EurActiv.fr

Actualités & débats européens dans votre langue

30/08/2016

25 ans après la chute du mur, la mémoire des Allemands demeure plurielle

Langues & Culture

25 ans après la chute du mur, la mémoire des Allemands demeure plurielle

Poster « Ostalgie », évoquant la nostalgie des ex Allemands de l'Est, Berlin, 2008. [Ningfeng Zhang/Flickr]

Il y a 25 ans, le mur de Berlin «tombait». Ou était détruit, selon la perception est-allemande. Bien qu’un quart de siècle se soit écoulé, les différences entre l’Ouest et l’Est restent criantes.

Le 9 novembre prochain, l’Allemagne fêtera le 25e anniversaire de la chute du mur de Berlin. Dernièrement, lors d’un sondage mené en Allemagne par Infratest Dimap, seuls 38 % des citoyens allemands ont dit vouloir en savoir plus sur la République démocratique d’Allemagne (RDA). Près de 40 % ont dit ne rien vouloir entendre sur les différences entre l’Ouest et l’Est. Enfin, plus de la moitié de la population allemande (54 %) ne veut rien savoir sur l’histoire de l’Allemagne de l’Est. Ce sondage a été mené pour le compte de la Fondation fédérale pour l’analyse de la dictature du SED.

Les jeunes veulent se souvenir

Seuls les citoyens les plus jeunes semblent faire exception à la règle. Ainsi, quelque 58 % d’entre eux montrerait un intérêt pour l’histoire de la RDA. Parmi les sondés âgés de 14 à 29 ans, une majorité a déclaré vouloir en apprendre plus sur le passé communiste de l’Allemagne de l’Est et des divisions qui subsistent de part et d’autre de l’ancienne frontière.

« Les résultats de l’étude montrent ce que les sondages antérieurs avaient déjà montré et viennent confirmer nos propres observations : même si les jeunes allemands ne semblent pas connaître grand-chose de l’histoire de l’Allemagne divisée et de la seconde dictature, ils présentent un intérêt [pour le sujet] et souhaiteraient en savoir plus », analyse Anna Kaminsky, directrice générale de la Fondation fédérale pour l’analyse de la dictature du SED (Bundesstiftung zur Aufarbeitung der SED-Diktatur).

Un imaginaire collectif partagé

L’étude montre en outre que le 9 novembre 1989 est la date la plus emblématique dans la révolution pacifique allemande. Ainsi, quelque 69 % des sondés d’Allemagne de l’Ouest et d’Est confondues connaissaient la date de l’ouverture du mur, soit la nuit du 10 novembre 1989. Quelque 81 % des Allemands de l’Est avaient connaissance de cette date.

Les raisons les plus importantes à l’origine de l’effondrement de la RDA citées par les citoyens de l’Est et de l’Ouest sont globalement les mêmes. La première réponse qui sort est celle des politiques de réforme menée par Mikhaïl Gorbatchev (33 % des sondés), suivi par les mauvaises performances économiques de la RDA (22 % des sondés). La troisième cause avancée par les Allemands est celle de la vague de citoyens en provenance de la RDA fuyant l’état communiste (16 % des sondés).

Le mouvement d’opposition en Allemagne de l’Est (10 % des sondés) et les politiques occidentales de l’époque (11 % des sondés) sont comparativement rarement cités par les citoyens allemands.  

« Sans Mikhaïl Gorbatchev, le mouvement d’opposition en RDA aurait été certainement tenu en échec », considère Rainer Eppelmann, président de Fondation fédéral pour l’analyse de la dictature du SED. Mais il est également clair, poursuit-il, que le mur n’est pas tombé parce que subitement les dirigeants de la RDA ont ouvert les yeux. La pression exercée par les citoyens dans les églises et dans les rues ont permis l’ouverture des frontières par la force. Sans eux, il n’y aurait jamais eu de 9 novembre comme nous l’avons connu », commente-t-il.

Simple «tournant » ou « révolution pacifique » ?

