Tusk incite le Monténégro à ne pas renier ses aspirations européennes

Duško Marković et Donald Tusk. [European Council]

Le président du Conseil européen dénonce les « rhétoriques nationalistes » dans les Balkans occidentaux. Une problématique qui pourrait tenter des pays comme le Monténégro de s’écarter de la voie euro-atlantique.

Le 26 janvier, Donald Tusk a rencontré le Premier ministre monténégrin, Duško Marković, à Bruxelles. Ce dernier a pris son poste tout récemment, après des élections compliquées par des allégations de coup d’État.

Une cyberattaque d’ampleur a en effet paralysé les sites des médias et des partis politiques durant l’élection. Les autorités ont également suspendu les services de messagerie instantanée le jour de l’élection, assurant que des opérations de « marketing direct » illégales – les campagnes des partis d’opposition‑ étaient en cours.

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Le scrutin a été présenté comme une occasion pour les Monténégrins de soutenir l’attitude pro-UE et pro-OTAN du parti de l’ancien Premier ministre, Milo Djukanović, plutôt que les alliés traditionnels que sont la Serbie et la Russie. Le parti l’a emporté, mais sans majorité parlementaire.

Tous les partis d’opposition ont réagi aux irrégularités entourant les élections et ont donc décidé d’un boycott collectif de toutes les séances parlementaires. Près de la moitié des 81 députés ne participent pas aux activités du parlement et demandent de nouvelles élections au plus tard en 2018, date des prochaines élections présidentielles.

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Donald Tusk a déclaré que Duško Marković l’avait informé de la situation politique et économique du pays. « J’ai encouragé le Premier ministre à entretenir un dialogue étroit avec l’opposition, dans l’intérêt de tout le pays, et de clarifier certaines questions toujours ouvertes sur cette prétendue tentative de coup d’État », a-t-il ajouté.

Il a complimenté Podgorica sur ses progrès. Le Monténégro devrait être le prochain pays à intégrer l’UE. Les négociations d’adhésion ont commencé en juin 2012, et 26 chapitres ont à ce jour été ouverts : aucun autre pays candidat n’a été aussi loin, même si l’épisode des dernières élections n’augure rien de bon.

Les chapitres les plus importants sont les 23 et 24, qui se penchent respectivement sur le système judiciaire et les droits fondamentaux, et sur la justice, la liberté et la sécurité. Le Monténégro a un passé teinté de corruption. Et certaines organisations criminelles seraient proches de l’ancien Premier ministre.

Le président du Conseil européen a encouragé son successeur à « redoubler d’efforts pour que les réformes récentes sur l’État de droit, la lutte contre la corruption et le crime organisé bénéficient à tous ».

« C’est un élément important sur lequel nos États membres et les citoyens monténégrins jugeront le succès de ce gouvernement », a-t-il assuré. « Je sais que votre détermination et votre expérience personnelles vous permettent de réussir dans cette tâche. »

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Si le président du Conseil n’a pas mentionné spécifiquement la Russie, son message le plus important était sans aucun doute le danger géopolitique que Moscou représente dans la région.

« Malheureusement, les rhétoriques nationalistes et le populisme gagnent aujourd’hui du terrain en Europe, notamment dans les Balkans occidentaux. Les ennemis du libéralisme méprisent nos libertés et le libre-échange, ils promeuvent l’égoïsme national, la violence et négligent les droits de leurs pairs et voisins. Ils vous séparent de votre avenir euro-atlantique en parlant d’alternatives à l’Europe », a regretté Donald Tusk.

Avant les élections, Milo Djukanović avait accusé la Russie de financer l’opposition pour empêcher l’adhésion du pays à l’OTAN.

Un accord d’accession à l’OTAN a été signé par Podgorica en mai dernier, mais sa ratification n’a pas encore été finalisée. Le parlement monténégrin doit approuver cet accord, ce qui ne peut se faire tant que l’opposition refuse de se présenter. En outre, certains pays, comme les États-Unis, ne l’ont pas encore ratifié.

« Il  n’y a pas de meilleure alternative que l’Union européenne et tout ce qu’elle représente pour les Balkans occidentaux. Nous le savons d’expérience : l’Union européenne a le potentiel d’unir les pays et les peuples de la région, de tourner la page de la haine du passé au profit d’un avenir commun et d’apporter stabilité et réconciliation », a poursuivi le président du Conseil.

Le Premier ministre monténégrin a pour sa part remercié l’Europe de continuer à soutenir le pays, « malgré les difficultés qu’il affronte ». Il a indiqué que les élections du mois d’octobre étaient « les mieux organisées » de l’histoire du pays et confirmaient l’orientation euro-atlantique du pays. Il a également souligné que les doutes entourant la légitimité des élections étaient infondés et assuré être ouvert au dialogue avec l’opposition.

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