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03/12/2016

La succession de Ban Ki-moon divise la Russie et l’Allemagne

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La succession de Ban Ki-moon divise la Russie et l’Allemagne

Vladimir Poutine et Angela Merkel.

La chancelière allemande, Angela Merkel, tenterait d’imposer Kristalina Georgieva, vice-présidente de la Commission, au poste de Secrétaire générale de l’ONU. Une attitude dénoncée par Moscou.

La course au poste de Secrétaire générale de l’ONU a provoqué une tension entre  la Russie et l’Allemagne.  Selon Moscou, la chancelière allemande tenterait d’influencer la Bulgarie pour qu’elle retire son soutien à sa candidate, Irina Bokova, au profit de sa compatriote, Kristalina Georgieva, vice-présidente de la Commission européenne. Une attitude qualifiée d’« inacceptable » par les autorités russes.

La controverse est fondée sur différentes interprétations de discussions ayant eu lieu lors du sommet du G20 à Hangzhou, en Chine, les 4 et 5 septembre. Angela Merkel aurait tenté d’y obtenir le soutien de Vladimir Poutine pour Kristalina Georgieva.

>> Lire : Georgieva lorgne le poste de secrétaire général de l’ONU

Le 10 septembre, la presse bulgare a assuré que la chancelière allemande avait bel et bien remporté le soutien du président russe, une allégation fermement démentie par la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova. La rumeur aurait comme origine des informations sciemment lâchées par Sofia.

Le 12 septembre, la presse bulgare avait également indiqué que le Premier ministre, Boyko Borissov, envisageait de retirer la nomination d’Irina Bokova, remplacée par la vice-présidente de la Commission européenne, sans doute suite à une conversation téléphonique avec la chancelière allemande.

Candidate pour d’autres pays ?

Au même moment s’est mise à circuler une rumeur selon laquelle la Hongrie, la Croatie et la Lettonie nomineraient également Kristalina Georgieva, « avec le soutien de Berlin ». Théoriquement, rien n’empêche un pays de nominer un candidat étranger, mais cela n’est jamais arrivé. Budapest, Zagreb et Riga n’ont fait aucun commentaire officiel.

>> Lire : L’UE en tête pour le poste de secrétaire général

Le 11 septembre, Maria Zakharova a assuré que toute information selon laquelle Moscou soutenait la candidature de Kristalina Georgieva était un « mensonge » et que toute tentative d’influencer la nomination d’autres pays était « inacceptable ».

« [Vladimir Poutine] a dit clairement et catégoriquement à Angela Merkel que la nomination d’un candidat au poste de Secrétaire général de l’ONU par un pays relevait du pouvoir de décision exclusivement souverain de cet État, et que toute tentative directe ou indirecte d’influencer cette décision était inacceptable », a-t-elle précisé.

Dmitry Peskov, le porte-parole du président russe, a exprimé la même opinion.

Le Premier ministre bulgare, Boyko Borissov, a proposé la candidature d’Irina Bokova, qui dirige actuellement l’UNESCO, à la tête de l’ONU le 8 février, après avoir annoncé que Krislalina Georgieva resterait à la Commission européenne.

Cette nomination n’a pas calmé les spéculations sur la candidature possible de Kristalina Georgieva, surtout avant les votes préliminaires. Les trois votes qui ont eu lieu ont toutefois confirmé la position de force d’Irina Bokova, candidate féminine la plus populaire. Les observateurs estiment donc qu’elle pourrait bien être la prochaine Secrétaire générale de l’ONU, notamment grâce à son expérience à la tête de la plus grande agence de l’organisation.

Il n’est pas impossible qu’un nouveau candidat se présente, même si, à ce stade de la sélection, ce serait très inhabituel. La liste des candidats a émergé le 12 juillet, après la diffusion des interviews des nominés et plusieurs votes préliminaires. Les candidats monténégrin et croate se sont déjà retirés.

Le code de conduite des commissaires européens ne leur permet pas de chercher un nouvel emploi durant leur mandat. Il semblerait pourtant que Jean-Claude Juncker, le président de la Commission, soutienne les ambitions onusiennes de sa vice-présidente. Un voyage récent à Saint-Pétersbourg avait d’ailleurs été considéré comme une tentative de s’assurer le soutien de Moscou.

>> Lire : Une rencontre Juncker Poutine sous haute tension

Les tweets de Selmayr

Martin Selmayr, chef de cabinet de Jean-Claude Juncker, a retweeté un article sur la possible nomination de Kristalina Georgieva, ajoutant que cette nomination serait « une lourde perte » pour la Commission, mais que la Bulgare serait une Secrétaire générale forte, qui « rendrait fiers nombre d’Européens ».

Dans un entretien avec EurActiv, Dick Roche, ancien ministre irlandais aux Affaires européennes, qui soutient Irina Bokova, a regretté que la candidate officielle bulgare soit en compétition avec une de ses concitoyennes.

« Irina Bokova est victime d’une campagne de rumeurs vicieuse lancée par les alliés de centre droit de Kristalina Georgieva. Ces tentatives ne sont pas vraiment à l’honneur de leur bénéficiaire, mais Irina Bokova les a supportés avec une grande dignité », a-t-il fait remarquer. « Kristalina Georgieva a réussi à recruter des alliés puissants en exerçant des pressions sur le gouvernement bulgare pour qu’il change sa nomination. »

En juin dernier, Kristalina Georgieva a assisté à une rencontre Bilderberg à Dresde, où l’ancien président de la Commission, José Manuel Barroso, a encouragé sa candidature à la tête de l’ONU. « Les activités de la commissaire et de ses supporters ont dépassé de loin ce qui est acceptable », estime Dick Roche.

>> Lire : Les déplacements de Kristalina Georgieva interrogent

Quant aux tentatives présumées d’Angela Merkel au sommet du G20, il s’agit pour l’ancien ministre « sans doute de [l’action] la plus surprenante, qui aura probablement des conséquences très importantes ». « L’intervention de la Chancelière Merkel n’est pas seulement un exemple décevant de pressions déplacées sur de petits États membres, mais est également maladroite à plusieurs niveaux », ajoute-t-il.

Dick Roche estime que le comportement d’Angela Merkel serait non seulement « une insulte » au choix fait par la Bulgarie, mais aussi un manque de respect face à la Slovénie, à la Slovaquie et au Portugal, dont les candidats mènent la course au secrétariat général.

Veto russe

Selon lui, la réaction de Moscou est un signe que la Russie bloquerait la candidature de la commissaire européenne. « Il semble très probable que, même si elle parvient à se faire nominer, Kristalina Georgieva, se heurte au veto d’un moins un membre du Conseil de sécurité, ce qui rend toute sa campagne futile et inutile », ajoute-t-il.

« Si la Bulgarie plie face aux pressions exercées sur son gouvernement, cette affaire fournirait encore un exemple d’intervention européenne aux eurosceptiques, soulèverait des questions sérieuses sur le fonctionnement de la Commission et confirmerait les soupçons de certains quant à la justice du système onusien », assure l’ancien ministre.

Toute cette affaire soulève selon lui des « questions fondamentales » sur les actions de la Commission et l’utilisation de ses ressources au service de l’ambition de ses membres. « Toute cette débâcle marque un mauvais point pour la diplomatie européenne », conclut-il.

>> Lire aussi : Le Kosovo s’insurge contre le candidat serbe à l’ONU

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