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28/09/2016

L’influence française pourrait profiter du Brexit

Langues & Culture

L’influence française pourrait profiter du Brexit

Le français connaît une très forte progression dans le monde, mais est en déclin en Europe [Olivier Ortelpa/Flickr]

L’idée de bouter l’anglais hors des langues officielles de l’UE séduit certains politiques après le Brexit. En toile de fond, la perspective de regagner en crédibilité taraude les Français.

L’anglais peut-il rester langue officielle de l’UE après le départ des Britanniques ? « La question se pose » a assuré Alain Lamassoure, le chef de la délégation LR au Parlement européen, relançant un débat récurrent au sein des politiques français.

Le repli de la langue française dans les institutions européennes en fait enrager plus d’un, à commencer par les élus Front national. La veille, le maire de Béziers, Robert Ménard, avait estimé que la langue anglaise n’avait plus de légitimité à Bruxelles. Jean-Luc Mélenchon, eurodéputé et candidat à la présidentiel pour la gauche radicale, a aussi estimé que l’anglais ne peut plus être la troisième langue de travail de l’UE.

>>Lire : L’anglais se confirme comme la lingua franca de l’Europe

Les langues officielles de l’Union européenne sont en théorie le français, l’anglais et l’allemand. Mais l’anglais a peu à peu pris le pas sur les autres langues, notamment au sein des agences européennes installées un peu partout en Europe : l’anglais y est la seule langue de travail, y compris à la Banque centrale européenne, ou à l’Agence Spatiale Européenne pourtant installée en France.

La tendance semble difficilement réversible, dans la mesure où comme l’a souligné l’élu britannique conservateur Charles Tannock, dans un email envoyé à ses collègues en français, la majeure partie des Européens parle anglais. « L ‘Anglais restera la « lingua franca » ou mieux « lingua anglia » comme la langue de travail de l’UE, même post Brexit sans les citoyens du Royaume Uni » a-t-il assuré, soulignant que 97 % des jeunes écoliers de l’UE apprennent l’anglais.

Une fois le Royaume-Uni sorti de l’UE, l’anglais ne sera plus langue officielle d’aucun pays de l’UE, puisque l’Irlande a choisi le gaëlique, comme le rappelait dès le 24 juin Jean Quatremer sur son blog.

Au Parlement européen, mardi 28 juin, le président de la Commission a néanmoins innové en parlant exclusivement en français et en allemand. Reste à savoir si la tendance se répandra, ce que certains redoutent, comme le belge Marc Tarabella. « L’anglais, qu’on le veuille ou non, est la langue à travers laquelle les gens se comprennent le mieux et arrivent à communiquer entre eux » a-t-il assuré à ses collègues.

>>Lire : L’anglais restera bel et bien une langue officielle de l’UE

Une crédibilité économique à restaurer

Derrière la langue, c’est aussi l’influence française à Bruxelles, actuellement au plus bas, qui pourrait évoluer. Avec le départ, en mai, d’Alain Le Roy, qui était numéro deux du service européen pour l’action extérieure, la présence française au sein de la Commission Juncker a été réduite à peau de chagrin.

Il avait succédé à Pierre Vimont, entretenant une présence française de haut niveau dans la politique étrangère de l’UE. Du moins en théorie. En pratique, le diplomate s’est fortement opposé à l’italienne Federica Mogherini, qui a largement noyauté le bras diplomatique de l’UE en nommant successivement des Italiens à des postes clé de ce « ministère » de 1200 personnes. Avant de décider de le remplacer par une Allemande, Helga Schmidt, secrétaire générale adjointe du ministère. Laquelle aurait du être remplacée par un Britannique, dont la nomination est désormais peu envisageable. Si ce poste a désormais plus de chances d’échouer à la France, il n’en est pas forcément de même des futures opportunités ouvertes par le départ des Britanniques.

 >> Lire : La Commission affirme ne pas favoriser la langue anglaise

La France souffre en effet d’un déficit de crédibilité qui pénalise sa capacité d’influence. « La France vient d’obtenir un troisième report pour voir son budget rentrer dans les clous. Et la loi El Khomri qui n’en finit pas d’être contestée donne une image délétère du pays, ce n’est pas un modèle pour les autres » constate Charles de Marcilly, directeur de la Fondation Schuman à Bruxelles.

La dégradation de l’influence française n’est certes pas nouvelle. Les députés français Christophe Caresche et Pierre Lequiller ont souligné que l’élargissement à l’Est de l’Europe avait eu un effet politique négatif sur le poids de la France, mais que les mauvaises performances économiques et budgétaires de la France étaient principalement responsables de cette situation. Enfin, la présence de 23 eurodéputés FN, qui « amputent de facto la délégation d’un tiers de ses membres » selon les élus, a agravé la situation.

Des Français qui pèsent peu au « parle-allemand européen »

Dans leur analyse, les élus conseillaient que la position du ministre des affaires européennes soit renforcé, en s’émancipant de la tutelle du Quai d’Orsay, pour que la voix de la France soit mieux représentée. Surtout, ils soulignaient le faible nombre de Français à des postes de chefs de cabinet au sein de la Commission : actuellement, la France n’en a que deux, dont l’un est binational, et l’autre est chef de cabinet du commissaire français. Ce qui est inquiétant pour le futur : selon les députés, ces postes sont des «  importants accélérateurs de carrière, fortement recommandés pour obtenir par la suite un poste de direction au sein de la Commission européenne ».

>>Lire : Peut-on ranimer l’influence française à Bruxelles ?

Or, faute d’influence politique de la France, les commissaires recrutent plutôt des Allemands qui pourront les aider dans leurs relations avec le Parlement européen, surnommé le « parle-allemand européen » par les initiés. Ils sont actuellement largement majoritaires à des postes de responsabilité en cabinet, comme les Britanniques, dont le profil risque d’être moins en vogue dans le futur. Encore faudra-t-il que des Français, de préférence germanophones, tentent alors leur chance pour que la France regagne quelque crédibilité, dans un premier temps.

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