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25/07/2016

La présidence italienne fait l’impasse sur le français

Langues & Culture

La présidence italienne fait l’impasse sur le français

Le Premier ministre italien Matteo Renzi à Bruxelles mars 2014. [Palazzo Chigi/Flickr]

La présidence tournante italienne va restreindre les versions de son site internet officiel à l’anglais et l’italien. L’allemand et le français passent à la trappe.

Austérité oblige, l’Italie, qui doit prendre les rênes de la Presidence Tournante du Conseil de l’UE à partir du 1er juillet, a décidé de faire l’impasse sur la traduction en français et en allemand de son site officiel.

Le site de la présidence italienne, qui doit être mis en ligne dans les jours à venir, existera seulement en version italienne et anglaise. Il n’y aura donc ni version française, allemande, ou dans toute autre langue de l’UE.

Ce choix avait déjà été acté par le gouvernement d’Enrico Letta, avant d’être approuvé par son successeur, le gouvernement de Matteo Renzi, le Premier Ministre italien qui sera au manettes de l’UE dans un peu moins d’un mois. 

>>Lire l’article d’EurActiv Italie : Présidence: un site internet seulement en italien et en anglais

Fruit de restrictions budgétaires, cette décision reflète également le poids croissant de l’anglais dans les communications communautaires, en comparaison des deux autres langues de travail du Conseil et de la Commission européenne– le français et l’allemand – et a fortiori en comparaison de toutes les autres langues officielles de l’UE.

Tradition multilingue

Depuis 2007, l’ensemble des présidences tournantes de l’UE a mis un point d’honneur à produire des sites multilingues, comprenant systématiquement des traductions en allemand, français, anglais et en langue nationale.

Si l’Union européenne compte 24 langues officielles, au sein de la Commission européenne, l’anglais, le français et l’allemand sont utilisés comme langues de travail.
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Lors de sa présidence tournante en 2008, la France avait fait du zèle en ajoutant le polonais, l’espagnol et … l’italien aux langues disponibles sur son site internet. Autre présidence polyglotte, l’Espagne en 2010 avait également décliné son site internet en catalan, basque et galicien, ses langues régionales officiellement reconnues.

Athènes, qui assure la présidence tournante de l’UE jusqu’à la relève italienne avait également placé son mandat sous le signe de l’austérité en fixant un montant maximum de 50 millions d’euros pour assurer ses dépenses.

Mais malgré ce budget serré, les autorités grecques ont conservé la traduction du site officiel de la présidence en 4 langues : le grec ainsi que les trois langues de travail officielles de l’UE : l’anglais, le français et l’allemand.

Désaveu

La décision italienne pourrait cependant provoquer quelques remous du côté des eurodéputés. « C’est un scandale » tempête Michèle Rivasi, la chef de file des verts français au Parlement européen. « Lorsqu’on regarde la montée des eurosceptiques à laquelle on a assisté pendant les élections européennes, c’est presque de la provocation » poursuit-elle.

Pour l’eurodéputé français, les coupes budgétaires ne justifient en rien la décision de faire l’impasse sur l’allemand et le français.  « Ces coupes budgétaires peuvent être faites autre part, sur les frais de bouche de la présidence ou sur les déplacements par exemple » dénonce-t-elle. « Je pense que nous allons saisir la présidence du Parlement européen sur ce sujet » conclut-elle.

Du côté du gouvernement, la décision italienne passe mal. « Nous allons en parler avec nos confrères italiens » a précisé un conseiller du ministère des Affaires étrangères à EurActiv

>>Lire : L’anglais se confirme comme la lingua franca de l’Europe

Reste que la décision italienne n’est pas isolée. Au cours des dernières années, l’anglais s’est de plus en plus imposé comme langue de travail ultra-dominante au sein des institutions européennes, au détriment du français et de l’allemand.  

Contexte

La tâche principale de la présidence tournante est de présider le processus de la législation de l'UE. Sa fonction commune avec le Parlement européen (PE) est d'assurer la continuité de l'agenda européen, de garantir le processus suivi de la législation et de représenter les intérêts de tous les pays membres de l'UE.

La présidence du Conseil de l'UE et de ses instances préparatoires (groupes de travail et comités), l'organisation de la majorité des rencontres officielles et informelles à Bruxelles et dans le pays sont assurées par le pays assurant la présidence tournante. La présidence tournante prend en charge la modération des discussions au sein du Conseil de l'UE et cherche à assurer le meilleur consensus lors des délibérations aux sujets importants pour l'UE et lors de prise de décisions.

La présidence tournante représente le Conseil de l'UE dans ses relations avec les autres institutions européennes, notamment avec la Commission européenne et le Parlement européen, elle s'occupe également de la mise en œuvre de ces rapports avec d'autres institutions de l'UE. Afin d'assurer la continuité des activités du Conseil et le transfert conséquent de présidence, les pays assurant la présidence, par groupes de trois, coopèrent de manière renforcée. Ce système a été fixé par le traité de Lisbonne qui est entré en vigueur en 2009. Le groupe, nommé troïka, définit ses tâches sur le long terme et élabore le programme commun pour les 18 mois à venir.

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