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28/09/2016

« Un courant d’air chaud et du tonnerre » qui ont transfiguré le quartier européen, à Bruxelles

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« Un courant d’air chaud et du tonnerre » qui ont transfiguré le quartier européen, à Bruxelles

Évacuation de la station Maelbeek.

Au lendemain de l’attentat dans la station de métro de Maalbek, tout proche de la Commission, fonctionnaires, et journalistes racontent le carnage et le choc.

Après les explosions à l’aéroport de Zaventem, une bombe a explosé dans une rame de métro à la station de Maelbeek, dans le quartier européen, peu après 9 heures du matin, le 22 novembre. Evan Lamos, responsable multimédia chez EurActiv, se trouvait dans le métro suivant et est l’une des premières personnes à avoir partagé des informations sur les réseaux sociaux.

« Il y a eu un courant d’air chaud et nous avons entendu un son sourd, comme du tonnerre. Le métro s’est immédiatement arrêté, l’électricité a été coupée et le moteur s’est arrêté », raconte-t-il. « Je n’ai pas compris tout de suite qu’il y avait eu une explosion, le message diffusé dans la rame parlait de problèmes techniques. »

Après quelques minutes, les portes arrière de la rame ont été ouvertes pour que les passagers puissent sortir à l’aide d’une échelle. « À part une personne qui s’est ruée vers l’extérieur, tout le monde a évacué le métro calmement, sans panique », poursuit Evan Lamos. « Les gens s’aidaient à descendre sur les voies et à porter les enfants et les poussettes. Nous avons marché sur les rails jusqu’à la station précédente, Arts-Loi. »

>> Voir la vidéo prise par Evan Lamos

À Arts-Loi, les passagers ont été évacués rapidement par des soldats et des agents de police. « Je pensais que ça pouvait être un incident technique, mais la présence des militaires nous a alarmé […] Après les explosions à l’aéroport, il régnait déjà une certaine tension. »

Lachlan Carmichael, journaliste à  l’AFP, était également entre Arts-Loi et Maelbeek au moment de l’explosion. De la fumée s’est rapidement répandue jusqu’à la rame de métro dans laquelle il se trouvait, puis dans le tunnel par lequel les passagers évacuaient les lieux, rendant la respiration difficile.

« J’ai demandé à une femme à côté de moi si elle avait peur, parce que personne ne paniquait », se souvient le journaliste. Elle m’a répondu que oui. ‘Vous n’en avez pas l’air’, ai-je enchainé. Sa réponse a été immédiate : croyez-moi, à l’intérieur je suis terrifiée. »

Une fois sorti à l’air libre, Lachlan Carmichael s’est rendu compte de l’ampleur de l’attentat. « L’hôtel Thon, à côté de la station, avait été transformé en hôpital de fortune. On ne s’attend pas à ça dans une ville si ostensiblement en paix, sur le chemin de travail, comme tous les jours », explique-t-il, se rappelant de la sensation de choc qui régnait dans les environs.

>> Lire notre direct : alerte à Bruxelles

Carnage

Dominique Ostyn, directeur de la communication chez EurActiv, était également en route vers son bureau. Quand les lignes de métro ont été suspendues, il a continué à pied, passant à côté de Maelbeek.

« On sentait la fumée, il en sortait des trois ou quatre sorties de la station. Des victimes étaient allongées sur le sol, il y avait des blessés et des personnes en état de choc », indique-t-il. « Des serviettes et des draps blancs avaient été apporté d’un hôtel pour les blessés. Ça sentait le brûlé. C’était un carnage. »

« Au départ, je me sentais calme, parce que la police était là et qu’il était évident que des précautions étaient prises, mais le choc est arrivé plus tard, je me suis senti choqué », confie-t-il.

« Confusion et choc », voilà comment un fonctionnaire européen a décrit l’atmosphère au Berlaymont, le principal bâtiment de la Commission européenne, hier. « Nous nous attendions à un événement de ce genre, mais nous ne pensons pas avoir été la cible [de l’attentat] », a-t-il déclaré. Le lien entre l’attentat et la proximité des institutions n’a en effet pas été établi.

