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28/09/2016

Juncker veut muscler la coopération militaire en Europe

L'Europe dans le monde

Juncker veut muscler la coopération militaire en Europe

Lors de son discours sur l’état de l’Union devant le Parlement européen le 14 septembre, Jean-Claude Juncker a déclaré que la puissance douce ne suffisait plus à l’Europe, dans un environnement de plus en plus dangereux.

Il a fait référence au « combat brutal » pour la Syrie, dont les conséquences sont immédiates, comme le prouvent la crise des réfugiés et les attentats parrainés par Daesh dans l’UE. « Mais où sont l’Union et ses États membres dans les négociations de paix ? », s’est-il interrogé. Les discussions sur la Syrie se déroulent en effet dans le contexte de l’ONU et sont coprésidées par la Russie et les États-Unis.

Tweet de Natasha Bertaud (porte-parole de la Commission) : @JunckerEU « Les traités permettent aux pays qui le souhaitent de s’unir dans une coopération sur la défense. Il est temps d’utiliser cette possibilité. »  #SOTEU

Le président de la Commission a rappelé que Federica Mogherini, vice-présidente de la Commission et Haute Représentante aux affaires étrangères, faisait un « travail fantastique », mais qu’elle devait pouvoir devenir une vraie ministre des Affaires étrangères européenne. Federica Mogherini ne représente en effet l’union que pour les sujets sur lesquels il existe un consensus au niveau européen, ce qui constitue le plus petit dénominateur commun de toute l’action extérieure européenne.

Le président de la Commission voudrait que l’UE adopte une stratégie sur la Syrie et que sa vice-présidente soit présente lors des prochaines négociations à l’ONU. « L’Europe doit se renforcer. Cet impératif n’est nulle part aussi vrai que dans le secteur de la défense », a-t-il déclaré.

Il a ajouté que l’Europe ne pouvait plus se permettre de profiter du pouvoir militaire de ses alliés ou de laisser la France seule pour défendre son honneur au Mali. En 2013, la France est en effet intervenue au Mali pour combattre des islamistes liés à Al-Qaïda, au grand étonnement du reste de l’UE.

>> Lire : Armée européenne: beaucoup de bruit pour rien ?

Ces dix dernières années, l’UE a envoyé plus de 30 missions civiles et militaires, d’Afrique en Afghanistan. Sans structure ad hoc permanente, l’union n’a cependant pas été très efficace, a indiqué Jean-Claude Juncker.

« Des opérations urgentes sont retardées. Nous avons des sièges différents pour les missions parallèles, même quand elles se déroulent dans le même pays ou la même ville. Il est temps que nous réunissions ces opérations », a-t-il assuré.

Le président de la Commission a également estimé que l’UE devrait commencer à œuvrer pour la création d’actifs militaires communs, dont l’UE pourrait parfois être propriétaire. « En toute complémentarité avec l’OTAN, bien sûr. »

Le manque de coopération en matière de défense coûte à l’UE entre 25 et 100 milliards d’euros par an, en fonction des domaines, a-t-il rappelé. Cet argent pourrait cependant servir à autre chose. L’UE dispose déjà d’une flotte multinationale d’avions de ravitaillement et cet exemple pourrait être répliqué.

Enfin, Jean-Claude Juncker a annoncé que la Commission proposerait d’ici la fin de l’année l’instauration d’un Fonds européen de la défense, afin de donner une impulsion énergique à la recherche et à l’innovation. Il a rappelé aux eurodéputés que le traité de Lisbonne permet aux États membres qui le souhaitent de rassembler leurs capacités de défense pour former une coopération structurée permanente.

« Je pense que le temps est venu d’utiliser cette possibilité », a-t-il assuré, ajoutant qu’il espérait que le sommet informel du 16 septembre à Bratislava serait le premier pas politique dans cette direction.

>> Lire : La sécurité au cœur des discussions à Bratislava

Les propositions du président de la Commission sont tout à fait conformes à la direction politique prise par Paris et Berlin ces dernières semaines et sont facilitées par la sortie du Royaume-Uni de l’union. Cette initiative sera également opportune en cas d’élection du candidat républicain Donald Trump à la Maison-Blanche.

Nigel Farage, du parti britannique anti-UE UKIP, a sauté sur l’occasion pour faire remarquer qu’il avait maintes fois assuré qu’une armée européenne serait créée. Eh bien « nous y voilà », fanfaronne-t-il.

Tweet: Juncker répète qu’il faut mettre en place un fonds européen de défense – il veut dire financer une armée européenne. Les Brexiteers [partisans du Brexit] avaient raison, comme d’habitude. #SOTEU

>> Lire aussi : Le discours de Jean-Claude Juncker en direct

Réactions

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