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25/08/2016

Le piratage, fossoyeur des industries culturelles de l’UE

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Le piratage, fossoyeur des industries culturelles de l’UE

Copyright: Callahan/shutterstock

Entre 2008 et 2011, le poids des industries créatives dans l’économie européenne a reculé, faute de règlementation efficace pour lutter contre le piratage, estime une étude.    

Doucement, mais sûrement, le piratage est en train de faire la peau aux industries culturelles en Europe, selon une étude réalisée par TERA Consultants en partenariat avec le Forum d’Avignon sur « La contribution économique des industries créatives à l’économie de l’UE » rendue publique ce jeudi 16 octobre.

L’objectif de l’étude est de mesurer la contribution économique des industries créatives à l’économie de l’Union européenne et à l’emploi, mais aussi leur évolution entre 2008 et 2011 en s’appuyant sur les statistiques européennes d’Eurostat.

La révolution numérique pas payante

Depuis 2008, et malgré l’explosion des services de vidéo et de musique en ligne, les retombées en termes de croissance et d’emploi ne sont pas au rendez-vous. Et les industries culturelles sont à la peine, notamment dans les principales économies européennes, comme l’Allemagne ou le Royaume-Uni.

En 2011, l’ensemble des industries culturelles des 27 pays alors membres de l’Union européenne (la Croatie n’a rejoint l’UE qu’en 2013) a représenté 6,8 % du Produit intérieur brut de l’UE, soit environ 860 milliards d’euros. Par rapport à 2008, le poids économique du secteur a connu une légère baisse de 0,28 %

Sur le front de l’emploi, la baisse est bien plus conséquente. Le secteur employait en 2011 environ 14 millions de personnes, soit 6,5 % du total de la main d’œuvre européenne. Par rapport à 2008, l’emploi dans ce secteur a reculé de 2,65 %.

Dans les cinq principales économies de l’Union européenne (Royaume-Uni, France, Allemagne, Italie et Espagne), l’ensemble des industries culturelles représente 72 % de la valeur ajoutée totale des industries créatives en UE et 68 % des emplois. Elles ont connu un recul bien plus important du poids économique de l’industrie créative que le reste de l’UE. La baisse de la valeur ajoutée a atteint 3,1% tandis que l’emploi a accusé une diminution de 2 %.

Une réglementation figée

Selon l’étude, le principal responsable de cette médiocre performance est l’absence de réglementations efficaces pour lutter contre le phénomène de piratage.

Selon, l’étude, cette baisse s’explique par l’absence de réglementation anti-piratage efficace. Il y a une « corrélation entre la croissance des industries créatives et la législation relative à la protection de la propriété intellectuelle », souligne le rapport.

« La réglementation n’a pas évolué de manière significative, en particulier dans le domaine critique de la lutte contre le piratage, que ce soit à l’échelle de l’UE ou dans ses plus grands pays » souligne le rapport.

>>Lire : Le poids des industries culturelles dans l’économie française est surestimé

Hormis la France, où la mise en place d’Hadopi est restée sans grande conséquence pour les pirates, puisque l’autorité n’a infligé que quelques amendes depuis sa création en 2009, seuls le Royaume-Uni et l’Espagne se sont dotés de loi en 2010 et 2011, sans « suites réelles et concrètes à ce jour » explique le rapport.

Le piratage, fléau principal.

Dans sa première étude, le Forum d’Avignon tirait déjà la sonnette d’alarme sur le risque que poserait l’absence de réglementation, estimant que la non-régulation pourrait faire perdre entre 166 et 240 milliards d’euros à l’horizon 2015 aux industries créatives de l’Union européenne ainsi que des pertes d’emplois comprises entre 600.000 et 1,2 million.

Dans les 5 principales économies de l’UE, l’impact du piratage sur les industries créatives a été sévère : la destruction de valeur s’élève à 20 milliards d’euros entre 2008 et 2011, tandis que les pertes d’emplois effectives s’élèvent à 189.633. Une baisse bien plus importante que le reste de la moyenne européenne.

Et selon les projections effectuées par l’étude, la réalité est pire : l’industrie culturelle des 5 grands États membres aurait ainsi enregistré un manque à gagner compris entre 27,1 et 39,7 milliards d’euros.

Contexte

Les industries créatives comportent à la fois les producteurs et les distributeurs de contenus ou de produits créatif (films, vidéos, musique livres et presse) mais aussi un certain nombre de domaines contribuant de manière important à l’économie de la culture, tels que les imprimeurs ou les plateformes Internet de distribution de contenu.

Les fabricants de matériel culturel sont également pris en compte : producteurs de lecteurs CD, de jeux vidéo, etc.

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