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30/09/2016

Moscou et Ankara enterrent la hache de guerre

L'Europe dans le monde

Moscou et Ankara enterrent la hache de guerre

Vladimir Poutine

Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdoğan ont promis de s’atteler à la tâche « difficile » de recoller les morceaux, lors de leur première rencontre après des mois d’une crise provoquée par la destruction d’un bombardier russe par l’armée turque.

Un mois après leur réconciliation permise par les « regrets » exprimés par le président turc, les deux chefs d’État, hommes forts dans leur pays et aux relations tendues avec les Occidentaux, se sont encore rapprochés à l’occasion du putsch manqué du 15 juillet, suivi de purges sans précédent que Moscou s’est bien gardé de critiquer.

Lors de leur conférence de presse commune mardi, ils ont évité d’insister sur les sujets qui fâchent, et notamment leurs désaccords sur la Syrie, pour se concentrer sur leur priorité: rétablir des échanges économiques plombés par près de neuf mois de brouille.

>> Lire : Nouvel accrochage Russie-Turquie

Le président russe a assuré que la rencontre, dans le somptueux palais Konstantinovski, à 15 km au sud de Saint-Pétersbourg, avait été « constructive » et « franche ».

« Nous avons traversé une période très difficile dans nos relations et nous voudrions, et nous sentons que nos amis aussi le voudraient, la surmonter », a estimé Vladimir Poutine, assurant que ce rapprochement n’était pas dicté uniquement par le « pragmatisme » mais par les « intérêts des peuples ».

Il a cependant prévenu qu’il faudrait « un travail difficile à faire pour réanimer la coopération économique et commerciale ».

Erdoğan reconnaissant

Il s’agit de la première visite à l’étranger du chef de l’État turc depuis le putsch manqué du 15 juillet, suivi de purges très critiquées par les Occidentaux dont les relations avec la Turquie se sont considérablement tendues.

Vladimir Poutine a été l’un des premiers responsables étrangers de premier plan à appeler au téléphone Recep Tayyip Erdoğan pour condamner ce coup de force et, sans surprise, il n’a pas eu les mêmes états d’âme que les dirigeants européens face aux répressions en cours.

Pour sa part, le président turc, qui avait annoncé se rendre en Russie pour repartir à zéro avec son homologue russe, a remercié de manière appuyée son « ami » Vladimir Poutine avec qu’il rejoint désormais sur ses critiques véhémentes de Washington.

Ce coup d’État manqué, dont Ankara accuse le prédicateur Fethullah Gülen, exilé aux États-Unis, d’être l’organisateur, a en effet envenimé les relations turco-américaines.

« Si Gülen n’est pas extradé [en Turquie], les États-Unis sacrifieront les relations  [bilatérales] à cause de ce terroriste », a prévenu mardi le ministre turc de la Justice, Bekir Bozdag.

La porte-parole du département d’État américain, Elizabeth Trudeau, a pour sa part dénoncé une « sorte de théorie du complot, une rhétorique incendiaire absolument inutile ».

Ankara assure avoir envoyé de nombreux éléments aux États-Unis pour le dossier d’extradition, que Washington ne semble pas pressé de traiter, invoquant la nécessité d’avoir des preuves juridiques.

Grands projets énergétiques

Les relations russo-turques s’étaient considérablement détériorées à la suite de l’affaire du bombardier russe abattu à la frontière turco-syrienne, mais, après des mois d’invectives, Moscou a accepté avec une rapidité inattendue les regrets exprimés par Ankara.

Après avoir levé les sanctions dans le secteur touristique, crucial pour la Turquie très affectée par la désertion des Russes, Moscou et Ankara ont réanimé mardi le projet de gazoduc TurkStream, même s’il sera limité au marché turc et non destiné pour l’instant au marché européen faute des garanties voulues par Vladimir Poutine de Bruxelles.

>> Lire : Moscou et Athènes discutent du gazoduc Turkish Stream

TurkStream sera réalisé le plus vite possible, a assuré Recep Tayyip Erdoğan, tandis que le chantier de la centrale nucléaire d’Akkuyu, de conception russe, aura désormais un « caractère stratégique ».

Lors d’une rencontre avec des acteurs du monde économique, le président russe a cependant insisté que le rétablissement des relations commerciales se ferait par étape.

Aucun contrat ferme n’a été signé mardi et l’embargo russe imposé sur certains fruits et légumes turcs reste en place bien qu’une possible levée d’ici à la fin de l’année ait été évoquée par des responsables russes. Le ministre de l’Économie, Alexeï Oulioukaïev, a prévenu que rétablir le niveau des échanges commerciaux pourrait prendre jusqu’à deux ans.

Sur l’épineux dossier syrien, les deux dirigeants ont décidé de rester discret en public. Moscou reste un allié du régime du président syrien Bachar al-Assad, alors que le chef de l’État turc insiste toujours sur son départ du pouvoir.

« Nos points de vue sur le problème syrien ne coïncident toujours pas […], mais nous avons un objectif commun, celui de régler la crise syrienne […]. Et nous allons chercher une solution commune acceptable pour tout le monde », a expliqué le président russe.

>> Lire aussi : Poutine et Theresa May se rencontreront «dans un avenir proche»