Les tensions entre Serbie et Kosovo préoccupent l’ONU

Zahir Tanin [United Nations]

Zahir Tanin, qui dirige la mission de l’ONU au Kosovo, a souligné les tensions croissantes au Kosovo et la dégradation de la confiance entre Belgrade et Pristina, lors d’une session du Conseil de sécurité. Un article d’Euractiv Serbie.

Le chef de la MINUK, la mission de l’ONU au Kosovo, a alerté les États sur la dégradation de la situation politique au Kosovo lors d’une session du Conseil de sécurité de l’ONU, le 16 mai. Suite à son intervention, les représentants de la Serbie et du Kosovo se sont mutuellement accusés d’être responsable du manque de progrès dans les relations entre les deux parties.

Selon Zahir Tanin, les élections fréquentes au Kosovo et en Serbie entravent la normalisation des relations. Les discussions sont en effet à l’arrêt. Pourtant, le dialogue entre Belgrade et Pristina est crucial pour la stabilisation de la région, souligne le diplomate, qui condamne le retour à des rhétoriques nationalistes et intolérantes.

Dans le rapport de la MINUK, qui couvre la période du 16 janvier au 15 avril Antonio Guterres, le secrétaire-général de l’ONU, s’inquiète des obstacles ralentissant les négociations et la mise en place des accords déjà obtenus.

La possible union de l’Albanie et du Kosovo irrite la Serbie

L’idée d’unifier l’Albanie et le Kosovo pour redynamiser un processus d’adhésion à l’UE trop lent au goût des pays des Balkans a suscité un tollé parmi les responsables politiques serbes. Un article d’Euractiv Serbie

Selon lui, le dialogue facilité par l’UE est « le meilleur mécanisme disponible pour une résolution pacifique des différends qui bénéficie aux deux parties », mais il regrette que la concrétisation des accords soit « extrêmement lente ».

Le dialogue est en effet à l’arrêt depuis plusieurs mois, à cause des tensions créées par différents événements, notamment l’arrestation de Ramush Haradinaj, ancien dirigeant de l’Armée de libération du Kosovo. Cette arrestation a eu lieu en France, en janvier, sur la base d’un mandat serbe pour crimes de guerres commis durant le conflit de 1999. En avril, un tribunal français a cependant refusé la demande d’extradition de Belgrade.

Depuis, les tentatives de restauration des négociations ont échouées. Sous l’impulsion de Bruxelles, des délégations politiques de haut niveau se sont rencontrées au début de l’année, sans pour autant parvenir à une progression de la situation.

La stagnation des discussions est également due à la politique interne. Des élections présidentielles ont eu lieu en Serbie le 2 avril, alors que le gouvernement kosovar est tombé en mai et que des élections anticipées sont prévues pour le 11 juin.

L’UE espère donc que Belgrade et Pristina reprendront leur dialogue de manière constructive. Cette reprise ne devrait cependant pas avoir lieu avant les élections et la création d’un nouveau cabinet au Kosovo.

De toutes les questions ouvertes, seule la querelle concernant le pont sur la rivière Ibar a été résolue. Le pont connecte à nouveau le nord (peuplé par une ethnie serbe) au sud (ethnie albanaise) de la ville de Kosovska Mitrovica.

Le Kosovo revendique des droits de propriété et attise les tensions avec la Serbie

Le Kosovo a décidé de prendre possession des propriétés de l’Ex-Yougoslavie, ajoutant de la pression à une relation déjà tendue avec la Serbie. Un article d’Euractiv Serbie.

Belgrade s’est également offusquée d’une série de déclarations du Premier ministre albanais, Edi Rama, sur une alliance potentielle entre le Kosovo et l’Albanie en cas d’échec du processus d’intégration européenne. La Serbie accuse donc les hommes politiques d’ethnie albanaise de la région – au Kosovo et en Albanie, mais aussi en Macédoine et dans le sud de la Serbie – de ne pas avoir renoncé à l’idée d’une « Grande Albanie ».

Certaines déclarations de William Walker, ancien chef américain de la mission de vérification de l’OCSE au Kosovo durant la guerre de 1999, sur la diaspora albanaise ont récemment jeté de l’huile sur le feu. La Serbie compte porter plainte à l’ONU

Les rapports de l’ancien diplomate, considéré aujourd’hui comme un lobbyiste pour l’Albanie, sur les crimes commis par des Serbes dans le village de Racak, au Kosovo, ont justifié les bombardements de l’ONU dans ce qui était alors la République yougoslave.

