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04/12/2016

Le sommet UE-Ukraine hanté par l’élection de Trump

L'Europe dans le monde

Le sommet UE-Ukraine hanté par l’élection de Trump

Petro Porochenko, avec Donald Tusk et Jean-Claude Juncker.

Le 18e sommet entre l’UE et l’Ukraine doit se pencher sur les conséquences d’une probable prise de distance de la part de Washington et d’une intensification des actions européennes pour assister le gouvernement pro-occidental de Petro Porochenko.

Selon des diplomates européens, l’élection de Donald Trump aux États-Unis sera nécessairement abordée lors du sommet UE-Ukraine, le 24 novembre.

« Je ne veux pas spéculer sur l’avenir de la politique américaine vis-à-vis de Kiev », a affirmé un des diplomates, qui a néanmoins immédiatement enchainé sur l’analyse de Federica Mogherini, représentante de l’UE sur la scène internationale, juste après les élections : l’UE sera de plus en plus responsable du rôle du « pouvoir indispensable » pour la paix et la sécurité dans son voisinage et dans le monde.

L’Ukraine sacrifiée ?

Des représentants ukrainiens ont exprimé leur inquiétude quant à une réduction du soutien américain à l’Ukraine sous l’administration Trump, qui pourrait entrainer une déstabilisation encore plus importante de la région, avec des conséquences au niveau mondial.

Selon de nombreux observateurs, la victoire de Donald Trump pourrait encourager le président russe à rétablir par la force sa sphère d’influence dans les États séparant la Russie de l’OTAN. Le futur président américain a en effet déclaré à plusieurs reprises n’avoir rien contre l’instauration de « zones tampons » par la Russie.

>> Lire : Poutine et Trump veulent une «coopération constructive» contre le terrorisme

Kiev et certains de ses soutiens internationaux craignent que Donald Trump ne tente de conclure un « grand marché » avec Vladimir Poutine, afin de réchauffer les relations États-Unis-Russie,  quitte à sacrifier l’Ukraine dans les négociations, selon le Financial Times.

Or, les relations avec l’Ukraine sont en train de devenir importantes sur le plan mondial, estiment les diplomates européens. C’est pourquoi l’UE tentera de finaliser son accord d’association avec Kiev le plus rapidement possible, poursuivent-ils.

Le 6 avril, les électeurs néerlandais ont voté contre cet accord, associé à un accord de libre-échange approfondi et complet, lors d’un référendum. Le gouvernement des Pays-Bas, seul pays à ne pas avoir validé l’accord, tente actuellement de débloquer la situation. Une solution devrait émerger lors du sommet européen des 15 et 16 décembre.

>> Lire : La Commission prête à assouplir l’accord UE-Ukraine pour satisfaire La Haye

L’accord de libre-échange est entré en vigueur  le 1er janvier 2016. Selon les analystes, il aurait déjà produits des effets tangibles. Les exportations ukrainiennes vers l’UE auraient ainsi augmenté de 5,5% depuis le début de l’année.

« Les États membres coopérerons de manière intensive avec l’Ukraine afin de résoudre le problème de la ratification du traité. Il est évident que nous ne devrions pas ajouter de l’incertitude en ces temps de changement et d’évolution», assure un diplomate.

>> Lire : Mark Rutte toujours enlisé dans les résultats de son référendum sur l’Ukraine

Le sommet commencera après une rencontre d’une heure entre Petro Porochenko, le Premier ministre ukrainien, et les présidents des trois institutions européennes, Jean-Claude Juncker, Donald Tusk et Martin Schulz. Sera ensuite organisé un déjeuner, qui rassemblera un nombre inhabituel de commissaires : Federica Mogherini, pour les affaires étrangères, Maroš Šefčovič, pour l’Union de l’énergie, Valdis Dombrovskis, commissaire à l’euro, Johannes Hahn, au voisinage, Cecilia Malström, au commerce, et Dimitris Avramopoulos, aux affaires intérieures.

En plus de l’avenir de l’engagement des États-Unis et du libre-échange, les discussions devraient aborder le « paquet hiver » 2016-2017, une série de propositions sur l’énergie, que l’UE aimerait appliquer afin de sécuriser son approvisionnement en gaz, malgré les réticences de Kiev.

« Le Vice-Président Šefčovič a encouragé les deux parties à s’impliquer dans des négociations », a précisé un diplomate, qui rappelle que le commissaire doit rencontrer le ministre russe à l’Énergie, Alexander Novak, le 25 novembre, à Moscou.

La libéralisation des visas pour les citoyens ukrainiens entrant dans l’espace Schengen est également au programme. Toutes les conditions exigées avant la libéralisation des visas étant remplies, le Parlement et le Conseil ont approuvé la proposition de la Commission d’autoriser les Ukrainiens à voyager sans visa dans l’UE pour un séjour maximum de 90 jours sur 180.

Les diplomates ont cependant indiqué que la décision finale serait liée à l’adoption d’un « mécanisme de suspension », qui serait utilisé en cas d’abus important, et s’appliquera à tous les citoyens étrangers.

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