Les institutions de l’UE élargissent les recrutements aux langues latines

Les langues de recrutement se diversifient à l'UE. [European Union]

Les candidats au concours d’entrée des institutions européennes pourront à l’avenir passer les épreuves en italien et espagnol, en sus de l’allemand de l’anglais et du français.

L’Office de sélection du personnel de l’UE (EPSO) a adopté une nouvelle stratégie de recrutement après avoir suspendu les procédures pendant un an en 2016, suite à une dispute juridique avec les gouvernements espagnol et italien.

En septembre 2015, le Tribunal de l’UE a donné raison à Rome et Madrid, qui jugeaient le recrutement européen discriminatoire, étant donné l’obligation pour les candidats de passer les concours en allemand, en anglais ou en français.

La discrimination linguistique demeure un véritable fléau en UE

Des appels à l’élaboration d’un texte législatif ou même à la nomination d’un commissaire chargé des langues retentissent à travers l’Europe pour combattre les cas de plus en plus nombreux de discrimination.

Le tribunal a également annulé les résultats de trois séries de concours lancées en 2012 et 2013 et offerts uniquement dans les trois langues de travail de l’UE.

L’EPSO a réagi en annulant tous les concours généraux AD5 prévus et n’a mené que des initiatives spécifiques prévues pour répondre à des besoins urgents, comme dans les secteurs de la traduction et de la comptabilité. Le concours AD5 est celui par lequel commence la plupart du personnel des institutions.

Nouvel appel à candidature

À la fin mars, l’Office de sélection a cependant publié un nouvel appel à candidatures, en étendant le choix de langues possible, sous certaines conditions. Le processus de recrutement est divisé en deux parties. La première consiste en une série de tests informatisés qui évalue le raisonnement numérique et verbal des candidats, ainsi que leurs capacités de résolution de problèmes. La deuxième partie est une journée d’évaluation durant laquelle les candidats doivent notamment démontrer leur capacité à travailler en équipe.

La première partie de l’évaluation peut être complétée dans l’une des 24 langues officielles européennes, mais la deuxième ne pouvait jusqu’ici être réalisée que dans une des trois langues de travail. Cela change dès à présent, puisqu’elle se déroulera dans une des cinq langues les plus demandées par les candidats passant le concours.

Le turc deviendra-t-il un jour une langue officielle de l'UE?

Au début de l’année 2016, Chypre a demandé à l’UE de reconnaître le turc comme langue officielle de l’Union, afin d’encourager le processus de réunification de l’île. Près d’un an plus tard, cette demande n’a toujours pas été traitée.

Cette stratégie représente un risque pour les candidats, qui devront choisir les langues souhaitées lors de leur candidature. Ils n’auront plus ensuite qu’à espérer qu’un nombre assez élevé d’autres candidats auront choisi la même langue. S’ils n’ont choisi aucune des cinq langues les plus populaires, ils seront disqualifiés.

Étant donné leur place dans l’UE et dans les concours précédents, l’anglais et le français devraient se qualifier d’office. Les trois places restantes pourraient être occupées par l’allemand, l’espagnol et l’italien. Le classement ne sera cependant pas publié par l’EPSO avant le début de la procédure.

Ce n’est pas la première fois que la politique linguistique du service de recrutement est critiquée. L’EPSO a en effet été accusé de fermer les yeux sur les traités européens, qui garantissent l’égalité des 24 langues officielles de l’union.

Plaintes de l’Espagne et de l’Italie

En 2007, l’Espagne et l’Italie s’étaient déjà plaintes du fait que les annonces d’emploi n’étaient publiées que dans les trois langues de travail. Le tribunal européen avait déjà donné raison aux plaignantes, et les annonces sont à présent publiées en 24 langues dans le journal officiel.

La restriction de la deuxième partie de l’évaluation des candidats à trois langues est également régulièrement critiquée. L’EPSO s’est défendu en faisant remarquer qu’au vu des difficultés logistiques et du coût de l’organisation, il était impossible  de planifier cette journée en plusieurs, voire 24 langues.

L’autre argument en défense d’un concours standardisé est évidemment que les nouvelles recrues sont immédiatement en mesure de converser et de travailler avec leurs collègues. Pour les candidats n’ayant pas une connaissance de l’anglais, du français ou, dans une moindre mesure, de l’allemand, la communication serait problématique.

Les spéculations selon lesquelles l’anglais pourrait perdre son statut de langue officielle de l’UE après le Brexit ne semblent pas avoir influencé la décision de l’EPSO. Ce qui est moins clair, c’est l’impact de la sortie de l’Europe sur les perspectives d’embauche des Britanniques.

L’anglais restera bel et bien une langue officielle de l’UE

L’anglais est une langue relais pour les interprètes, qui l’utilisent comme pont entre deux langues moins fréquemment parlées, comme par exemple le hongrois et le gaélique. [IAEA/Flickr]

Dans son avis de concours officiel, l’office du personnel précise que les candidats doivent « jouir de [leurs] droits civiques en tant que citoyen d’un État membre de l’Union européenne ». Le recrutement prend un certain temps, et les citoyens britanniques participants au concours de cette année pourraient rester sur les listes de réserve jusqu’en mars 2019, date prévue pour la sortie du Royaume-Uni de l’UE.