Accusations mutuelles

Nela Kuburović, la ministre serbe de la Justice, participait à la réunion du Conseil de sécurité. Elle assure que Pristina s’est servi des négociations et de la normalisation des relations comme d’un moyen de faire du chantage à Belgrade et ses partenaires européens. Elle critique également la décision de la France de ne pas extrader Ramush Haradinaj.

Pour elle, tout ce qui se passe au Kosovo a commencé avec « les mensonges de personnes comme William Walker, qui ne cache même pas son ambition de créer une « Grande Albanie ».

« William Walker, qui dirigeait la mission de vérification de l’OCSE au Kosovo et était donc obligé d’agir de manière objective, sans parti-pris, a abusé de son mandat et de la mission de l’OCSE pour atteindre des objectifs aujourd’hui révélé au grand jour : la formation d’un Kosovo indépendant et d’une ‘Grande Albanie’ », a-t-elle assuré.

Vlora Citaku, l’ambassadrice du Kosovo aux États-Unis, a réagi en déclarant que Belgrade utilisait son dialogue avec Pristina de la même manière qu’elle avait utilisé Interpol dans l’arrestation de Ramush Haradinaj, de manière abusive. Elle martèle que les accusations liées à la création d’une « Grande Albanie » sont faux et que le seul but des Albanais étaient de rejoindre l’UE.

« La Serbie n’a jamais assumé la responsabilité de ses crimes, pourtant prouvés. La Grande Albanie n’existe pas, par contre. Ce qui existe, ce sont des Albanais qui vivent au Kosovo, en Macédoine, au Monténégro et, bien sûr, en Albanie et qui veulent devenir membres de l’Union européenne », a-t-elle poursuivi.

Le Kosovo est un État indépendant, martèle l’ambassadrice, pour qui la Serbie et le Kosovo ne pourront se réconcilier que quand Belgrade aura reconnu ses tentatives de nettoyage ethnique.

Belgrade et Pristina s’accordent cependant sur un point : leur volonté de réduire le rôle de la MINUK au Kosovo. La Russie, alliée traditionnelle de Belgrade, estime toutefois que le Kosovo doit être soumis à davantage de supervision.

Le lendemain de la réunion onusienne, Milovan Drecun, président de la commission parlementaire serbe sur le Kosovo, a assuré que les discours des représentants de la MINUK annonçaient le début d’une campagne pour retrait de la mission et une tentative de retirer le problème du Kosovo d’entre les mains de l’ONU.

Une tendance qui inquiète certains observateurs, dont Matthew Rycroft, représentant permanent du Royaume-Uni à l’ONU.

Contexte

Le Kosovo a fait sécession de la Serbie le 17 février 2008, soit neuf ans après la fin de la guerre de 1998-1999 entre les forces de sécurité de Belgrade et la guérilla de l’ethnie albanaise. Le Kosovo a ensuite été placé sous un protectorat international assuré par les soldats de maintien de la paix de l’OTAN.

Une fois l’indépendance déclarée, cette république de deux millions d'habitants (dont 90 % sont d'ethnie albanaise) a mis en place de nombreux éléments essentiels à l'existence d'un État, dont une nouvelle constitution, une armée, un drapeau, un hymne national, des passeports, des cartes d’identité et une agence de renseignement. Toutefois, la partie nord du Kosovo (région de Mitrovica), peuplée par des Serbes, n’est pas sous le contrôle de Priština.

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La plupart des pays européens, à l’exception de l’Espagne, de la Grèce, de la Roumanie, de Chypre et de la Slovaquie, ont reconnu l’indépendance du Kosovo. Par ailleurs, sur tous les membres de l’ONU, 110 pays ont reconnu le Kosovo.

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En décembre 2008, l'UE a décidé de mettre en place EULEX Kosovo, une mission « État de droit » au Kosovo, afin de prendre la relève de la gestion de l'après-crise sur ce territoire du continent européen. Le but de la mission est d'aider et de soutenir les autorités kosovares dans l'établissement d'un État de droit, notamment en ce qui concerne la police, le système judiciaire et les douanes.

La mission EULEX est la plus grande mission civile jamais lancée par l’UE. Constituée de 3 000 membres, l’opération peut se saisir d’affaires que la police et la justice locales ne peuvent pas gérer.

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