EurActiv.fr

Actualités & débats européens dans votre langue

06/12/2016

Les pays de Visegrad s’opposent à la réforme de la politique d’asile

L'Europe dans le monde

Les pays de Visegrad s’opposent à la réforme de la politique d’asile

Les Premiers ministres hongrois, polonais, slovaque et tchèque, lors du sommet de Visegrád à Prague.

[Czech Republic]

Les quatre pays du groupe de Visegrad – République tchèque, Pologne, Slovaquie, Hongrie – ne veulent pas de la nouvelle politique d’asile proposée par la Commission. Un article du réseau EurActiv.

Le 4 mai, la Commission a proposé une nouvelle politique d’asile pour remplacer le défunt système de Dublin. Les États membres devront désormais payer une amende de 250 000 € pour chaque réfugié refusé dans le cadre du mécanisme de l’UE. Ainsi, refuser une famille de quatre personnes leur couterait 1 million d’euros.

Les quatre pays soutiennent que les demandeurs d’asile ne sont pas intéressés par des séjours de longue durée dans les pays d’Europe centrale et orientale, et chercheront donc à déménager dans des États membres plus riches comme l’Allemagne.

En décembre dernier, la Hongrie et la Slovaquie ont contesté le système de quotas devant la Cour de justice et Budapest espère aussi organiser un référendum à ce sujet plus tard dans l’année, car elle estime que le système viole sa souveraineté nationale.

>> Lire : Le groupe de Visegrád rejette les quotas de migrants

Slovaquie : de nombreux pays s’opposeront à la proposition

La Slovaquie ne soutiendra pas la proposition de la Commission européenne sur les changements du système d’asile européen, selon le ministre de l’Intérieur, Robert Kaliňák. Lequel qualifie la proposition de « retour neuf mois en arrière dans la discussion », et assuré qu’elle ne respectait pas la réalité.

« Nous n’allons pas la soutenir, mais nous faisons un effort pour que le nombre de pays cherchant une solution raisonnable soit aussi élevé que possible », a indiqué le ministre, qui présidera bientôt le Conseil « Justice et affaires intérieures ». La Slovaquie prendra la présidence tournante du Conseil européen en juillet.

Robert Kaliňák ne pense pas que la proposition recevra le soutien d’autres pays.

Le ministre des Affaires étrangères, Miroslav Lajčák, a également faire part de son scepticisme, notamment vis-à-vis de l’amende de 250 000 euros pour chaque migrant refusé.

« Mettre un prix sur chaque migrant est une question de limites éthiques et autres dont je ne parlerai pas. J’ai vraiment du mal à comprendre cela », a commenté Miroslav Lajčák, cité par l’agence de presse TASR.

Il a néanmoins essayé de calmer le jeu, ajoutant qu’il ne fallait pas dramatiser la situation puisque le document de la Commission européenne n’était « qu’une proposition ». « Nous savons quelle est l’ambiance entre les États membres », a-t-il poursuivi.

Ivan Korčok, représentant permanent de la Slovaquie auprès de l’UE, a émis des réserves sur le timing de la réforme, puisque la gestion des frontières externes n’est toujours pas « sous contrôle ».

>> Lire : Les pays de Visegrád veulent revoir les frontières de l’UE

Le représentant craint aussi de ne pas avoir suffisamment d’outils pour améliorer l’efficacité des politiques de retour. « Il est illusoire de penser qu’une réforme de la politique d’asile peut s’appuyer essentiellement sur le principe de solidarité », a-t-il déclaré.

Les partis d’opposition slovaques sont encore plus critiques que le gouvernement. « Au lieu de travailler sur une vraie protection de l’espace Schengen, la seule idée proposée par la Commission est de répartir les réfugiés à travers l’Europe, mesure à laquelle s’oppose la Slovaquie depuis longtemps déjà », a soutenu le leader de l’opposition, l’eurodéputé Richard Sulík, dont le parti libéral se nomme – comble de l’ironie – «  Liberté et Solidarité ».

« La Commission ignore incessamment la volonté des citoyens et c’est ainsi que nous devons voir la nouvelle mesure », a-t-il insisté.

