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29/06/2016

Juncker déclare son amour du français

Langues & Culture

Juncker déclare son amour du français

Avec son humour habituel, Jean-Claude Juncker a révélé l’arme secrète des Luxembourgeois lors du lancement du Club de la presse francophone, à Bruxelles : ils parlent le français ET l’allemand.

Le président de la Commission européenne assistait à l’inauguration du club de la presse francophone le 11 février.

« J’étais, et je suis toujours très surpris de voir les chefs d’État et de gouvernement français et allemands s’entretenir dans un anglais approximatif. Nous n’avons jamais eu la chance d’avoir un président de la République française qui parlait l’allemand, ni un chancelier ou une chancelière allemande parlant le français, ce qui donnait toujours au Premier ministre luxembourgeois une valeur ajoutée », assure cet ardent défenseur du multilinguisme.

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Depuis le premier mandat de Jean-Claude Juncker en tant que Premier ministre luxembourgeois, en 1995, la présidence française a été occupée par François Mitterrand, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande. En Allemagne, Helmut Kohl, Gerhard Schröder et Angela Merkel ont été chanceliers.

Les dialogues entre les dirigeants français et allemands sont donc souvent «incompréhensibles», selon Jean-Claude Juncker, qui tente généralement de « mettre de l’ordre » dans la communication entre les deux États, souvent qualifiée de « moteur de l’Europe ».

« Les Luxembourgeois savent qu’ils sont les seuls à parler leur langue. Comme nous savions que les Français et les Allemands se refusaient, tout comme les Belges d’ailleurs, à parler notre langue, nous avons décidé il y a longtemps déjà d’apprendre et de parler les langues des autres pour nous faire comprendre », a poursuivi le président de la Commission.

Le luxembourgeois n’est pas reconnu comme langue officielle de l’UE, parce qu’aucune demande de reconnaissance n’a été faite à ce jour.

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Jean-Claude Juncker souligne par ailleurs que s’il met un point d’honneur à accueillir les chefs d’Etat et de gouvernement de l’organisation internationale de la francophonie (OIF) en français, ceux-ci ne parlent que rarement la langue de Molière.

En Europe, les pays membre de l’OIF sont l’Albanie, l’Andorre, l’Arménie, la Belgique, la Bulgarie, Chypre, la France, la Grèce, le Luxembourg, la Macédoine, la Moldavie, Monaco, la Roumanie et la Suisse. L’usage du français n’est cependant pas très répandu parmi les chefs d’État et de gouvernement de ces pays.

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Jean-Claude Juncker a tenu à corriger Michaëlle Jean, présidente de l’OIF, qui a regretté que le français disparaisse des salles de presse européennes.

« Nous avons au contraire donné instruction à nos porte-paroles de s’exprimer également en français. Le fait est que peu de journalistes parlent français et nous avons la politesse de répondre dans la langue de ceux qui nous pose des questions », indique-t-il, ajoutant que s’il utilise systématiquement les trois langues dans ses discours officiels, le français est toujours prédominant.

Le président n’a pas résisté à un jeu de mot, assurant que si son allemand était souvent qualifié de « presque parfait », son « français [était] plus-que-parfait ».

« La langue est un instrument de cœur qui permet de comprendre le paysage, d’avoir une idée sur les hommes qui occupent un territoire, parce que les langues caractérisent et différencient les territoires, et ouvrent la voie vers la culture générale du pays. La langue permet de tout comprendre, si on veut comprendre », explique-t-il. « Même si on change l’orthographe de temps à autre. »

Il a promis d’étudier les 26 000 mots dont l’orthographe vient de changer, même s’il n’est pas convaincu que beaucoup d’autres dirigeants suivront cet exemple. « Nous verrons à l’autopsie, je ferai d’ailleurs une dictée au Conseil européen pour voir si la réforme est réussie », plaisante-t-il.

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