Opération séduction de Justin Trudeau au Parlement européen

Justin Trudeau lors de la visite à Strasbourg. [EP]

Après le feu vert au CETA, le Premier ministre canadien s’est adressé aux eurodéputés, appelant à un accord commercial qui profite aux citoyens.

Le libre-échange doit fonctionner pour les citoyens qui ont du mal à joindre les deux bouts et à élever leurs enfants, a déclaré Justin Trudeau, le Premier ministre canadien, aux eurodéputés le 16 février, au lendemain de leur vote positif sur le CETA.

« Le peuple que nous représentons soutiendra le commerce s’il crée des emplois meilleurs et rend leur vie plus facile. C’est ce qu’ils attendent », a affirmé le Premier ministre lors de cette première visite d’un chef de gouvernement canadien au Parlement européen. « Nous devons nous assurer que nous respectons ces engagements. »

Des déclarations censées rassurer les opposants à l’accord de libre-échange entre l’UE et le Canada, qui estiment que les multinationales seront les principales bénéficiaires du CETA.

Le 15 février, les eurodéputés ont donné leur feu vert à l’accord économique et commercial global, finalisé après sept ans de négociations entre Bruxelles et Ottawa. En attendant sa ratification par les États membres, la plus grande partie de l’accord entrera en vigueur de manière provisoire dès le printemps.

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Malgré la campagne des détracteurs de l’accord, pas moins de 408 eurodéputés se sont exprimés en faveur de l’accord, alors que 254 l’ont rejeté et que 33 se sont abstenus. Chacun des 28 États membres doit à présent entamer un processus de ratification de l’accord, en fonction des règles nationales. Dans certains pays, le CETA devra donc être soumis au vote des députés.

Ce processus ne s’annonce pas de tout repos. En effet, tout comme le partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (TTIP), en négociation avec les États-Unis, le CETA a été l’objet d’une critique virulente de la part de militants qui estiment qu’il place l’intérêt des grandes entreprises avant celui des travailleurs et agriculteurs.

À l’automne, la région belge de Wallonie, qui dispose d’un gouvernement et d’un parlement propres, avait déjà retardé la signature de l’accord, condamnant notamment le manque de transparence des négociations, qui l’a empêché d’évaluer l’impact que le CETA pourrait avoir sur les citoyens. La Wallonie s’inquiétait en outre des conséquences sur le droit des États à légiférer des mesures de protection de l’investissement contenues dans le texte.

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Respecter les promesses du CETA

Lors de la conférence de presse qui a suivi son intervention au Parlement, Justin Trudeau a soutenu que « le commerce n’était pas une équation à somme nulle, mais un procédé qui profite aux deux parties », et qu’il fallait en convaincre les citoyens. « Maintenant, il faut faire fonctionner [le CETA]. »

Il est à présent important de pouvoir donner une bonne image du libre-échange, a-t-il insisté. Comme la grande majorité des mesures du CETA entreront en vigueur en avril, le Premier ministre s’attend à voir des résultats positifs tangibles assez rapidement.

Les provisions de réduction des droits de douane de l’accord sont parmi les plus complètes que l’UE a jamais signées dans un accord de libre-échange. Avant l’application du CETA, seul un quart des échanges étaient exemptés. À présent, 98% des frais de douanes disparaitront, dans les deux sens. Un chiffre qui devrait atteindre 99% une fois l’accord pleinement appliqué.

Le Premier ministre canadien, élu suite à une campagne centrée sur l’équité pour la classe moyenne, est très conscient que la seule manière de convaincre les citoyens du bien-fondé du libre-échange est de faire en sorte que le commerce profite à tous.

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Un modèle pour l’avenir

Le CETA est également considéré comme un exemple pour les accords de libre-échange à l’avenir, comme l’a rappelé le Canadien, qui a qualifié l’approbation de l’accord – l’un des « plus durables et progressistes au monde » – de « moment important » pour le commerce mondial.

« Si nous réussissons, le CETA peut devenir le modèle de tous les futurs accords commerciaux ambitieux. Sinon, il pourrait bien s’agir du dernier », a-t-il estimé.

Le Premier ministre est arrivé à Strasbourg après une visite officielle à Washington, où il a tenté de trouver un terrain d’entente avec Donald Trump, qui menace de mettre fin à l’ALENA, l’accord de libre-échange nord-américain. Le CETA est à l’opposé des politiques préconisées par le nouveau président américain, qui a également gelé les négociations presque terminées du TTIP, l’accord entre l’UE et les États-Unis.

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Une Europe forte

Justin Trudeau s’est posé en allié de l’Europe, « un modèle sans précédent de coopération pacifique »

« Le Canada sait qu’une voix européenne efficace sur la scène mondiale n’est pas que préférable, elle est essentielle », a-t-il assuré, rappelant que l’UE est le plus grand donateur et la plus grande économie du monde.

« Vous êtes un acteur essentiel dans la résolution des difficultés que nous affrontons tous en tant que communauté internationale. Une Union européenne forte est profitable au monde entier », a-t-il conclu, affichant une vision totalement opposée à celle qui prévaut depuis peu à Washington.

La relation entre le Canada et l’Europe est durable parce qu’ils partagent tous deux des « valeurs communes », a-t-il poursuivi. « Nous croyons en la démocratie, la transparence et l’état de droit. Nous croyons aux droits de l’Homme. Nous croyons à l’inclusion et à la diversité », a-t-il souligné, en référence notamment à la devise européenne, « unis dans la diversité ».

Le Premier ministre canadien a souligné que le rôle de l’État n’était pas seulement de soutenir le peuple, mais aussi de créer les conditions de la confiance.

Après Strasbourg, Justin Trudeau a pris la route de Berlin, où il doit rencontrer le président, Joachim Gauck, et la chancelière, Angela Merkel. Il visitera également le mémorial de l’Holocauste.

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