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06/12/2016

L’OTAN revoit sa stratégie militaire à Varsovie

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L’OTAN revoit sa stratégie militaire à Varsovie

Le sommet de l'OTAN se déroule au stade nationale de Varsovie, hautement sécurisé pour l'occasion.

Les membres de l’OTAN se sont réunis le 8 juillet lors d’un sommet à Varsovie pour faire passer un message fort à la Russie, tout en tentant d’endiguer les conséquences du Brexit.

Le divorce de la Grande-Bretagne et l’UE a été au cœur des discussions entre le président américain Barack Obama, qui a assisté pour la dernière fois au somment de l’OTAN, et les dirigeants des institutions européennes Donald Tusk et Jean-Claude Juncker.

Alors que l’OTAN veut répondre aux craintes suscitées par l’intervention russe en Ukraine en donnant son aval à la réforme la plus drastique de l’Alliance depuis la guerre froide, la formation d’une alliance nucléaire n’est pas encore déterminée.

Dans la capitale polonaise, la sécurité était maximale : la police a barré les routes principales autour du stade national de Varsovie, où s’est déroulé  le sommet, tandis que des hélicoptères survolent la zone.

Le représentant de la section européenne au Conseil de sécurité nationale des États-Unis, Charles Kupchan, a déclaré que la réunion serait également « l’occasion pour le président [américain] d’échanger une première fois sur les répercussions du référendum britannique ». La Grande-Bretagne étant le plus important contributeur militaire de l’UE au sein de l’UE, Barack Obama « réfléchit à la meilleure façon de gérer le futur [Brexit] et quelles en seront les conséquences économiques et géopolitiques », a-t-il expliqué.

>> Lire : Les adieux tendus de Cameron aux 27 dirigeants européens

Le président américain retrouve aussi le Premier ministre David Cameron au sommet qui réunit les 28 membres de l’OTAN à Varsovie, où l’Union soviétique avait constitué le pacte de Varsovie, en réponse à l’Alliance formée par son adversaire occidental. L’ambassadeur américain auprès de l’OTAN, Douglas Lute, a d’ailleurs estimé que le sommet avait « lieu à un moment déterminant de l’histoire de l’Alliance, vieille de près de 70 ans ».

Du pacte de Varsovie à l’OTAN

L’époque des « dividendes de paix » après le chute du mur de Berlin semble bien lointaine, alors que les deux blocs s’affrontent à nouveau suite à l’annexion illégale de la Crimée et le soutien des rebelles pro-russes en Ukraine de l’Est par les Russes en 2014.

Le plan d’action « réactivité » représente le point d’orgue du sommet et prévoit de renforcer les ressources et la réactivité de l’Alliance face à la Russie de Vladimir Poutine, considérée à présent comme plus agressive et imprévisible par les Alliés. Les dirigeants de l’OTAN se sont accordés sur l’exercice de quatre bataillons en Europe de l’Est, en Pologne, en Estonie, en Lettonie et en Lituanie, composés de 4 000 troupes au total pour former un premier front en cas de nouvelle frasque russe. La Grande-Bretagne a confirmé sa contribution en s’engageant à déployer 650 troupes en Estonie et en Pologne.

Le plan inclue également l’engagement à investir 2 % des revenus annuelles dans les stratégies de défenses, mettant fin à des années de récession dans ce secteur et la création de 5 000 troupes de la force opérationnelle interarmées, capables de se déployer en quelques jours seulement.

Lors de son dernier sommet, le Premier ministre britannique sortant, David Cameron, a également confirmé la participation active du Royaume-Uni à la sécurité occidentale, sans doute pour calmer les craintes concernant le départ du pays européen, le plus généreux en ressources militaires.

>> Lire : Sans Londres, la ligne dure de l’UE face à la Russie pourrait s’émousser

« La décision historique de la Grande-Bretagne de quitter l’UE sert de toile de fond à ce sommet, mais ce sera l’occasion de mettre en évidence l’énorme contribution du pays à la sécurité de l’Europe et de l’OTAN et de prouver que nous continuerons à le faire, même si ne faisons plus partie de l’UE », a expliqué un fonctionnaire du gouvernement britannique.

La coopération UE-OTAN

Paradoxalement, l’agenda du sommet prévoit en premier lieu la signature d’un accord pour une coopération militaire et sécuritaire plus étroite entre l’UE et l’OTAN. L’Alliance, présidée par les États-Unis, devrait annoncer son soutien à l’Union pour sa politique de migration en Méditerranée. Elle approuve également les efforts pour freiner le flux de réfugiés et d’immigrants qui se rendent en Grèce depuis la Turquie, avec l’accord UE-Turquie.

>> Lire : Le renvoi des réfugiés secourus en mer vers la Turquie fait débat en Allemagne

La chancelière allemande, Angela Merkel, a déclaré le 7 juin que les actions de la Russie en Ukraine avaient détérioré la confiance entre les deux blocs et a précisé que le sommet se tient « dans une phase de grands changements, concernant la sécurité en Europe ». Elle a néanmoins insisté sur la nécessité d’adopter une position de « dissuasion et de dialogue » avec Moscou, faisant écho au ton adopté par la Maison Blanche, quant au comportement à avoir avec la Russie. La crise de l’Ukraine a été un réveil brutal pour l’OTAN et le sommet est un message explicite pour Moscou : l’Alliance ne se fera plus avoir.

Défense antimissile

La Russie s’oppose fermement à l’expansion de l’Alliance dans les pays satellites de l’ancienne URSS, perçue comme une menace pour sa sécurité. Les avertissements les plus musclés de Moscou concernent toutefois la défense antimissile sur laquelle travaillent les États-Unis.

D’après le gouvernement américain, ce bouclier est pensé pour contrer les menaces balistiques de l’Iran et du Moyen-Orient. Or, la Russie avertit que sa stratégie de dissuasion nucléaire serait affaiblie, une fois que le système sera entièrement opérationnel d’ici 2018.

Jens Stoltenberg, secrétaire général de l’OTAN, a déclaré que l’Alliance entrera à nouveau en dialogue avec la Russie après le sommet. L’interprétation de Moscou ne peut être mal comprise. L’ambassadeur russe auprès de l’OTAN a en effet annoncé que les discussions « se concentreront sur la sécurité militaire, en fonction des décisions prises pendant le sommet de l’OTAN à Varsovie ».