République tchèque : C’est une punition envers ceux qui s’opposent aux quotas obligatoires

La République tchèque rejette aussi toute proposition de sanctions pour les États qui ne sont pas d’accord avec les quotas.

« Tout pays est responsable de la protection de ses frontières et de la poursuite des procédures d’asile. Les systèmes d’asile actuels de l’UE et l’espace Schengen s’appuient sur ces principes de base. Il est donc indispensable de conserver ces principes », a déclaré le Premier ministre, Bohuslav Sobotka.

Un jour avant la publication de la proposition, le ministre de l’Intérieur, Milan Chovanec a souligné que les quotas n’étaient pas une solution systémique.

« Une amende de 7 millions de couronnes tchèques pour chaque réfugié est un moyen de punir les nations assumant leur responsabilité d’État et protégeant leurs citoyens. Les pays européens rejetteront ces changements s’ils n’ont pas encore totalement perdu leur instinct de d’autoprotection

Hongrie : Un coup de poing dans le ventre

En Hongrie, le Premier ministre Viktor Orbán, a déclaré que la proposition d’amende de 250 000 euros de la Commission européenne pour chaque migrant [refusé] était un « coup de poing dans le ventre ». Selon lui, cela signifie que la Hongrie devrait payer un demi-milliard d’euros.

Répétant sa position contre les politiques européennes vis-à-vis des réfugiés, le Premier ministre a déclaré qu’il fallait avant tout protéger les frontières et mettre en place des camps de réfugiés en dehors de l’UE.

En Pologne, Jarosław Kaczyński, chef de file du parti Droit et Justice (PIS) au pouvoir, a assuré que son pays n’accueillerait pas plus de réfugiés et refusait de payer une amende.

>> Lire : Les pays de Visegrad envisagent d’envoyer des gardes-frontières en Hongrie

Selon deux décisions du Conseil (du 22 juillet 2015 et du 22 septembre 2015), les pays de Visegrad devraient accueillir des réfugiés arrivés en Italie ou en Grèce. La Slovaquie devrait en accueillir 712, la République tchèque 2 315, la Hongrie 988 et la Pologne 5 969. Si la Pologne par exemple refuse d’accueillir des réfugiés, le total de son amende pourrait s’élever à près de 1,5 milliard d’euros.

Jarosław Kaczyński a assuré vouloir protéger son pays de tout attentat terroriste en ne laissant pas entrer les réfugiés.

« Suite aux récents événements liés à des attentats terroristes, nous n’accepterons pas de réfugiés parce qu’aucun mécanisme n’assure notre sécurité. C’est la position du Premier ministre et de tout le PIS », a assuré le chef de file du PIS.

Pologne : Les migrants et la menace du terrorisme

En effet, la proposition de la Commission n’a pas été bien accueillie du tout à Varsovie.

Le gouvernement a critiqué l’idée puisqu’il a toujours été opposé à toute solution obligatoire proposée par Bruxelles. Lors d’une interview avec la radio polonaise, Elżbieta Witek, chef de cabinet de la Première ministre Beata Szydło, a insisté sur le fait que la Pologne voulait « aider les réfugiés, mais selon nos termes ».

Le vice-président du Parlement européen et membre du parti au pouvoir Droit et Justice, Ryszard Czarnecki, s’est montré encore plus critique. Sur un site conservateur chrétien appelé « Fronda », il a qualifié la proposition de « signe de dégénérescence » puisqu’elle met une valeur à l’être humain et est une tentative d’extorquer de l’argent aux États membres.

Le ministre polonais des Affaires étrangères, Witold Waszczykowski, s’est quant à lui demandé si la proposition de la Commission était sérieuse, car elle ressemblait à « un poisson d’avril »

En septembre dernier, le système de quotas de la Commission a été approuvé par les ministres de l’Intérieur par un vote à la majorité qualifiée, malgré les objections de la République tchèque, de la Slovaquie, de la Pologne, de la Roumanie et de la Hongrie, qui considéraient que cette décision devait être prise à l’unanimité lors d’un sommet. La Finlande s’était abstenue.