Les États membres doivent coopérer et éviter les doublons en matière de défense

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Le partenariat UE-OTAN est et restera un pilier crucial pour la sécurité en Europe, assure Joseph Daul. [Utenriksdepartementet UD/Flickr]

À une époque d’instabilité croissante, l’UE ne peut se contenter de constater la réduction de son pouvoir militaire, elle doit agir, selon Joseph Daul.

Joseph Daul est le président eu Parti populaire européen (PPE) et élu Les Républicains.

Alors que le monde fait face à de nouveaux défis et à une instabilité croissante, l’Union européenne ne peut rester les bras croisés et observer sans rien faire l’affaiblissement de sa position militaire dans le monde. Après les États-Unis, l’UE est le deuxième plus grand budget de dépenses militaires, mais le faible niveau de coopération rend ces dépenses inefficaces. Avoir des doublons en recherche et en équipement militaire n’est pas une bonne utilisation de nos ressources.  L’UE doit muscler ses efforts communs de sécurité pour rester un acteur mondial. Nous devons allier les outils de la diplomatie aux instruments militaires pour décourager l’agression et protéger les principes, les valeurs et les intérêts européens. Aucun pays ne peut faire face seul aux menaces croissantes au sein de l’Union européenne et en dehors.

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En 2015, le Congrès du PPE a adopté à Madrid un document stratégique « Protéger l’Union et promouvoir nos valeurs ». Le PPE s’est engagé à renforcer notre sécurité et notre défense.  Nous appelons aujourd’hui les États membres à faire preuve de courage et de leadership pour faire véritablement de la sécurité des citoyens européens une priorité.

Cela revêt toute son importance dans un monde en pleine mutation. En 1981, j’ai eu la chance de prendre part à un débat organisé par l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN). Lors d’une des sessions, un jeune économiste français a déclaré que le régime communiste allait faire faillite entre 1989 et 1991. Incrédules, tous les participants, y compris moi-même, avons ri de ce vœu pieux.

Le souvenir de cette anecdote me revient souvent à l’esprit lorsque je pense à ce qui peut changer en une décennie. Ce qui semblait impossible à une époque est arrivé plus vite que nous l’imaginions. La guerre froide est derrière nous, mais l’incertitude et la peur sont revenues. L’agression de la Russie en Ukraine est un rappel douloureux de la menace qui pèse sur l’intégrité territoriale des pays européens.

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Le but de la politique européenne de sécurité et de défense commune (PSDC) est d’offrir aux États les instruments appropriés pour protéger les Européens, de défendre les intérêts de l’UE et veiller sur nos valeurs et principes. Malgré les promesses antérieures, le niveau actuel d’engagement en sécurité et défense s’est développé très lentement, pour dire le moins. Les États membres de l’UE ont jusqu’à présent montré peu d’intérêt à coopérer dans le cadre de la PSDC. Il est temps de placer la barre plus haut, de faire preuve d’une ambition réaliste ainsi que de prendre nos responsabilités pour notre propre défense. Personne ne le fera pour nous.

Nous n’avons pas besoin d’inventer l’eau chaude. L’Union européenne dispose d’un ensemble d’instruments, spécifiés dans le Traité de Lisbonne. Les États membres pourraient tirer pleinement parti de la coopération structurée permanente (CSP). Un groupe d’États membres qui le souhaitent, pourrait renforcer leur coopération, sans accuser ceux qui sont plus les réticents de les retenir. La CSP pourrait transformer la structure existante en structure fonctionnelle avec un engagement juridique de travailler ensemble vers un objectif commun: un bloc européen plus sûr lorsqu’il agit de concert.

Outre la CSP, le PPE appelle depuis longtemps à recourir aux groupements tactiques de l’UE pour répondre rapidement aux crises. 1500 soldats sont prêts être déployés depuis près d’une décennie, mais nous attendons toujours de les voir en action.

Les États membres devraient également faire preuve de volonté politique et créer un forum permanent pour une prise de décisions efficace. L’UE a besoin du Conseil des ministres de la Défense pour une plus grande intégration, un échange d’informations et, surtout, une coordination appropriée. J’ai également appelé à plusieurs reprises à la création d’un quartier général civil et militaire de l’UE, afin de faciliter et rendre plus effectives la planification et la coordination

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Certains craignent qu’une coopération militaire plus poussée de l’UE n’affaiblisse l’OTAN. Le partenariat UE-OTAN est et restera un pilier crucial pour la sécurité en Europe. Mais l’UE doit devenir un partenaire plus fiable pour dissuader de manière efficace nos ennemis communs. Les alliés européens devraient joindre le geste à la parole et prendre beaucoup plus au sérieux leurs engagements de 2% de dépenses militaires.

Un autre fait financier : la Commission européenne a chiffré le niveau actuel de la coopération de défense de l’union et des doublons inutiles. Cela coûte de 25 à 100 milliards d’euros par an. La Commission a proposé en novembre 2016 un nouveau plan européen de défense, avec le Fonds européen de défense, afin de stimuler la coopération et d’arrêter le gaspillage d’argent. Un financement supplémentaire renforcerait l’importance d’une industrie de défense européenne indépendante. Cela facilitera la recherche et le développement dans le secteur de la défense et les PME pourront demander des financements.

Si les États membres investissaient ensemble dans la recherche et l’équipement, ils pourraient révolutionner le monde. Cela pourrait faire toute la différence. La recherche militaire a conduit à plusieurs grandes inventions. Pensez au ruban adhésif, au GPS, à Airbus, même l’Internet. Tous sont désormais utilisés par la population civile. Les États membres de l’UE ont la même capacité de créer des outils innovants qui profiteraient aux générations futures. Mais nous devons cesser de faire les mêmes recherches en double ; nous devons à présent mutualiser les ressources et partager notre expertise.

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La sécurité de l’Europe est imbriquée : sans plus de coopération, elle restera insuffisante et inefficace. Les États membres doivent le reconnaître et prendre immédiatement des mesures pour une meilleure intégration dans le domaine de la défense. L’Union européenne s’est engagée à défendre la sécurité de ses citoyens, l’une de leurs principales préoccupations. L’heure est venue pour une véritable union de sécurité et de défense. Il est temps de remplir cette promesse. Non pas pour faire la guerre, mais pour maintenir la paix.