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17/01/2017

Le smartphone, trésor des réfugiés

L'Europe dans le monde

Le smartphone, trésor des réfugiés

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Pour les réfugiés, le smartphone est une affaire de vie ou de mort. Nombre de fournisseurs se sont d’ailleurs spécialisés sur ce créneau bien particulier. Un article de notre partenaire, WirtschaftsWoche.

L’image est commune à tous les camps de réfugiés : celle de jeunes hommes, concentrés sur leur smartphone. Devant le camp de Düsseldorf, en Allemagne, trois d’entre eux manipulent leurs téléphones, en silence. Pourtant, Nadim et ses deux compagnons semblent heureux de pouvoir discuter avec des personnes physiques.

Nadim préfère parler en allemand, une langue qu’il a appris à maîtriser grâce à une appli. Il est originaire d’Iran, et s’est rendu en Allemagne, après avoir lu sur Internet que le passeport allemand est le plus précieux du monde.

D’une certaine façon, les centaines de milliers de jeunes réfugiés, arrivés ces derniers mois en Allemagne, sont déjà intégrés. Ou du moins connectés. Leur smartphone fait au moins autant partie de leur quotidien que celui des Allemands.

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Le terminal, et l’accès illimité à Internet qu’il autorise, a plus de valeur et d’importance pour les réfugiés, tels que Nadim, que pour tous les jeunes Européens du même âge. Il ne s’agit pas seulement d’un luxe ou d’un jouet ; pour eux, c’est un outil existentiel.

Jamais sans smartphone

Sans smartphone, Nadim et les autres venues d’Afrique et du Proche-Orient n’auraient probablement pas pu se rendre en Allemagne, du moins pas si vite et en si grand nombre. Le smartphone fait partie de l’équipement de base des réfugiés modernes et des immigrés illégaux. « Sans GPS, ils ont très peu de chance d’atteindre l’Europe. Sur le chemin, ces personnes n’ont souvent aucune idée de l’endroit où ils se trouvent », explique Rudolph Jula. Photographe et auteur de guide touristique, il a était témoin, il y a un an, du départ de milliers de Syriens qu’il a suivi de la Turquie jusqu’en Allemagne. « Je n’en ai vu aucun sans smartphone. »

L’auteur, qui a rapporté son expérience en septembre dans le magazine allemand Cicero, a vécu en direct la décision d’Angela Merkel d’ouvrir les frontières, et la diffusion de l’information. Laquelle s’est très rapidement répandue, apparaissant sur les petits écrans des Syriens dans les cafés de Ganziatep, et dans toute la zone frontalière turco-syrienne. Une vidéo qui fut le signal du départ pour une vie meilleure en Allemagne. Ceux qui ont atteint leur destination ont confirmé aux autres, toujours en chemin, qu’ils étaient arrivés sans encombre. Il était inévitable que des immigrants non-syriens, comme l’Iranien Nadim, se joignent aux voyageurs. Eux aussi ont rapidement eu vent de l’ouverture des frontières allemandes, grâce à leurs smartphones.

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L’immigration de masse de 2015 est donc en partie un phénomène lié aux technologies, qui eut été inconcevable il y a 25 ans.

Beaucoup de chat, très peu d’appels

Seuls ceux qui n’ont pas connaissance de la réalité de la vie en Afrique et au Proche-Orient sont surpris, voire indignés, de voir des réfugiés smartphone à la main. Dans les pays d’origine de ces immigrants, ces appareils sont particulièrement appréciés justement parce qu’ils permettent d’accéder à Internet sans avoir à acheter d’ordinateur, beaucoup plus coûteux. Il est d’ailleurs rare de les voir téléphoner, pour économiser des frais. Ils n’utilisent que les fournisseurs de messagerie instantanée, comme Whatsapp.

Les prix abordables des smartphones ont offert à la majeure partie de la population de nouvelles voies pour accéder à l’information. Les appareils vendus dans les pays d’origine des migrants sont souvent bien moins chers qu’en Europe, grâce à des fournisseurs qui vendent des versions simplifiées des appareils occidentaux ou se spécialisent dans les pays en développement, tels que le Chinois Xiaomi.

Paiement à l’avance

Pour des raisons financières, les contrats fixes sont très peu répandus. En général, les Africains et les Orientaux optent pour une carte prépayée, en particulier ceux qui fuient vers l’Europe et ne possèdent pas de compte courant. Ils ont ensuite la possibilité de racheter des cartes tout au long de leur voyage. La priorité, c’est d’avoir suffisamment d’argent pour recharger son forfait dans les pays transitoires ou une fois arrivés à destination. Dans tous les pays de transit ou d’arrivée, un véritable marché s’est développé.

Nombre de fournisseurs se sont concentrés sur cette clientèle florissante, les moins chers étant les spécialistes des cartes prépayées Blauworld, Lebara et Lycamobile.

Pression antiterroriste

Pour ces fournisseurs, les immigrants représentent un secteur particulièrement rentable. Il n’est donc pas étonnant que certains vendeurs ne tiennent pas toujours compte des indications de sécurité. Bien qu’ils soient tenus de vérifier l’identité et l’adresse de résidence de leurs clients, les fournisseurs ferment souvent les yeux pour les réfugiés, qui n’ont sans surprise aucune adresse valide à indiquer.

Or, le gouvernement allemand veut faire appliquer ces mesures de sécurité plus strictement, dans la mesure où certains terroristes de Daesh se seraient servis de ces cartes prépayées pour communiquer. Au plus tard au 1er juillet 2017, quand la révision des lois sur les télécommunications entrera en vigueur, les autorités d’inspection allemandes devront avoir trouvé des solutions pratiques pour contrôler l’identité des utilisateurs de cartes prépayées.

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