« Ces gens agissent de manière indiscriminée. Nous l’avons vu dans d’autres pays, comme l’Espagne ou le Royaume-Uni. Où qu’ils frappent, ils font d’énormes dégâts », continue-t-il avec colère. « Mais à Bruxelles, où que l’on frappe, il y aura des citoyens de partout en Europe parmi les victimes. J’avais déjà vu ce genre de violence en Irlande du Nord, mais jamais à Bruxelles. »

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Pas à Bruxelles

« Dieu merci c’est les vacances », ne cesse pour sa part de répéter Gary Cartwright. « Le matin, la station est bondée, il y a un métro toutes les deux minutes et ils sont tous pleins. »

L’approche des vacances de Pâques a sans doute limité le nombre de personnes, et notamment de fonctionnaires européens, touchées par l’attentat de Maelbeek, mais pourrait avoir augmenté le nombre de victimes à l’aéroport. Les institutions européennes ont tout de suite tenté de contacter leurs employés, tout comme nombres d’entreprises établies dans le quartier. À noter également, si les écoles européennes sont déjà en congé, ce n’est pas le cas des écoles belges.

Ancien militaire, Gary Cartwright a été confronté à des violences de ce type en Irlande du nord, dans l’Atlantique sud et à Beyrouth, « mais je ne m’attendais vraiment pas à voir ça à Bruxelles, à 54 ans. Je pensais que cette partie de ma vie était finie ». Pour lui, Bruxelles est malgré tout une ville plus sure que Londres, par exemple.

« Je pense que nombres de fonctionnaires des institutions européennes seront très choqués par ces événements. Pour être honnête, ils vivent une vie très protégée et confortable. C’est une sonnette d’alarme pour les apparatchiks et les politiques », estime-t-il. « Les choses vont tellement mal qu’il y a des sommets européens toutes les semaines à Bruxelles. Quoi qu’en dise la Commission, nous sommes toujours une union de 28 pays différents, et je pense que les divisions sont en train d’apparaître. »

« Les institutions sont une cible »

Le café Exki de la rue Froissart s’est retrouvé dans le périmètre de sécurité bouclé par la police autour des institutions. Les huit membres de l’équipe, qui ont commencé la journée à 6h30, ont été informés qu’ils ne pourraient pas sortir de la zone de sécurité avant des heures. Calmes, ils ont continué à servir leur clientèle habituelle de fonctionnaires européens, eux aussi confinés dans la zone de sécurité. Le Parlement européen a également été bouclé et des forces militaires et policières ont été déployées dans les environs.

Contrairement au fonctionnaire européen cité plus haut, Dafydd ab Lago, journaliste écossais établi à Bruxelles, estime que les institutions européennes sont une cible évidente, à cause des nombreuses nationalités qui y sont représentées. Depuis deux ans, il évite le métro, de peur d’un attentat.

« Les institutions de l’UE sont une cible, et elles n’avaient pas encore été touchées », assure-t-il. « Il n’y a pas encore de liste des victimes, mais [ces attentats] auront un impact maximum. Les victimes pourraient venir de partout en Europe – Danemark, Allemagne, Grande-Bretagne,… »

De fait, les autorités belges ont indiqué mercredi que pas moins de 30 nationalités avaient été frappées mardi, qu’il s’agisse de blessés ou de personnes décédées.

Il admet cependant qu’il aurait pu se passer la même chose à Londres. « Je pense vraiment que la seule manière de lutter est de trouver une solution européenne », ajoute-t-il. « Ces Britanniques qui veulent le Brexit ne comprennent malheureusement pas cela. »

Émotion et solidarité

Dès le début d’après-midi, des Bruxellois se sont rassemblés dans le centre-ville, où ils ont écrit leurs messages de solidarité, de détermination et de courage sur le sol du piétonnier.

 

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