Les résultats du sondage mettent en exergue les différences de perception qui existent quant aux évènements qui se sont succédés durant l’automne de 1989 parmi les citoyens de la République fédérale. La majorité des sondés en Allemagne de l’Ouest parle d’un « tournant » (43 % des répondants), c’est-à-dire d’un « changement », d’un « virage » dans l’histoire de l’Allemagne. Tandis que ceux des régions est-allemandes préfèrent parler de « révolution pacifique » (41 % des cas).

Pour Lothar de Maizière, ancien président du conseil des ministres de RDA, la réunification était définitivement un « tournant » avant d’être une « révolution ». « C’est par ailleurs les mots utilisés [Egon] Krenz le soir du 18 octobre lors du retrait d’[Erich] Honecker: maintenant, le temps du changement est venu », a rappelé Lothar de Maizière à la Deutschlandfunk Radio le 2 novembre dernier. « Mais en disant cela, il parlait [d’un changement] au sein du même du système, non d’un dépassement du système lui-même » précise ce dernier.

Selon le point de vue de l’ancien ministre président de la RDA, il est faux de parler de « chute du mur ». « Le mur n’est pas tombé. Le mur a été détruit. Il a été démoli par les manifestants : à Leipzig, à Plauen, à Berlin le 4 novembre [1989] » rappelle-t-il.

Mais les différences ne tiennent pas seulement dans les discours tenus des citoyens.

Des données publiées par le journal en ligne allemand, Zeit Online, illustrent clairement combien les différences entre l’Est et l’Ouest sont encore visibles sur le plan des analyses statistiques. Les indicateurs comme le revenu, la taille des exploitations agricoles, le nombre de propriétaires d’armes à feu, le nombre de voitures pour 10 000 habitants, ou encore le nombre de fois où le prénom « Ronny », prénom occidental à la mode en ex-RDA,  apparait sur Facebook prouvent l’existence de fortes différences. 

Un processus lent

Eberhard Diepgen de l’Union chrétienne-démocrate (parti allemand de centre droit) a été maire de Berlin de 1984 à 1989. Eberhard Diepgen a remporté les premières élections organisées au sein de la capitale unifiée en 1991 à la tête d’une grande coalition avec le parti social-démocrate (SPD) et a contribué au processus de réunification de la capitale allemande.

La semaine dernière, 25 ans après la chute du mur, l’ancien maire a déclaré à Berlin que la réunification ne pouvait pas être achevée rapidement, point de vue que nombre d’autres observateurs partagent.

« Il s’agit d’un processus naturel qui nécessite du temps, selon lui. « Les habitants qui se considèrent comme les perdants du ‘tournant’ existent encore. Il faudra au moins deux générations afin de dépasser [les rancœurs] » a-t-il prédit.

Le 7 novembre marque le début d’une célébration de trois jours à Berlin. Jusqu’au 9 novembre, près de 8 000 ballons lumineux blancs suivront l’ancien tracé du mur.

Ce mur « lumineux » long de 15 kilomètres a pour objet de redonner les dimensions du mur disparu et aussi de faire allusion aux bougies, symboles de la révolution pacifique et de la non-violence. 

Contexte

Alors qu'une vague révolutionnaire traversait les pays du bloc de l'est, le 9 novembre 1989 un représentant du gouvernement de la RDA a annoncé  après un cafouillage que tous les citoyens de l'Allemagne de l'Est pouvaient se rendre dans Berlin-Ouest et l'Allemagne de l'Ouest. Des dizaines de milliers d'Allemands de l'Est ont alors afflué vers le passage frontalier. Les gardes-frontières est-allemands ne se sont pas opposés.

Dans une ambiance de grande fête, des foules se sont amassées sur le mur, l'ont traversé, et ont été bientôt rejointes par les Allemands de l'Ouest. Dans les semaines qui suivirent, des pans entiers du mur ont été mis à terre. La chute du mur de Berlin ouvrait la voie vers la réunification de l'Allemagne, qui a été scellée officiellement le 3 octobre 1990.