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24/01/2017

Rencontre controversée entre Tsipras et Poutine

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Rencontre controversée entre Tsipras et Poutine

Vladimir Poutine, en déplacement à Budapest, 17 février. [The Kremlin]

Le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, a rencontré le président russe, Vladimir Poutine.

Avant l’arrivée d’Alexis Tsipras à Moscou, le soir du 7 avril, certains observateurs avaient envisagé que les problèmes de liquidité d’Athènes pourraient être abordés avec Vladimir Poutine. Dmitry Peskov, porte-parole du Kremlin, a confirmé le 7 avril que la question de la dette grecque pourrait être abordée, mais que la discussion couvrirait « tout l’éventail » des relations gréco-russes, rapporte le quotidien Kathimerini.

Le ministre russe des Finances, Anton Siluanov, a quant à lui déclaré que le gouvernement grec n’avait pas sollicité de prêt et que le sujet ne serait pas soulevé. Le premier ministre grec a déclaré n’avoir pas demandé d’aide à la Russie, précisant que la Grèce n’était pas une « mendiante ».

Levée de l’embargo sur les légumes

Alexis Tsipras souhaite en revanche lever l’embargo sur les exportations de fruits et légumes grecs vers la Russie. Cet embargo est l’un des sujets les plus importants pour la Grèce.

La Russie a interdit les importations de produits laitiers, de viande, de poisson, de fruits et de légumes provenant de l’UE en août, suite aux sanctions occidentales. Moscou aurait accepté de lever l’embargo pour la Grèce.

Les porte-paroles de la Commission ont évité les questions concernant la légalité d’un possible accord d’exportation bilatéral entre Moscou et Athènes, et souligné qu’il s’agissait d’un scénario hypothétique.

La Russie apprécierait sans aucun doute que le Premier ministre grec continue de critiquer les sanctions pesant contre elle. Il faut cependant noter que depuis son entrée en fonction en janvier, la Grèce s’est alignée sur la position des 27 autres États membres quant aux sanctions imposées à la Russie.

Politique et gazoduc

Moscou envisage aussi de baisser le prix du gaz naturel livré à la Grèce par Gazprom.

« Nous sommes également prêts à discuter de l’éventualité d’accorder de nouveaux prêts à la Grèce. En contrepartie, nous aimerions profiter de gestes réciproques. La Russie pourrait accéder à certaines ressources grecques », a confié une source du gouvernement russe. Pourtant, aucun accord ferme n’a été conclu mercredi.

Dans le passé, Moscou s’est intéressée à l’achat du distributeur gazier grec DEPA.

>> Lire : Gazprom se rapproche de l’achat d’une compagnie gazière grecque

Les deux chefs d’État auront également aborder la question du projet Turkish Stream imaginé par Moscou. Ce gazoduc transporterait du gaz vers une plateforme située à la frontière entre la Turquie et la Grèce.

Le 7 avril, les ministres des Affaires étrangères grec, hongrois, macédonien, serbe et turc se sont rencontrés pour débattre de la façon d’acheminer le gaz vers les villes de leurs pays après la construction du Turkish Stream.

>> Lire : Grèce, Macédoine, Serbie et Hongrie s’intéressent au «Turkish Stream»

Le ministre des Affaires étrangères et du Commerce hongrois, Peter Szijjarto, a annoncé que lui et ses homologues avaient décidé de se réunir régulièrement et de mettre sur pied une commission chargée des infrastructures liées à l’opération, selon l’agence de presse chinoise Xinhua.

Peter Szijjarto a précisé que cette commission s’occuperait des aspects pratiques, comme le financement du projet, la tarification et la gestion des ressources.

Tous les pays qui souhaitent se joindre au projet sont les bienvenus, a-t-il ajouté, notant qu’il s’attendait à ce que la Bosnie-Herzégovine et l’Albanie manifestent leur intérêt.

Le ministre des Affaires étrangères russes, Nikos Kotzias a apparemment souligné l’importance de routes alternatives de transport de l’énergie.

D’ici 2019-2020, du gaz azéri arrivera en Grèce via le corridor Sud pour le gaz, et le projet de gazoduc Turkish Stream devrait permettre d’acheminer du gaz russe à la frontière gréco-turque. Lors d’une récente visite de Vladimir Poutine en Hongrie, son hôte, le Premier ministre, Viktor Orbán, a proposé un tracé possible pour un gazoduc passant par la Grèce, la Macédoine, la Serbie et la Hongrie.

Ivica Da?i?, ministre des Affaires étrangères serbe, s’est félicité de la rencontre de Budapest, qui a permis aux gouvernements impliqués de déclarer leur engagement aux projets favorisant la sécurité énergétique.

L’abandon du projet South Stream affecte tout le monde, aurait-il ajouté, et surtout la Hongrie et la Serbie. Le ministre serbe a également préconisé un dialogue entre Moscou et Bruxelles sur le sujet.

>> Lire : La Russie tire une croix sur South Stream

Nikola Poposki, ministre macédonien des Affaires étrangères, a quant à lui rappelé que la région devait se fournir en énergie et que cette énergie devait être fournie de manière plus compétitive. Selon lui, les pays représentés à Budapest ont besoin de l’aide de l’Union européenne et de financements internationaux.

Pour le ministre turc aux Affaires européennes, Volkan Bozkir, l’énergie est une problématique-clé. La Turquie importe en effet 70 % de son énergie. Important pays de transit, la Turquie est disposée à aider les pays de l’UE dans leur quête de sécurité énergétique.

La rencontre s’est conclue par une déclaration commune appelant à une solution aux problèmes d’énergie des pays de la région. La prochaine réunion se tiendra en juillet.

L’UE, qui s’est opposée à la construction de South Stream, ne voit pas d’un bon œil le nouveau projet russe. L’Union européenne n’a d’ailleurs pas pris part à la rencontre de Budapest.

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