contribuables, consommateurs et investisseurs, révèle un rapport réalisé par la Fondation Tent et le Open Political Economy Network (OPEN) publié le 18 mai.

Selon l’auteur du rapport, Philippe Legrain, c’est la première étude internationale et complète sur la manière dont les réfugiés peuvent contribuer à des économies avancées. Elle s’appuie que des estimations du Fonds monétaire international sur l’impact économique des demandeurs d’asile et des réfugiés sur l’Union européenne.

« Les réfugiés sont souvent perçus comme un fardeau que l’on se partage ou que l’on esquive, alors qu’en réalité ils représentent une véritable opportunité qu’il faudrait accueillir », explique Philippe Legrain, fondateur d’OPEN et chercheur émérite à l’institut européen de la London School of Economics. « Avec des investissements de départ adaptés, les réfugiés qui travaillent, quelles que soient leurs compétences, ont beaucoup à offrir à l’économie, aux entreprises et au secteur public. »

>> Lire : Ankara menace à nouveau d’inonder l’Europe de réfugiés

À travers différents graphiques, la situation dans les pays européens les plus riches tels que l’Autriche, la Belgique, le Danemark, la France, l’Allemagne, l’Italie, la Suède, et le Royaume-Uni est analysée.

« Accueillir des réfugiés n’est pas seulement une obligation juridique et humanitaire : c’est un investissement qui peut avoir des retombées économiques importantes », indique le rapport.

Dépenses

Le FMI estime que les dépenses publiques pour les réfugiés et les demandeurs d’asile en Europe passeront de 0,08 % du PIB en 2014 à 0,19 % en 2016. La plus forte hausse devrait être enregistrée en Suède, où elles atteindraient 1 % du PIB. Les dépenses de l’Allemagne devraient quant à elles passer de 0,08 % à 0,35 % du PIB.

La Commission européenne propose aussi de réallouer 1,7 milliard d’euros (soit 0,01 % du PIB de l’UE) du budget européen à la crise des réfugiés, ramenant ainsi le total des dépenses à 9,2 milliards d’euros (0,07 % du PIB de l’UE) en 2015-2016.

Les États-Unis, le Canada et l’Australie, concentrent leur investissement initial sur les réfugiés réinstallés, en dépensant entre 7 400 et 9 100 dollars par personne. L’UE reçoit principalement des demandeurs d’asile et dépense jusqu’à 12 000 euros pour chacun d’eux la première année.

Retour

Alors que les migrants qui viennent pour travailler et trouvent un emploi dès qu’ils arrivent deviennent immédiatement des contributeurs nets à l’économie, les réfugiés représentent généralement un coût budgétaire net, mais c’est aussi le cas pour les citoyens du pays en question. Les réfugiés peuvent donc même devenir des contributeurs nets avant les locaux, affirme l’auteur du rapport.

Selon lui, une fois que les réfugiés commencent à travailler, cet investissement peut engendrer sept fois plus de dividendes. Certains réfugiés se lancent dans des emplois difficiles, dangereux ou ennuyeux que les natifs refusent, tels que le nettoyage de bureau, ou le soin aux personnes âgées, qui est le domaine où la croissance de l’emploi est la plus rapide des économies avancées. Cela permet aux citoyens du pays de prétendre à des emplois plus qualifiés et mieux payés.

>> Lire : L’UE pense à réallouer son surplus budgétaire à la crise migratoire

Le rapport montre entre autres que dans l’ensemble, les États-Unis sont beaucoup plus efficaces que les pays européens pour intégrer les réfugiés dans le monde du travail.

Le FMI calcule que cette dépense supplémentaire pour les demandeurs d’asile et les réfugiés dopera le PIB de l’UE de 0,09 % en 2016 et de 0,13 % en 2017. D’ici à 2017, l’impact le plus fort se fera ressentir en Autriche, où le PIB devrait augmenter de 0,5 %, suivie de la Suède (0,4 %) et de l’Allemagne (0,3 %).

Facteur démographique

Sans migration, le nombre de personnes en âge de travailler dans l’UE par personne en âge de partir à la retraite chuterait de 3,5 en 2015 à 2,5 en 2030. C’est en Allemagne que les changements démographiques sont les plus extrêmes.

Sans migration, la population active diminuerait d’un sixième d’ici à 2030 (8,7 millions de personnes), alors que la population de personnes âgées augmenterait de plus d’un quart (4,7 millions de personnes). Au total la population de l’Allemagne diminuerait de 5 millions d’habitants. L’Allemagne n’aurait donc plus que deux personnes actives pour chaque personne à la retraite.

Les décideurs politiques et les professionnels devraient donc arrêter de voir les réfugiés comme un fardeau et comprendre que les accueillir peut avoir des retombées économiques considérables qui augmenteront à mesure qu’ils évoluent dans leur nouveau pays.

Recommandations

Le rapport conseille de replacer les réfugiés dans des régions où il y a de l’emploi, et non pas là où les loyers sont peu chers, mais où le marché du travail est dans l’impasse. Par ailleurs, les gouvernements devraient faire appliquer vigoureusement les lois anti-discrimination. Les pays ayant des marchés du travail trop rigides, qui privilégient les citoyens au détriment des immigrants devrait ouvrir leur marché et faciliter la recherche d’emploi des réfugiés.

Permettre aux réfugiés de créer des entreprises est une autre raison que les gouvernements devraient prendre en compte pour alléger les lourdeurs administratives qui étouffent les entreprises. Le rapport indique que les gouvernements doivent se tourner vers l’avenir et s’assurer que les enfants ne sont pas laissés pour compte à l’école.

Les réfugiés peuvent aussi apporter des bénéfices sur le plan du développement, notamment en envoyant de l’argent dans leur pays d’origine.

Les preuves montrant que les réfugiés peuvent contribuer à l’économie des pays riches ne manquent pas, mais le besoin de recherche à ce sujet et d’expérimentations politiques est urgent afin d’améliorer leur intégration.

>> Lire : Une étude allemande pointe les bénéfices économiques de la migration

« Accueillir les réfugiés n’est pas seulement la bonne décision d’un point de vue morale, mais aussi d’un point de vue économique », a résumé Ruma Bose, présidente de la Fondation Tent.

« À plus d’un titre, les pays qui accueillent des réfugiés aujourd’hui y gagneront beaucoup à l’avenir. Les décideurs politiques doivent reconnaitre le talent, l’énergie et le dévouement remarquables de ces nombreuses personnes qui fuient la guerre et la violence, et savoir apprécier le travailleur, contribuable, entrepreneur, et innovateur qu’ils deviendront un jour », a déclaré Peter Sutherland, représentant spécial de l’ONU pour la migration et le développement international.